Vie quotidienne au 17ème siècle

Ce chapitre est une ébauche. De nombreuses recherches sont en cours et viendront le compléter au fil des découvertes.

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Dans tous les contrats dont nous parlons ici, il s’agit de livres tournois, nom que l’on donnait à la monnaie qui se battait autrefois à Tours et qui était plus faible d’un quart que celle de Paris. Ainsi, la livre tournois valait vingt sols, à la différence des livres parisis, qui valaient vingt cinq sols. De même, le sol tournois valait douze deniers, alors que le sol parisis en valait quinze.

Concernant les mesures de surface, nous nous sommes référés à Charles Forteau qui nous dit que le muid était de 24 mines et que la mine représente aujourd’hui 20 ares à Pussay. Par ailleurs, au vu des calculs effectués dans les contrats, un muid représente douze setiers, le setier équivaut à deux mines, la mine à deux minots et le minot à trois boisseaux.

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LES NOTABLES DE L’ÉPOQUE

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Les Languedoue avaient droit de justice, basse, moyenne et haute, sur leur fief et à ce titre, ils avaient recours à des officiers chargés de faire appliquer cette justice. Le prévôt était chargé, dans sa juridiction (ou prévôté), des tâches de justice et de police. Il pouvait relever du roi (prévôt royal) ou du seigneur (prévôt seigneurial). Le procureur fiscal était, quant à lui, chargé de représenter le ministère public dans les justices seigneuriales. Greffier et huissier complétaient ces fonctions.

Les justices seigneuriales traitaient d’une multitude d’affaires de famille mais en dehors des duchés ou autres, elles n’avaient pas une autorité considérable. De plus, il faut bien reconnaître qu’elles se sont amenuisées au fil du temps. Après les événements de la Fronde, Louis XIV a repris en main, à son profit, les pouvoirs auparavant détenus par les nobles, à commencer par la justice et le maintien de l’ordre.

Indépendamment de cet aspect juridique, un autre officier joue un rôle important : le notaire auquel tout un chacun s’adresse pour formaliser les actes, y compris les officiers de justice. Là encore, il peut être royal, s’il tient ses provisions du roi ou de son représentant, ou seigneurial s’il est commis par le seigneur. Lorsque La Chenaye-Desbois nous retrace la généalogie des Languedoue, il cite deux tabellions à Pussay : Hannony, ou Hannonyn en 1579 et Baudier, notaire en 1566. A cette époque-là, les registres n’existent pas encore. Ils s’ouvrent à Pussay en octobre1604, ce qui explique que les professions, quand elles sont mentionnées, ne sont connues qu’après cette date. Sinon il faut avoir recours aux archives notariales.

Les notaires

En 1608, Symphorien Bouchet, parrain de Claudine Hardouin, est notaire royal à Pussay. Il se peut que ce soit le notaire qui ait présidé au contrat de mariage de Françoise de Languedoue avec Estiene de la Vallade. La Chenaye-Desbois et Badier parlent de Symphorien Fouchet, mais pourquoi pas. Il est encore cité en 1609 et 1611 à la naissance de ses enfants Gaspar et Françoise et en 1612 comme parrain de François Laumosnier, puis il disparaît des registres, ce qui ne veut pas dire qu’il disparaît de Pussay.

Une famille est emblématique de cette charge : les Sergent. Jacques est notaire royal et procureur fiscal de la prévôté de Pussay en 1665, quand il marie sa fille Marie Marguerite, le 19 octobre, avec Marin Dauvillier, fils du greffier de la prévôté de Gommerville. Dans les petites seigneuries, il n’est pas rare de voir une personne cumuler plusieurs fonctions et avoir de surcroît un autre métier plus rémunérateur. Il est notaire de Pussay depuis au moins le 29 mars 1621, où il est parrain de Cantienne David et quand ce n’est pas lui qui est parrain c’est son fils Jacques, comme en 1626. Il l’est toujours lorsque son fils Charles naît en 1630, mais le curé ajoute le terme « royal » à la naissance de son fils, Jacques, en 1634. La marraine est Anne Lantian, fille de Eloy, procureur fiscal. En 1641, le curé y ajoute la fonction de greffier.

A la page du registre pour l’année 1671, le curé Hilaire Chandeboys écrit « L’an de grâce mil six cent septante un le douzième jour de may a esté par moy prestre et curé de Pussay inhumé Charles Ganice aagé de plus de soixante ans lequel a donné une mine de terre à l’église de Pussay sise auprès du méchant muid à la charge de luy dire une messe basse tous les ans au jour de son décès faict en présence de Mre Jacques Sergent procureur fiscal de Pussay de Paschal Mortaigne, Noël Thuron » signé J. Sergent, H Chandeboys. Son décès n’est pas connu, mais lorsque sa veuve, Julienne David, meurt en 1684, il est noté que feu son mari était procureur fiscal de cette seigneurie et notaire royal.

Son fils Charles est cité en tant que greffier de cette prévôté depuis au moins 1661, car ces notables apparaissent régulièrement dans les registres en tant que témoin lors des mariages ou décès et en tant que parrain lors des naissances. Il le restera jusqu’à son décès le 17 janvier 1686. A l’occasion, nous apprendrons qu’il est aussi marchand, ce qui représente sans doute pour lui une activité plus lucrative.

Entre temps, il se marie avec Jeanne Laurent dont il a plusieurs enfants avant qu’elle ne décède après avoir mis au monde une petite Louyse Marie en 1666. Il se remarie la même année avec Françoise Hordesseaux, dont il aura également plusieurs enfants et parmi eux, Jacques, le 6 septembre 1667. C’est lui qui va reprendre le flambeau de son grand-père, mais en attendant il est greffier de la prévôté en 1689, il a sans doute succédé à son père, et notaire royal à … Gommerville.

Depuis au moins 1683, un autre notaire royal exerce à Pussay en la personne de Simon Langlois. Cette année-là, sa fille Charlotte, mariée à Claude David marchand à Mérobert, décède à 22 ans. Louis Fuzelier, prieur de Mérobert, la ramène à Pussay où elle est inhumée et c’est à cette occasion que nous apprenons que son père est notaire royal à Pussay. Simon décède le 4 août 1694 et ses fils vont suivre une autre carrière. A sa naissance, Charlotte avait eu pour parrain Charles Sergent, le greffier.

Les seigneurs de Pussay sont également très souvent présents aux naissances en tant que parrains et marraines. A la naissance de Louyse Marie Sergent le 27 juin 1666, le parrain est Messire Jean de la Chasse et la marraine Damoiselle Louyse de Languedoue. Et lorsque François naît le 3 octobre 1669, son parrain est Louis Aleps, receveur et procureur fiscal de Saint-Pierre d’Etampes et sa marraine est Damoiselle Lucrèce de Languedoue qui a déclaré ne savoir encore signer, sa sœur Louyse l’avait fait précédemment.

Jacques Sergent est mentionné en tant que notaire royal et procureur fiscal de la seigneurie de Pussay en 1727 et pour la dernière fois en 1729, mais il réside à Ouarville. Il n’est plus fait mention de cet office ensuite.

Procureur fiscal, greffier et huissier

Lorsque Eloy Robillard est baptisé le 15 septembre 1626, son parrain s’appelle Jacques, fils de maître Jacques Sergent, notaire du lieu, mais sa marraine s’appelle Anne Roger, femme de maître Eloy Lantian « procureur de seigneurie de Mr de Pussay ». Il apparaîtra de multiples fois sous cette appellation ou celle de « procureur fiscal de Mr de Pussay », en son nom propre ou en celui de sa femme ou de sa fille, Anne, qui sera très souvent marraine.

En 1631, le curé Jacques Gontard nous révèle une partie de sa fonction, en portant sur le registre « Le vendredy troisième du présent mois [mars] a esté battizé Louise fille de Marie fille de Pierre Charpentier à la requeste du procureur de la seigneurie comme par forme de justice d’autant que ledit enfant auroit esté porté au devant de la porte dudit procureur fiscal ce que à sa requeste iay battizé ladite fille en présence de plusieurs tesmoins ». C’est la première mention d’une naissance illégitime dans les registres, mais ce n’est pas la dernière : « Le samedy 22ème octobre [1633] a été baptizée une fille nommée Marie apartenant à Marie fille de Pierre Charpentier sans scavoir qui est le père ». Jacquette « fille d’amour dénaturé » de Jullian Gratepin et de Marie fille de Pierre Charpentier naîtra encore en septembre 1636, mais Simon, lui, sera bien le fils de Jullian et de Marie en 1645.

Le procureur fiscal n’a pas pour autant terminé son rôle. « Le samedy 10ème dudit mois [mai 1636] a esté baptizé Denis fils de Jacquette Bordier à la diligence du procureur fiscal ». Et « Le douziesme jour des mois et an cy dessus [octobre 1648] a esté par moy prestre et curé soubsigné babtizé Marin fils de Marie Léger nay hors légitime mariage laquelle Léger en a chargé pour père Nicolas Gounin qui en est chargé mesme par justice ». Voilà un des aspects de la charge.

Il n’est d’ailleurs pas toujours sollicité. Le lieutenant de la prévôté peut être saisi du problème. Cela apparaît dans un de ses procès-verbaux en date du 20 août 1651. Ce jour-là, Geneviève Baron, femme de Jean Damont, conseiller du roi et bailli du parlement à Paris, et dame en partie de Pussay, mande Marin Beulle, lieutenant de la prévôté de Pussay, à son lieu seigneurial. Elle lui explique que le matin même, une heure avant le lever du jour, Paul Retté, « serviteur chartier » du receveur et fermier de sa recette, allant à son travail, a entendu le cri d’un petit enfant. S’étant approché, il a vu un enfant couché sur le devant d’un chariot, dans la cour de la recette, près de la grande porte charretière, un petit paquet de linge près de lui. Il a aussitôt donné l’alerte aux autres serviteurs qui ont couché la petite fille dans un lit de la maison seigneuriale et l’ont fait allaiter par quelques femmes nourrices. Geneviève Baron demande donc à la faire baptiser et offre de la nourrir en attendant de connaître ceux ou celles à qui elle appartient.

Les registres nous apprennent un peu plus tard, le 17 septembre, que cette petite Françoise est la fille de Claude Desmarais « née hors le mariage à Fontainebleau trois mois ou environ laquelle nous a esté présenté par Henry Pingeon et Catherine Bonnart en qualité de parrain et marraine et de par l’ordre et commandement de madame Damond lesquels disent ne scavoir point qui est le père lesquels disent madame Damond l’avoit prise en charge qui ont signé avec nous ».

Jehan Retté a la charge de greffier dans les années 1630, lors de la naissance des ses enfants, dont Louise de Languedoue est marraine.

Lors du décès de Charles Sergent, greffier, en 1686, les témoins sont François Simon et René Charpentier. Le premier est procureur fiscal de cette seigneurie, il ne sera fait mention de son nom qu’à cette occasion, par contre le second est huissier royal et fréquemment cité dans les registres, aussi bien en tant que témoin ou parrain à l’occasion de mariages, décès ou naissances, qu’en tant que père de famille. Il est le fils de Jacques, marchand boucher et il se marie le 27 février 1666, avec Cantianne Dauvillier. Sept enfants naissent, avant que le huitième n’entraîne la mort de sa mère et la sienne propre le lendemain de sa naissance. Sa profession d’huissier royal n’est mentionnée qu’à partir de 1683 lors de la naissance de sa fille Jeanne. Auparavant rien n’est précisé. La charge semble d’ailleurs s’éteindre avec lui, quand il décède le 3 septembre 1701 à l’âge de 59 ans.

Lors de son décès le 2 janvier 1753 à l’âge de 84 ans, Clément Blin est dit « ancien procureur fiscal de la seigneurie de Pussay et receveur en partie ». Son titre n’apparaît cependant qu’une fois dans les registres en 1741. Sinon il est toujours présenté en tant que marchand ou laboureur, quand ce n’est pas les deux. La famille Blin est intéressante à plus d’un titre et nous aurons l’occasion d’y revenir.

Charles Sergent avait tenu la charge de greffier de la prévôté pendant fort longtemps. A son décès en 1686, son fils Jacques l’avait un temps reprise, mais le 15 février 1704, lors de la naissance de sa fille Marie Anne Etiennette, le greffier de la prévôté de Pussay s’appelle Claude Bidault. Qu’il soit dénommé « greffier de la seigneurie de Pussay » ou « greffier de la justice de Pussay », il conservera cet office jusqu’en 1714 au moins, mais tout comme les autres fonctions, il disparaît ensuite.

L’un de ses fils, Jean, est maître d’école à Denonville alors qu’il se marie en 1719, avec Françoise Roch résidant à La-Ferté-Alais. En plus de sa charge de greffier, il était marchand, comme Charles Sergent avant lui. Cette profession était alors très répandue à Pussay où le commerce de bas fleurissait.

Les receveurs de la seigneurie

Les seigneurs de Languedoue combattent dans les armées du roi et n’ont guère le temps d’administrer eux-mêmes leur domaine. Ils en confient donc la tâche à des receveurs dont la principale mission consiste à percevoir taxes et revenus des terres affermées, mais qui sont bien souvent aussi laboureurs pour le compte de leur seigneur qui passe un bail avec eux.

La plus ancienne mention retrouvée à ce jour d’un receveur de la seigneurie de Pussay date de 1665 : Jean Rouseau est alors « receveur des champarts de Pussay », ce qui ne veut pas dire qu’il est aussi laboureur ou fermier du domaine. Il peut simplement percevoir pour le seigneur, le droit de champart, droit féodal qui autorisait ce dernier à lever une partie de la récolte des paysans de son fief. Mais il est bien évident que les Languedoue ont eu d’autres receveurs avant lui et nous complèterons ces lignes bientôt.

André Langlois, époux de Jacqueline Payen, est déjà mieux connu. Il est cité en 1683 lors du baptême de son fils Gabriel le 15 mars, comme « receveur de la seigneurie de Pussay ». Les parrain et marraine de l’enfant ne sont pas ordinaires. Le curé précise qu’il est « né le premier jour du présent mois sur les quatre heures du matin, [il a donc été baptisé quatorze jours plus tard, ce qui est déjà exceptionnel], a été baptisé par Monsieur Martin prêtre chanoine de Sainte-Croix d’Etampes et tenu sur les fonts par Messire Gabriel de Bry chevalier seigneur d’Arcy, conseiller du Roy en tous ses conseils, président et lieutenant général civil et criminel au bailliage et gouvernement d’Etampes, et par dame Elisabeth de Chartres, espouse de Messire Claude de Languedoue, escuier seigneur de Dommerville ».

Lorsque Germain naît en 1685, son père est toujours receveur, son parrain est Germain Charpentier fils de Jean laboureur et receveur de la terre et seigneurie d’Allainville, sa marraine est Elyzabeth Lirot, fille de Michel, laboureur à Monnerville. Les deux frères décèdent, le premier à un an et neuf mois, le second à trois mois. Michel François Christian arrive alors un an plus tard, en octobre 1686. La situation n’a pas changé. Le parrain s’appelle Charles Langlois, laboureur, la marraine Louise Françoise de Languedoue Rivaulde.

Mais les parents n’ont décidément pas de chance et Michel est également inhumé à Pussay le 16 juillet 1690 « après avoir été apporté d’Arnouville avec la permission du curé de Gommerville ». Son père est devenu receveur de la terre et seigneurie d’Arnouville et la seigneurie de Pussay va passer en d’autres mains. Ainsi, les laboureurs fermiers allaient d’une seigneurie à une autre au gré des baux qui leur étaient consentis par les seigneurs.

C’est ainsi qu’Estienne Saintra apparaît un beau jour dans le paysage de Pussay. A son arrivée vers 1683, il est marchand de vins. Ses enfants ont toujours pour parrain ou marraine les filles du greffier Charles Sergent ou le fils de l’huissier royal René Charpentier ou les filles et fils de laboureurs, parmi lesquels Cantian Gastineau, futur receveur de Châtillon. Si les seigneurs ont besoin d’un réseau d’alliances pour parvenir au sommet de leur carrière, les fermiers receveurs savent aussi tisser leur toile. Et lorsque la petite Louise naît le 2 mai 1691, son père est laboureur et receveur de Pussay. Il a choisi pour parrain Gaspard Hurel, seigneur de Berville, fils de feu Jean Baptiste, conseiller du roi et lieutenant de la prévôté générale de Normandie. La marraine, Louise Hacquet, est fille de laboureur.

Sa femme Marie Haquet décède le 2 octobre 1694 après avoir mis au monde Estienne le 23 septembre, lequel décède le 4 octobre. Il se remarie le 5 juillet 1695 avec Anne Touchard et quand la petite Anne naît en mars 1696, son père est laboureur sans autre précision et c’est la dernière fois qu’il apparaîtra dans les registres. En 1695, cité comme témoin, il était marchand cabaretier. A cela, il y a peut-être une explication que l’on trouve dans les pièces de procédure de la prévôté de Pussay de l’époque. (ADE)

Première page du différend entre André Langlois, Estienne Saintra et Claude de Languedoue, seigneur du Plessis-Saint-Benoît

En avril 1693, André Langlois porte plainte à la prévôté, plainte consignée par l’huissier royal Charpentier et contrôlée par Sergent, contre Estienne Saintra. André Langlois n’est plus alors sur Pussay. Il est devenu receveur pour un tiers de la terre et seigneurie de Gommerville, dont Arnouville fait partie. Il signifie ainsi à Estienne Saintra de ne plus entreprendre de labours, sous peine de les perdre, sur 38 mines de terre sises au terroir de Pussay, que le sieur Claude de Languedoue, chevalier, seigneur du Plessis-Saint-Benoît en partie et dame Anne Le Gros son épouse, lui ont consenti par bail du 19 avril 1693. Ce bail fait sous seing privé pour trois ou six années, au choix des parties, moyennant cinquante livres de loyer annuel. Il ne s’agit pas là des seigneurs de Pussay, mais de ceux de la branche de Dommerville.

Estienne Saintra se retourne alors contre Claude de Languedoue qui lui a, dit-il, consenti ce même bail verbalement le 12 avril et demande en conséquence que cesse les poursuites d’André Langlois contre lui. Claude de Languedoue reconnaît d’ailleurs le fait dans une lettre missive au prévôt Michel Ruzé et en profite pour reprocher à Estienne Saintra d’avoir « refroissé » lesdites terres. Cela signifiait que Saintra n’avait pas respecté l’assolement triennal en vigueur à l’époque. Les guérêts, autrement dit les terres laissées en jachère, étaient levés à Pâques ; la terre était alors labourée, ensemencée en blé en octobre, récoltée en août de l’année suivante, réensemencée en orge ou en avoine au printemps de l’année suivante, récoltée la même année et laissée à nouveau en jachère. En l’occurrence, Saintra avait ensemencée les terres en vesce, au lieu de les laisser en jachère.

Au vu de toutes les pièces produites par les parties, le prévôt renvoie Saintra de la demande de Langlois, ordonne que le sieur de Languedoue sera tenu sous huitaine, à compter du jour de la signification de la présente sentence, de passer un bail par écrit avec Saintra pour trois ans à commencer aux guérêts de la présente année, moyennant cinquante livres de loyer par an, tel que le prévoyait la convention passée entre eux verbalement, sinon la présente sentence vaudra bail, condamne le sieur de Languedoue aux dépens et taxe Saintra à 13 livres 16 sols, non compris le coût de la présente sentence pour le « refroissage » des champs.

Ces plaintes sont les mêmes que celles que nous retrouverons dans les justices de la paix après la Révolution. Le prévôt procède comme le juge de paix à des appositions de scellés après décès, à des nominations de tuteur, etc.

Il n’y a peut-être pas de relation de cause à effet, mais force est de constater qu’en 1697, Jean Menault est receveur de la seigneurie de Pussay. Son neveu, Claude est procureur aux sièges royaux à Etampes et parrain de son fils Jean François né en mars 1699, la marraine étant Charlotte de Languedoue. Il décède cependant à 44 ans le 11 septembre 1702. Son neveu, témoin, est devenu bailli de Grandville-Gaudreville.

Simon Langlois le remplace. Il est le fils de Simon, notaire royal que nous avons évoqué plus haut. Il est né le 10 décembre 1673 en même temps que Pierre son frère jumeau. A partir de 1686, il commence à être cité comme parrain et à partir de 1695, il est laboureur, greffier alternatif des rôles de la paroisse de Dommerville, ou marchand et appelé « honneste homme ». Il se marie le 16 février 1700 avec Simonne de Villiers, fille d’un marchand laboureur, dont il aura cinq enfants jusqu’en 1708. Le 8 décembre de cette année-là, cinq mois après la naissance d’un fils prénommé Simon comme lui, il décède. Il n’avait que 35 ans. Beaucoup de monde assiste à ses obsèques, dont René François d’Archambault, nouveau seigneur de Pussay (Cf chapitre suivant : le partage de 1703). Sa femme Simonne va le suivre un an plus tard le 21 septembre 1709, elle n’avait que 38 ans.

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LES VILLAGEOIS

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Lorsque l’on regarde les naissances au 17ème siècle à Pussay, on est surpris de constater que leur nombre est bien plus élevé au début du siècle qu’au milieu : 32 naissances en 1614, 31 en 1611, 29 en 1608 pour les chiffres les plus élevés. Il faut attendre la toute fin du siècle et le 18ème pour en retrouver de semblables. La moyenne dans le premier quart du siècle s’établit à 21,2 naissances, alors qu’elle tombe à 16,4 dans le quart suivant, amorce une légère remontée à 17,5 dans le troisième quart, pour finir dans le dernier quart à 19,5. Nous avons neutralisé dans ces chiffres, les années 1604 puisque les registres débutent en octobre et 1653, 1654, 1660 à 1662 qui entourent les années manquantes de 1655 à 1659 et dont on peut penser qu’elles sont incomplètes. En 1661 par exemple le registre ne donne qu’un baptême, en janvier, puis plus rien.

En examinant la courbe de plus près, la chute commence à partir de 1621, s’accentue à partir de 1636, amorce une légère remontée en 1666, confirmée à partir de 1683. Le 17ème siècle a effectivement connu une crise importante entre 1635 et 1660, après une période prospère où la grande hausse des prix du 16ème siècle s’était poursuivie. Cette crise qui sévit plus particulièrement entre 1647 et 1653, affecte l’économie et la démographie : effets conjugués de la Fronde et des intempéries pluvieuses qui ruinent les récoltes.

Pour les mariages relatifs à cette époque, nous vous renvoyons à la fin du chapitre « Mariages » de l’article « Eglise » où plusieurs études et contrats sont donnés. Quant aux décès, l’étude est en cours.

Qu’ils se marient, qu’ils achètent, vendent, louent des maisons ou des terres, qu’ils intentent des procès en tous genres, qu’ils décèdent et règlent leur succession et partage, qu’ils passent des marchés, des contrats, quelque soit l’acte qu’ils envisagent d’effectuer, les villageois du 17ème siècle l’officialisent devant le notaire. Concernant Pussay, les archives notariales sont en grande partie conservées aux archives départementales d’Eure-et-Loir, en particulier celles de Jacques Sergent et de Simon Langlois à partir de 1626 et jusqu’en 1694. C’est là que nous avons puisé les différents aspects de leur vie d’alors. Nous commencerons par vous livrer trois inventaires après décès qui donnent un bon aperçu de leur façon de vivre et nous aborderons ensuite des thèmes plus divers en essayant de respecter l’ordre chronologique. Nous n’avons pas trouvé pour le moment d’inventaires de manouvriers, mais nous avons trouvé en revanche le testament d’Estiennette en 1672 qui donne lui aussi un bon aperçu de ses biens.

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Sébastien Pommereau : le chaussetier

Les actes notariés conservent à la date du 7 avril 1628, l’inventaire requis par Sébastien Pommereau à la suite du décès de sa femme Julienne Dollibeau, tant en son nom qu’en celui de leur fils mineur Sébastien. Cet inventaire est fait en présence de Charles David, également marchand chaussetier, oncle et curateur du fils mineur et des commissaires nommés à cet effet, à savoir Charles Langlois arrière oncle du mineur et Jehan Hardoin le jeune, laboureur à Pussay.

La maison contient :

–         une crémaillère et un gril en fer, deux chenets en fonte, une saunière [coffre où l’on conserve le sel], estimés à 32 sols

–         une casse et une marmite en fonte, deux poêlons l’un d’étain, l’autre de fer, une poêle en fer, estimés à 3 livres 5 sols

–         deux lampes dont une en cuivre, une paire de battoire [baratte] de cuivre équipée de son seau en fer et une autre paire en bois avec leur pots qui sont deux demies livres en plomb et un « quarton » en cuivre, estimés à 30 sols

–         un grand seau en fer avec deux « selles à tirer eau » garnis de leur anse de fer, une boîte et son couvercle en bois servant « à mettre chair » et deux selles de bois [petit siège de bois] pour s’asseoir auprès du feu, estimés à 35 sols

–         un sac à « sacher » farine, un panier d’osier avec son anse, quatre pots de terre servant à mettre le lait et le beurre, un « rechault » de terre et un « coullet de boys a couller lait » et une demi douzaine de « dossiettes » en bois et un plateau en bois, 20 sols

–         une table en bois de chêne et ses tréteaux avec deux selles de chêne, 20 sols

–         une maie à pétrir et un buffet équipé de deux armoires dont l’une ferme à clef, le tout en bois de chêne, estimé à 4 livres 10 sols

–         deux coffres en chêne fermant à clef, estimés à 6 livres

–         un châlit en chêne « garny de ses quenolles et enffonceurs » [l’enfonceur ou enfonçure est l’assemblage des ais que l’on met au fond du lit pour soutenir la paillasse], 4 livres

–         32 livres de vaisselle estimée à 8 sols la livre, soit 12 livres 16 sols

–         deux lits de plume avec leur coussin pesant 48 livres de plumes, estimée chaque livre à 6 sols, soit 14 livres 8 sols ; les lits sont estimés au poids de la plume

–         une couverture de laine blanche à 30 sols, quatre draps de lit en toile de chanvre et cinq nappes de même toile, soit 7 livres 10 sols

Au total, l’équipement de la cuisine et de la chambre se monte à 60 livres 16 sols, somme à laquelle il faut ajouter les habits de la défunte estimés à 31 livres 10 sols, lesquels ressemblent à ceux de Jeanne Mineau, épouse de Marin Lemaire, boulanger fournier cité plus loin.

Mais ce qui nous intéresse tout particulièrement, c’est que Sébastien Pommereau, le chaussetier, possède également :

–         une « foulloire » de bois de chêne avec son pot de bois servant à « fouller bas d’estame » avec une demi douzaine de « carts a mettre savon » dans lesquels il s’est trouvé environ 8 livres de savon, le tout estimé à 3 livres 6 sols ; ce foulon et le savon servant bien sûr à feutrer les bas de laine

–         quatre douzaines de formes à « bas d’estame », estimée à 23 sols 4 deniers la douzaine, ainsi qu’une livre et demie de soufre valant 5 sols, ce soufre servant à blanchir les bas

–         quinze cent de bas d’estame tant blanc que à blanchir estimé chaque cent à 52 livres, soit 780 livres

–         55 livres « d’estain à faire bas d’estame » estimé chaque livre à 22 sols, soit 60 livres

Dans la cave sont entassés :

–         dix mines de blé méteil et trois mines de blé froment, estimé à 45 sols la mine en moyenne, soit 29 livres 5 sols

–         un tas d’avoine estimé à 21 setiers et un setier d’orge estimé à 20 sols la mine en moyenne, soit 42 livres

et dans la grange, 200 fagots.

Dans la cour se trouve une charrette estimée à 21 livres et dans l’étable, un cheval gris équipé de son harnais et estimé à 36 livres, plus un coq et trois poules.

Sébastien Pommereau est de plus propriétaire de :

–         quatre mines de terre ensemencées en blé méteil et labourées de trois façons, estimés les labours à 15 livres et la semence à 10 livres 10 sols soit pour le tout à 25 livres (sic)

–         quatre mines et un boisseau labourés à la saison de mars présent, estimés à 7 livres 16 sols.

Il dit, pour finir, avoir la somme de 166 livres « tant en or que monnoye blanche ».

Ses papiers montrent qu’il a acquis :

–         sa maison, le 6 mai 1624, pour la somme de 150 livres, de Louis Chenu et sa femme demeurant à Pussay

–         une mine de terre chantier du Mesnil à Pussay, le 26 janvier 1627, pour 18 livres, de André Durant et sa femme, marchand à Angerville

–         un minot de terre à Pussay, le 28 janvier 1627, pour 9 livres, de Jehan Pothier et sa femme demeurant à Pussay

–         cinq boisseaux de terre au chantier du Paradis à Pussay, le 15 juillet 1627, pour 21 livres 10 sols, de Simon Lausmonier, boucher à Pussay

–         sept boisseaux et trois perches de terre à Pussay, le 21 octobre 1627, pour 31 livres 10 sols, de Nicollas Bordier, manouvrier à Pussay.

Les reconnaissances de dettes signées par plusieurs personnes se montent à la somme de 140 livres et il lui est dû par plusieurs autres, tant de Pussay qu’autres lieux, la somme de 20 livres pour marchandises de son « estat de chaussetier ».

La succession doit quant à elle :

–         214 livres à un marchand de Saint-Arnoult

–         82 livres 8 sols à Nicollas Lelong, autre marchand de Saint-Arnoult pour « marchandises d’estain qui luy a baillé »

–         80 livres à « honneste personne Charles Langlois laboureur à Pussay »

–         12 livres 9 sols pour le reste de la taille de la paroisse de Pussay « a quoy il a este cotisé ».

Au total, l’inventaire fait apparaître un actif de 1058 livres 6 sols, dont la moitié appartient à son fils mineur, ces biens restant pour le moment « en la possession et garde dudit Sébastien Pommereau père et tuteur dudit mineur ». L’acte est passé en sa maison, en présence de Charles Gaultier, « blanchisseur de bas d’estame », Estienne Adrian clerc dudit notaire et Jacques Surger, manouvrier demeurant à Pussay.

L’inventaire terminé, notre marchand chaussetier se remarie le 4 juin 1628 avec Françoise Séjourné, fille de François cordonnier à Pussay et de feue Anne Barbotin. Il est assisté de Jacques, son frère berger à Gommerville, d’un autre Jacques, son cousin, laboureur et marchand à Angerville, de Jehan Hardoin le jeune, laboureur à Pussay, aussi son cousin à cause de Jacquette Pommereau sa femme, de Charles Langlois, laboureur à Pussay, son oncle à cause de Julienne Dollibeau feue son épouse et de Fiacre Cartier marchand mercier.

Françoise Séjourné est assistée de François son père et de Jacques son frère, mais aussi d’une nombreuse famille et d’une multitude d’autres personnalités, rarement vues en si grand nombre à un mariage : « vénérable et discrète personne Mre Jacques Gontard prêtre curé de Pussay », Jehan de Languedoue écuyer sieur de Pussay, Jehan Barbotin le jeune, vigneron à Pussay son grand-père maternel, Nicolas Séjourné, cordonnier à Angerville son oncle, Eutrope Dorge cordonnier à Angerville son oncle, Jehan Barbotin le jeune laboureur à Dommerville son oncle maternel, plusieurs cousins dont Estienne Capperon et Guillaume Lesage manouvriers à Pussay ; de Mathurin Meusnier Me chirurgien à Angerville, Me Gilles Dy ? maître d’école à Angerville, Me Elloy Lantien procureur fiscal de la prévôté de Pussay, Jehan Obry charon à Pussay, Elloy Charpentier bourrelier à Pussay, Jehan Menault cordonnier à Angerville, etc.

Anne Barbotin, mère de Françoise, étant décédée il y a peu, son père, François, s’est engagé à faire faire l’inventaire et partage, tant à la future épouse qu’à ses autres enfants, de ce qu’il leur peut appartenir de la succession de leur mère. Quant à Sébastien Pommereau, il doue sa future épouse de la somme de 200 livres.

François Séjourné tient sa promesse et, le 6 juin 1628, il procède à l’inventaire des biens de la communauté d’entre lui et Anne Barbotin, ce que nous allons voir ci-dessous.

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François Séjourné : le cordonnier

François Séjourné et Anne Barbotin s’étaient mariés à une date inconnue, mais Jehan est baptisé le 12 mars 1605, suivi de Françoise le 10 juillet 1606, d’Eutrope le 17 décembre 1608, de Jacques le 11 février 1610, des jumeaux Eutrope et Jehan le 27 janvier 1613, à nouveau des jumeaux Martin et Jacquette le 8 février 1614, de Louise le 24 mars 1615 et de Marie le 30 octobre 1615. Nous ne connaissons pas la date du décès d’Anne Barbotin et lorsque François procède à l’inventaire le 6 juin 1628, seuls 4 enfants sur les 10 naissances ont survécu.

Françoise qui va avoir 22 ans, vient de se marier avec Sébastien Pommereau, marchand chaussetier et veuf de Julienne Dollibeau, dont elle va d’ailleurs très vite avoir des jumeaux Jehan et François le 23 janvier 1629. Jacques qui vient d’avoir 18 ans, est présent à l’inventaire « estant et jouissant de ses droits franchises et libertes a loctoritte de Nicollas Séjourné cordonnier demeurant à Angerville la gaste son curateur et de ladite Françoise Séjourné crée et ordonné par justice ». Louise et Marie, les deux petites dernières, 13 ans et 11 ans et demi, sont quant à elles sous la garde de leur père et tuteur.

Jehan Barbotin le jeune, laboureur à Dommerville, leur oncle et curateur non comptable, Sébastien Pommereau et Jehan Barbotin l’aîné, vigneron leur grand-père assistent de plus à l’inventaire, lequel est fait par le notaire, les parties ayant fait appel pour la prisée et estimation à Eutrope Dorge cordonnier à Angerville leur oncle et Jehan Hardoin le jeune laboureur à Pussay. La moitié des biens revient à François Séjourné et l’autre moitié à ses enfants.

L’équipement relatif à la cuisine et à la chambre est nettement supérieur dans cet inventaire. Alors qu’il se montait à 60 livres 16 sols chez Sébastien Pommereau, il s’élève ici à 171 livres 15 sols. Il y a bien une marmite, une casse en fonte et un haste de fer [broche à faire rôtir] en supplément, il y apparaît un ustensile pour mettre le fromage et une paire de « marchepied de boys de chesne garny de leur couvercle fermant a clef », les sièges autour de la table sont plus nombreux, la maie et le buffet sont ici estimés à 11 livres 10 sols et enfin, il y a 40 livres de vaisselle au lieu de 32 livres. Cependant, il y a eu quatre enfants chez les Séjourné, alors qu’il n’y en a eu qu’un chez les Pommereau.

La différence porte essentiellement sur l’équipement de la (ou des) chambre(s), l’inventaire ne précise pas le nombre de pièces de la maison :

–         trois lits au lieu de deux, mais 128 livres de plumes au lieu de 48 livres.

–         deux couvertures de laine blanche estimées à 4 livres pour l’une et 30 sols pour l’autre, au lieu d’une couverture estimée à 30 sols

–         dix draps de lit neufs de toile de chanvre et d’étoupe, estimé chacun à 50 sols, et une pièce de toile de 14 aunes, estimée à 7 livres

–         dix draps de lit de toile de chanvre et étoupe tels quels, estimés à 8 livres

–         quatre nappes neuves de chanvre et 7 autres telles quelles, estimées à 8 livres 15 sols

–         quatorze serviettes de toile de lin et chanvre, moitié neuves, moitié à demi usées, en laquelle il y en a une à porter le pain bénit, cette caractéristique se retrouvant dans tous les inventaires, estimées à 3 livres 15 sols

–         un « sciel » de toile blanche garni de ses franges servant à entourer le lit, 3 livres

–         sept nappes de toile de chanvre et étoupe estimé à 35 sols.

L’inventaire de Sébastien Pommereau ne faisait apparaître que 4 draps et 5 nappes. Il semble d’ailleurs que l’achat de ce linge ait été récent puisque les dettes de la succession, plus loin, mentionnent des marchandises de drap pour 28 livres.

Les habits de la défunte sont estimés à 22 livres, un peu moins que ceux de Julienne Dollibeau, mais d’un commun accord, ils restent en la possession de François Séjourné, lequel s’engage à en payer la valeur à ses filles Louise et Marie, quand elles le demanderont, « attendu que lesdits Jacques et Françoise Séjourné sont plus fournys d’habits que lesdites mineures ».

Dans la boutique où travaille François Séjourné, il s’est trouvé treize paires de soulier estimées à 21 livres, plusieurs formes et une « meschante chaise de boys », estimées à 25 sols et dans la cave, du cuir à faire des souliers pour un montant de 13 livres. Celle-ci renferme aussi un « poinsson » rempli au deux-tiers de vin, l’ensemble étant estimé à 9 livres.

Le grenier contient :

–         un tas d’avoine estimé à 36 mines, mesure de Pussay, chaque mine valant 17 sols 6 deniers, soit au total 31 livres 10 sols

–         dix mines de blé froment, chaque mine valant 50 sols, soit au total 25 livres

–         neuf mines et demie d’orge, chaque mine valant 25 sols, soit au total 11 livres 17 sols 6 deniers.

L’étable abrite deux vaches mères à lait à poil rouge et noir, estimée chacune à 24 livres. La grange ne recèle qu’un peu de bois, une fourche et un râteau de bois, mais son existence, comme celle de l’étable montre l’ampleur du logis. Quant à la cour, elle exhibe un fumier estimé à 6 livres.

François Séjourné tient des terres à ferme et moison d’Estienne Guéret, marchand à Angerville :

–         six mines de terre ensemencées en blé méteil, labourées de trois façons, estimés les labours, façons et semences à 45 livres

–         cinq mines ensemencées en mars, labourées d’une façon, estimés les labours, façon et semences à 11 livres 5 sols

–         quatre mines et demie de terre labourées d’une façon à la saison présente des guérets, estimés les labours à 112 sols 6 deniers.

Il déclare que plusieurs personnes de ce bourg et autres lui doivent la somme totale de 15 livres. Lui-même est redevable envers :

–         Jehan Joger ? marchand corroyeur à Orléans de la somme de 40 livres

–         Anthoine Menault, marchand à Orléans, de 22 livres 10 sols

–         Jehan Barbotin le jeune, vigneron, son beau-père, de 8 livres 10 sols, reste de la vente d’une mine de terre

–         Anthoine R ? drapier à Etampes, de 40 sols

–         Pierre Poisson, drapier à Angerville, de 28 livres

–         Michel Bourdeau, tailleur à Angerville, de 40 sols, pour le reste de sa façon en habits

–         la taille de Pussay, de 19 livres 10 sols, restant à payer d’une plus grande somme à laquelle il a été imposé.

« Ce présent inventaire debtes rabattues se monte à la somme de 292 livres 2 sols tournois sauf l’erreur du calcul dont en partient la moitye audit Françoys Séjourné et l’aultre moitye auxdits anffans qui est pour chacun d’iceux 29 livres 4 sols 2 deniers ». Il est effectivement probable qu’il y ait une erreur de calcul, car la part qui revient aux quatre enfants ne représente pas la moitié du montant de l’inventaire. L’ordre d’idée est cependant correct. L’inventaire de Sébastien Pommereau s’élevait à 1058 livres 6 sols, somme bien supérieure, mais tenait compte d’un stock de 1500 bas d’estame représentant 780 livres. Le commerce de François ne ressort qu’à 35 livres comprenant le cuir et 13 paires de souliers. Pour le reste, la situation des deux hommes est semblable et confortable.

Ses titres et papiers font état de nombreux contrats :

–         l’acquisition d’une maison de Jacques Boucher moyennant 84 livres le 22 mars 1610

–         un contrat d’échange avec Georges Meusnier, manouvrier, de la maison dans laquelle il demeure en date du 25 juin 1610. Il est mentionné tel quel dans l’inventaire, si bien qu’on ne sait pas trop sur quoi porte l’échange.

–         l’acquisition de 5 minots de terre de Léonard Rable pour 26 livres le 1er juillet 1609 (1 mine de terre vaut 2 minots)

–         l’acquisition de 3 minots de Guillaume Rable pour 15 livres le 1er juillet 1609

–         l’acquisition de 5 minots de François Cartier pour 25 livres le 26 novembre 1609

–         l’acquisition d’une mine de Robert Lesage pour 10 livres le 11 septembre 1610

–         l’acquisition de 3 mines de terre de Jehan Barbotin laboureur à Dommerville, pour la somme de 30 livres, le 7 septembre 1618

–         l’acquisition d’un minot de Denis Lesage pour 100 sols le 28 avril 1619

–         l’acquisition de 5 minots 4 perches de Jehan Roger pour 39 livres le 6 novembre 1623

–         l’acquisition de 4 mines de Jacques Beurellier pour 60 livres le 19 mars 1624

–         un contrat d’échange de 3 minots fait avec Pierre Geny le 10 mars 1625

–         l’acquisition d’un minot de Marin Planson pour 8 livres le 18 février 1626

–         l’acquisition d’une mine d’André Drouet pour 18 livres le 7 janvier 1627

–         l’acquisition de 3 boisseaux de Jehan Barbotin le jeune, son beau-père, pour 14 livres, le 19 janvier 1628

–         l’acquisition d’une mine de Jehan Barbotin pour 20 livres le 5 mai 1628.

Cette longue liste de contrats nous montre que le cordonnier François Séjourné acquiert régulièrement des terres, environ 20 mines, entre 1609 et 1628 et que la mine de terre qui valait 10 livres en 1610, en vaut le double en 1628. Elle reste stable jusqu’en 1619 et augmente ensuite de 50 % aux alentours de 1623, ce qui ne l’empêche pas de continuer à en acheter, tout comme il achète des nappes et draps neufs vers 1627 ou 1628.

Tous les biens, titres et papiers inventoriés restent en sa possession. Il s’oblige à représenter les parts de Jacques, Louise et Marie le moment venu et pour satisfaire Françoise, récemment mariée à Sébastien Pommereau, il lui donne la vache mère à lait à poil rouge, un lit de plume avec sa couette et coussin, quatre draps neufs, deux serviettes et deux nappes.

Le même jour, il est procédé au partage des terres dans les mêmes proportions, moitié pour François Séjourné et moitié pour ses quatre enfants héritiers de leur mère. Des lots sont constitués avec l’aide d’Eutrope Dorge cordonnier à Angerville, leur oncle et Jehan Hardoin le jeune, laboureur à Pussay qui ont « juré et promis faire leur devoir et ne faire de faveur à l’un plus qu’à l’autre ». Le partage ne mentionne très exactement que les terres revenant à François, à savoir 9 mines. Ces terres sont tenues à censives et champarts des héritiers de feu Pierre Baron écuyer, seigneur de Cottainville et Pussay en partie, excepté une mine franche au terroir de Monnerville, une mine au terroir de Grandville tenue en fief du sieur de Grandville, un minot tenu en fief du sieur de Pussay et une mine tenue en fief du sieur de Châtillon. Le cens dû au sieur de Cottainville consistait en « sept deniers et mailles tournois pour chacun septier de terre payable par chacun an au jour et feste de Saint Rémy et pour le champart de douze gerbes liées payable par chacune despouille et rendu en la grange champartesse desdits héritiers audit Pussay ». (Un setier équivalait à deux mines)

Quant aux logis et maison où demeure François, ils sont communs à tous et même s’ils lui en laissent la jouissance, ils peuvent, quand ils le veulent, réclamer leur part.

Quinze jours plus tard, le 25 juin 1628, François Séjourné épouse Jehanne Darbellay, elle-même veuve de Jehan David et elle-même ayant procédé à un inventaire réalisé deux jours plus tôt. François est assisté de tous ses proches avec lesquels nous avons déjà fait connaissance. Jehanne est entourée de Louis, son frère, marchand chapelier au Haut-Pavé, paroisse de Saint-Martin d’Etampes, de Marin Savouré laboureur à Rétréville son beau-frère, de Claude Bordier manouvrier à Pussay son beau-frère, de Jehan Hardoin l’aîné laboureur et marchand à Pussay son oncle maternel et de Estienne David manouvrier à Pussay son beau-frère. Son futur mari lui octroie un douaire de 40 livres.

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Jehanne Darbellay : veuve de Jehan David laboureur

Jehan David et Jehanne Darbellay s’étaient mariés à Pussay le 27 juin 1605. Le père de Jeanne était déjà décédé à l’époque. Une petite Marie est baptisée le 19 mars 1606, puis Marguerite le 20 avril 1608, Jehanne le 3 mai 1611, Charlotte le 20 mars 1613, Jacquette le 18 février 1615. Nous savons que Jehan est décédé par l’inventaire réalisé le 23 juin 1628, mais nous ne connaissons pas la date de son décès survenu entre 1615 et 1628. A cette époque, seules Jehanne, 17 ans, Charlotte, 15 ans et Jacquette, 13 ans vivent encore. Estienne David manouvrier et oncle des fillettes a été nommé leur curateur non comptable, leur mère en ayant la garde comme tutrice. Il assiste à ce titre à l’inventaire avec Marin Savouré également leur oncle. Jehan Hardoin laboureur et Charles David marchand à Pussay sont nommés par la famille pour procéder à l’inventaire, prisée et estimation des biens.

Nous n’allons pas reprendre l’inventaire détaillé quant à l’équipement de la cuisine et des chambres très similaire aux deux premiers. La cuisine est aménagée pour une valeur de 26 livres 11 sols, la chambre 31 livres 8 sols. Cette dernière comprend deux châlits et un coffre de chêne, deux couvertures de laine blanche, 41 livres de plume, quatre draps et deux nappes de toile de chanvre. Sachant qu’il y a trois enfants, l’équipement est inférieur aux deux précédents, mais la différence ne porte pas là-dessus :

–         Jehanne ne détient aucune réserve de grains, là où Sébastien le chaussetier avait dans sa cave pour 71 livres 5 sols de blé surtout méteil et un peu froment, d’avoine et d’orge et où François le cordonnier avait dans son grenier pour 68 livres 7 sols de blé froment d’avoine et d’orge ;

–         elle n’a pas de cheval comme Sébastien ou de vaches comme François ;

–         elle possède cependant 2 oies et 13 oisons estimés à 6 livres, un coq deux poules et sept poulets estimés à 40 sols ; la volaille des deux premiers était peu conséquente, voire nulle ;

–         elle n’a aucun revenu commercial qui lui permettrait d’acheter de la terre. En tout et pour tout, elle ne fait état que d’un contrat d’acquisition de Macé David, marchand demeurant à Angerville, passé le 22 décembre et portant sur quatre mines et demie de terres ;

–         cependant elle possède 10 mines de terres dont les labours sont estimés à 50 livres 10 sols, ce qui la situe entre Sébastien avec 8 mines dont les labours sont estimés à 32 livres 16 sols et François qui loue 15 mines dont les labours sont estimés à 61 livres 17 sols ;

–         elle ne déclare aucun argent liquide, tout comme François et à la différence de Sébastien qui conserve chez lui 166 livres ;

–         personne ne lui doit d’argent et elle en doit peu elle-même, ce qui n’est le cas ni de Sébastien, ni de François. Elle doit seulement 7 livres 18 sols, dont 3 livres 13 sols pour la taille (à comparer aux 12 livres 9 sols de Sébastien et 19 livres 10 sols de François) et 3 livres de loyer pour sa maison. Là est une différence essentielle. Elle n’est pas propriétaire de sa maison.

Au total, l’inventaire se monte à 108 livres 18 sols, dont la moitié lui appartient et l’autre moitié à ses filles, mais, que d’un commun accord, tous les témoins lui ont laissé en garde.

Il est évident qu’à l’époque, les commerçants et artisans sont plus fortunés que les laboureurs. Encore faut-il s’entendre sur le terme de laboureur. Dans le cas de Jehan David, la question est de savoir si ce n’est pas plutôt un manouvrier comme l’est son frère Estienne, ainsi nommé dans son contrat de mariage. Il s’avère fréquent que les deux termes soient utilisés indifféremment pour la même personne, selon les contrats.

Un an auparavant, le 22 mars 1627, Anne Latorte (ou Latourte), veuve de Jehan Langlois, avait également requis un inventaire. La profession de son mari n’y est pas mentionnée dans, mais l’un des oncles et curateur des enfants, Charles Langlois, est laboureur à Pussay, un autre oncle, Guillaume Langlois, est laboureur à Oysonville. Il se peut donc que Jehan soit laboureur ou manouvrier. L’inventaire mentionne :

–         pour la cuisine, les mêmes ustensiles que ci-dessus pour un montant de 32 livres 2 sols ;

–         pour la ou les chambres, un montant de 48 livres 18 sols, ce qui est similaire, voire même mieux que dans les précédents inventaires ;

–         par contre, la réserve de grains n’est que de 11 livres 11 sols pour du blé

–         les labours ne sont estimés qu’à 15 livres 4 sols pour 9 boisseaux de terre.

Ce sont là tous les biens qu’elle possède. Il n’est fait mention d’aucun titre ou papier. Encore doit-elle à son beau-frère, Charles Langlois, la somme de 3 livres du reste du labour des 9 boisseaux de terre. Jehan n’avait donc pas les moyens de labourer ses terres, il devait faire appel à son frère et le payer pour cela.

L’inventaire se monte à 108 livres 8 sols à partager par moitié entre la veuve et ses enfants. Il est identique à celui de Jehanne Darbellay. Anne récupère donc 54 livres 4 sols plus 25 livres provenant de son douaire, prises sur la part des enfants. Une fois les dettes payées, il reste à ces derniers la somme de 27 livres 14 sols, tous les biens restant dans la maison d’Anne. Jehan David et Jehan Langlois étaient soit des manouvriers, soit de petits laboureurs, rien à voir avec les laboureurs qui possèdent chevaux et peuvent prétendre devenir receveur.

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Les collecteurs de la taille

Le mardi 8 décembre 1626 « heure de vespres ditte chantée et célébrée en leglise Monsieur St Vincent de Pussay en la presence et par devant moy Jacques Sergent notaire royal au bourg de Pussay et ce qui en despend. A la requeste de Jehan Hardoin Robert Liger et Pierre Lantien proviseurs et marguilliers de ladite eglise. Après avoir par eux faict dire et publier au prosne de grande messe ditte en ladicte eglise suivant le deub de leur charge que lesdits habitans ayent a leur assembler pour faire eslire collecteurs pour l’année mil six cent vingt sept affin de faire assiette des deniers de la taille quil leur sera envoyee suivant la commission de Messieurs les presidents lieutenants esleus et conseillers du Roy Nostre Sire en l’eslection de Dourdan et pour satisffaire a ce que dessus a esté proceddé par lesdits habitans de ladicte eslection ainsy quil ensuit

Premièrement Mr Elloy Lantien a esleu Charles Langlois Sébastien Pommereau et Remy Bouton

Denis Retté a esleu Charles Langlois Sébastien Pommereau et Sébastien Séjourné

François Séjourné a esleu comme ledit Retté

Marin Planson a esleu Elloy Lantien Charles Langlois et Sébastien Pommereau… » et l’élection continue ainsi.

Les électeurs suivants sont Charles Langlois, Gabriel Gillier, Charles David, Nicollas Chaulmette, Laurant Planson, Jacques Cartier, Lubin Geny, Rémy Bouton, Jehan Retté, Sébastien Séjourné, Adrien Geny et les proviseurs cités plus haut. Chacun d’entre eux votent pour trois personnes destinées à la fonction de collecteurs de la taille. Le résultat de l’élection donne pour collecteurs : Charles Langlois, Sébastien Pommereau et Rémy Bouton qui ont le plus de voix. « … de laquelle eslection a esté octroié lettres auxdits gagiers pour leur servir en temps et lieu ainsy que de raison. Faict en présence de Jehan Gaultier manouvrier et Jehan Duchon laboureur demeurant audit Pussay et tesmoins ».

La taille était un impôt direct levé sur toutes les personnes qui n’étaient pas nobles ou ecclésiastiques, ou qui ne jouissaient pas d’une exemption, tels les titulaires d’office. Le Roi fixait chaque année son montant global au plan national, lequel était réparti entre les généralités, puis les élections, puis les paroisses, en fonction de la capacité de paiement estimée de chacune. Elle était perçue par foyer, en fonction d’une évaluation du revenu des contribuables faite par les collecteurs de chaque paroisse.

D’après le texte ci-dessus, Pussay dépend en 1627 de l’élection de Dourdan et, en attendant de recevoir son enveloppe de « Messieurs les présidents lieutenants élus et conseillers du Roy », elle élit, le 8 décembre 1626, ses collecteurs pour l’année 1627. Ils ont la charge non seulement de calculer et répartir la taille entre les contribuables, mais aussi de la percevoir. Ils sont également redevables sur leurs biens propres des sommes qu’ils n’ont pas récoltées, puisque la taille est un impôt indivis entre tous les habitants. Tous les foyers de Pussay ne sont pas représentés sur cette liste d’électeurs. Pour autant, il ne semble pas que nous ayons là la liste des personnes les plus fortunées. Ces dernières semblent avoir tout simplement répondu à l’appel lancé pour l’élection. Nous ferons plus ample connaissance ci-dessous avec Sébastien Pommereau, le chaussetier, marchand aisé. Charles Langlois est un laboureur qui semble également aisé, mais son frère Jehan a des revenus modestes comme le montre l’inventaire requis par sa veuve Anne Latorte en mars 1627, ci-dessous. Quant à Rémy Bouton, il est manouvrier. A Pussay, les collecteurs sont élus chaque fin d’année et diffèrent à chaque fois.

Les contribuables payaient la taille en plusieurs « quartiers », dont le premier devait, semble-t-il, être versé en janvier. Le 7 mai 1627, devant le procureur fiscal de la prévôté de Pussay, Sébastien Pommereau et Rémy Bouton s’entendent pour échanger leur « quartier ». « Ledit Pommereau levera le quartier dudit Boutton qui est comme dit est le dernier et ledit Boutton levera celluy dudit Pommereau qui est le second ».

Les habitants ne sont bien sûr pas empressés à payer la taille et les inventaires après décès le prouvent. La tâche des collecteurs n’est pas toujours facile, même s’ils se connaissent bien entre eux. Sébastien Pommereau lui-même doit 12 livres 9 sols pour le reste de la taille de la paroisse de Pussay « a quoy il a este cotisé », le 7 avril 1628. François Séjourné doit pour les mêmes raisons, 19 livres 10 sols, restant à payer d’une plus grande somme à laquelle « il a este cotisé », le 23 juin 1628. Jehanne Darbellay, veuve de Jehan David, doit 3 livres 13 sols, qui figurent au titre des dettes de la succession sur l’inventaire du 23 juin 1628.

Il semble que l’impôt soit cependant recouvré sans trop de mal, tout du moins au début du siècle, mais que se passe-t-il quand un « contribuable » ne paye pas ? Un acte daté du 16 septembre 1665 nous l’apprend. Ce jour-là, « sont comparus personnellement par devant moy Jacques Sergent notaire royal au bourg de Pussay … Jean Bourdeau et Claude Quinton collecteurs des tailles de la paroisse dudit pussay en la présente année et Michel Plansson laboureur demeurant audit pussay commissaire establi aux grains saisis sur Louis Fagnou a la requeste desdits collecteurs : qui sont a present engranges en gerbes en une grange assise audit pussay. Lesquels pour satisfaire au jugement donné entre eux le jour dier par devant messieurs les presidants lieutenants controlleurs et conseillers pour le roy Nostre Sire en eslection de dourdan ont dit avoir faict estimation ce jourd’huy desdits grains par Jean Rousseau laboureur et Elloy Bordier batteur en grange demeurant audit pussay a ce present qui ont dict avoir ce faict a la quantite de cinq muids et demy de bled mestail tant batus qu’a battre mesure de mereville après les avoir veu et visitte a la priere et requeste desdits collecteurs et Plansson et y avoir fidellement vacquer ce qu’ils ont jure et affirme estime veritable de laquelle quantite de cinq muids et demy de bled mestail dicte mesure de mereville ledit Plansson s’en est charge et promis en rendre conte touteffoys et quant ? comme deppositaire de bien de justice et suivant lequel jugement lesdits collecteurs ont baille et mis entre les mains dudit Plansson la clef de ladite grange … ». (AD28)

En 1665, Louis Fagnou est fermier receveur du sieur de Cottainville et visiblement, il n’a pas payé la taille à laquelle il avait été imposé. Les collecteurs, Jean Bourdeau et Claude Quinton, rendent alors compte aux contrôleurs de l’élection de Dourdan. Un commissaire, est nommé pour saisir les biens du récalcitrant, en l’occurrence ses grains. Il est lui aussi choisi parmi la population du bourg et généralement volontaire : il s’agit ici de Michel Planson, laboureur à Pussay. Une estimation des grains saisis est faite par deux experts, là encore choisis dans la population : Jean Rousseau laboureur et Eloy Bordier batteur en grange. Enfin, les clefs de la grange restent entre les mains du commissaire jusqu’à conclusion de l’affaire et cela peut parfois prendre un certain temps, comme nous allons le voir plus loin.

Les collecteurs étaient rémunérés pour cette charge par un pourcentage des recettes, mais il arrivait aussi que certains d’entre eux, moins scrupuleux que d’autres, acceptent certains accommodements avec les « contribuables ». Pour l’année 1659, les collecteurs de taille se nomment Marin Bourdeau, marchand et André Fanier, laboureur. Or, les livres du notaire Jacques Sergent contiennent à la date du 23 mai 1660 un échange particulièrement savoureux. Ce jour-là, Jean Retté, praticien et André Fanier comparaissent devant le notaire à la demande de Simon Langlois, laboureur. Jean Retté atteste, jure et affirme en son âme et conscience que Marin Bourdeau lui aurait dit, lors d’un échange de terres passé avec Simon Langlois en 1659, que ce dernier lui avait remis une obligation de 20 livres, car il ne l’avait taxé, à sa demande, qu’à 200 livres de taille. La somme de 20 livres fut effectivement déduite par Simon Langlois sur ce que Marin Bourdeau lui devait en retour d’échange. Jean Retté ajoute que André Fanier n’a rien voulu recevoir en la circonstance. De son côté, André Fanier atteste, jure et affirme que, faisant les rôles ensemble au logis du greffier des tailles de Dourdan, Marin Bourdeau lui aurait dit : « Langlois est issy il a vollonté de donner quelques choses pour le mettre à une taxe raisonnable de tailles ». André Fanier lui aurait alors répondu : « fault faire les choses raisonnablement n’en veust aulcunes recompans pour le taxer à la taille, faicte ce qui vous plaira ». Sur ce, Marin Bourdeau serait sorti discuter avec Simon Langlois hors du logis du greffier. De retour, il aurait confié à André Fanier : « je n’ay sceu m’acommoder avecq luy : il fault pourtant qu’il donne cinquante livres pour le mettre a deux cens cinquante livres de tailles va ten luy dire que sy ne veust je le mettre daventage ». Le compte-rendu du notaire, signé des intervenants, s’arrête sur ces paroles. Nous ne savons donc pas comment les protagonistes sont passés de 250 à 200 livres de taxe et de 50 à 20 livres de « récompense », mais le fait est là.

Ce dialogue montre bien l’ambiguïté de toute la tâche. A l’échelle du bourg, tout le monde se connaît, les collecteurs changent chaque année et sont élus par les habitants, chacun sait de quoi il retourne et peut se défendre. Mais à l’échelon supérieur des élections ou des généralités, les receveurs généraux font vite fortune et cela leur sera reproché dans les cahiers de doléances. La tâche des collecteurs n’est donc pas aisée, mais il semble qu’elle soit devenue de plus en plus difficile au fil du siècle, de même que le recouvrement de la taille. Au début du 17ème siècle, les habitants se présentent volontiers à l’assemblée pour élire les collecteurs. En 1626, nous l’avons vu, ils sont 18. En 1665, 16 personnes se présentent au « bureau et tablette » de l’église, à l’appel des proviseurs et marguilliers de l’église, pour élire les collecteurs. Cette année-là, Guillaume Roger et Nicolas Pommereau sont élus collecteurs. Les élections ne sont pas secrètes et elles sont disputées. Le nom des électeurs, tout comme le nom des personnes qu’ils élisent apparaît sur le compte-rendu du notaire, comme pour l’élection de 1626. Il n’en va plus de même à la fin du siècle : les habitants semblent de plus en plus réticents à assumer le service, probablement en raison de l’accroissement de la charge fiscale lié à la guerre jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, et les cas de saisie, de grains en particulier, sont de plus en plus nombreux.

En 1672, conformément au jugement rendu le 9 septembre par Pierre Vedye, conseiller du roi et receveur de la taille pour l’élection de Dourdan, Pierre Bouton, Jean Baillard et Noël Delorme, proviseurs et marguilliers de l’église de Pussay font publier au prône de grande messe que les habitants eussent leur assemblée le 9 octobre, pour élire les collecteurs de l’année 1673. Ce jour-là, à l’issue des vêpres célébrées à l’église de Pussay, Jacques Sergent, notaire royal, se rend au « bureau et tablette » de l’église « ou estant ne seroient comparus aulcun des habitans d’icelle paroisse pour dire leur vois et ont faict reffus de ce faire quoy par plusieurs foys lesdits proviseurs et marguilliers les aient requis de donner leur vois presentement affin d’obeir audit jugement susdatte duquel reffus ils ont requis acte ce qui leur a esté octroié par moy notaire susdit ». Ainsi donc, en cette année 1672, les Pussayens refusent d’élire les collecteurs de la taille. (AD28)

Il faut croire que le problème a fini par se solutionner de gré ou de force, puisque le 16 mars 1673, une nouvelle saisie est effectuée. Cette saisie a été requise par les collecteurs de 1672, François Bourdeau et Jean Robert, par ceux de 1673, il y en a donc eu d’élus ou de nommés, Estienne Bourdeau et André Capperon, mais également à la demande de Me Jacques Dousset demeurant au château de Grandville et de Claude Rabourdin marchand à Angerville, en son nom et en celui de Martin Hémard marchand à Orléans, « tous saisissans et opposans sur les grains estant en deux granges au bourg dudit pussay appartenant audit Hardoin », Jean Hardoin, laboureur à Pussay. Nous ne connaissons pas la profession de François Bourdeau, mais Jean Robert est tailleur ou marchand selon les actes, Estienne Bourdeau est maréchal et André Capperon est manouvrier.

Il semble que les procédures soient engagées depuis quelque temps et « pour mettre fin et empescher quelles nayent plus grande longueur et pour eviter proces et frais ont tous lesdits dessus dits chacun a leur regard donné plaine et entiere main levée audit Hardoin a sa priere et requeste des saisyes et oppositions faictes a leur requeste sur les grains et a ce moyen ont consenti que Jacques Laignau et Germain Bourdeau commissaires estably ausdittes saisyes et oppositions soient deschargés pleinement et entièrement de la commission quils avoient accepté vollontairement desdits grains saisys ». (AD28)

Un accord amiable est donc trouvé :

–         le sieur Dousset, auquel Jean Hardoin doit 150 livres du reste du fermage des années 1669, 1670 et 1671 des terres qui lui ont été louées par Mre Jean Baptiste Amelot « conseiller du roy en ses conseils, Me des requestes ordinaires de son hostel, seigneur de Bisseuil, Grandville et aultres lieux », se voit délivrer, par le commissaire Jacques Laignau, quatre muids moins trois minots de blé méteil évalués à 120 livres et un muid d’avoine évalué à 30 livres

–         quant à nos collecteurs de la taille de Pussay, il leur est remis la somme de 60 livres, 30 livres par année, somme à laquelle Jean Hardoin avait été imposé, par Claude Rabourdin auquel le commissaire donne en échange et avec l’accord de Jean Hardoin, deux muids deux setiers et une mine d’avoine mesure de Janville

–         pour les frais de procédure qui se montent à la somme de 59 livres, Jean Laignau vendra deux muids d’avoine que lui livre Jean Hardoin et défrayera les personnes concernées avec l’argent récupéré.

En conséquence de quoi le commissaire Jacques Laignau rend les clefs de ses granges à Jean Hardoin.

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Les métiers de la laine

Dès 1617, les registres paroissiaux de Pussay, qui ne commencent qu’en 1604, notent que Jehan Bourdeau est tondeur en laine et cette précision revient très régulièrement au fil du temps. Les moutons sont donc déjà assez nombreux à cette époque pour que ce métier existe. Les troupeaux s’accroissent de façon considérable dans la deuxième moitié du siècle comme le montre les contrats que nous citons dans le paragraphe suivant : le bail à cheptel. L’un d’eux précise, mais nous sommes alors en 1672, que le preneur fera tondre les bêtes, qu’il devra nourrir les tondeurs et voiturer les laines aux marchands qui les auront achetées.

Tisseur en toile

Ces mêmes registres mentionnent un tisseur en toile dès 1609, en la personne de Charles Fougu, et les archives notariales signale que Charles Gaultier est « tissier en thoilles » lorsqu’il rend foi et hommage au seigneur de Châtillon pour une mine de terre qu’il a acquise de Jehan Roger, maréchal, le 26 février 1627.

Tireur d’estain

L’estaim ou étaim, nous rencontrerons plus souvent estain dans les textes des notaires de Pussay, est le nom que l’on donne à une sorte de longue laine qu’on a fait passer par un peigne, ou grande carde, dont les dents sont longues, fortes, droites et pointues par le bout.

Lorsque cette laine a été filée et bien torse on lui donne le nom de fils d’estaim et c’est de ce fil dont on forme les chaînes des tapisseries de haute et basse lisse et de plusieurs sortes d’étoffe.

Le fil d’estaim sert encore à faire des bas et autres ouvrages de bonneterie, soit au métier, soit au tricot ou à l’aiguille et c’est cette espèce de fil que les ouvriers bonnetiers nomment vulgairement fil d’estame d’où les bas de ce fil ont pris le nom de bas d’estame.

Ces définitions sont extraites du dictionnaire universel de commerce, d’histoire naturelle et des arts et métiers, volume 1, par Jacques Savary des Bruslons, Philémon-Louis Savary – 1742.

Nous avons déjà rencontré ces fameux bas d’estame dans l’inventaire du chaussetier Sébastien Pommereau en 1628. La même année, Louis de la Fosse avait mis son fils Pierre en apprentissage chez un marchand drapier de Méréville, pour « luy montrer et faire apprendre a tiray de l’estain a faire drap estames serges festin frise et carder laines et tout ce qui despand de la drapperye ».

Les « tireurs d’estain » sont nombreux à Pussay, plus encore dans la deuxième partie du siècle. Ainsi, le 17 mars 1662, Charles Chevallier, hôtelier à Etampes, loue une maison et six mines de terre sises à Pussay, à Guillaume Geny « marchand tireur d’estain » et le 16 avril 1662, Louis Gaultier « tireur d’estain » et Marie Fanier sa femme vendent à Noël Retté, quatre mines moins un boisseau de terre. Quand il décèdera à 60 ans, le 12 février 1684, Louis sera dit « peigneur de laine », nom plus moderne du « tireur d’estain ».

Pas étonnant donc de trouver aussi de nombreux jeunes apprenant le métier, preuve qu’il a de l’avenir. Dans les années 1670, Jean Baillard, « tireur d’estain » à Pussay, semble être passé maître en l’art de « montrer et enseigner à peigner de la leyne et faire l’estain » (voir le chapitre sur l’apprentissage).

Blanchisseur de bas d’estame

Le même dictionnaire que ci-dessus nous explique comment blanchir les étoffes de laine : il y a trois façons de blanchir les étoffes de laine. La première se fait avec l’eau et le savon, la seconde avec la vapeur du soufre et la troisième avec la craye, l’indigo et la vapeur du soufre.

Blanchiment au savon et à l’eau : après que les étoffes sont sorties du moulin à foulon, on les met dans l’eau de savon un peu chaude, dans laquelle on les foule de nouveau à force de bras sur une fouloire de bois, ce qui achève de leur donner le blanchiment que le moulin à foulon n’avait fait que commencer. Quand les étoffes ont été suffisamment foulées à bras dans cette eau de savon, on les lave dans l’eau claire et on les fait sécher. Cette façon de blanchir les étoffes de laine est celle qu’on appelle la naturelle.

Blanchiment au soufre : on commence par bien laver et dégorger les étoffes dans l’eau des rivières puis on les met sécher sur des perches et lorsqu’elles sont à demi sèches, on les étend dans une manière d’étuve bien fermée, dans laquelle on fait brûler du soufre, dont la vapeur venant à s’étendre, s’attache petit à petit sur toute l’étoffe, ce qui lui donne ce beau blanchiment qu’on appelle communément blanchiment à fleur ou blanchiment de Paris parce que c’est à Paris où il s’en fait le plus de cette sorte.

Charles Gaultier, l’un des témoins lors de l’inventaire de Sébastien Pommereau, est « blanchisseur de bas d’estame » en 1628. Est-ce le même que le tisseur en toile ou un homonyme ? C’est possible, mais pas sûr, car l’un signe et l’autre non. Jean Gudin exerce aussi le métier à Gommerville, mais un peu plus tard, en 1666, et à Orlu en 1672. Il n’est pas exclu, non plus, de penser que ces « métiers de la laine » se font, pour certains, en parallèle avec un « métier de la terre ». Cependant, il semble qu’il y ait des familles particulièrement orientées vers les premiers.

Marchand chaussetier

L’inventaire du chaussetier Sébastien Pommereau est révélateur du métier à l’époque : une « foulloire » de bois de chêne avec son pot de bois servant à « fouller bas d’estame » avec une demi douzaine de « carts », mesure pour mettre le savon, dans lesquels il s’est trouvé environ 8 livres de savon, quatre douzaines de formes à « bas d’estame » et une livre et demie de soufre (voir inventaire plus haut).

La tradition veut qu’à Pussay, les bas aient été feutrés dans un foulon, avec de l’eau et du savon, puis mis à sécher sur de petites planchettes reposant sur des clous plantés dans les murs des maisons si possible exposés au sud. Ces clous étaient encore bien visibles il y a peu de temps.

Photo

Le soufre trouvé dans l’inventaire servait à blanchir les bas comme on l’a vu plus haut, puisqu’il comprenait aussi 1500 bas d’estame « tant blanc que à blanchir ».

Sébastien Pommereau n’est pas le seul chaussetier à l’époque, mais c’est le seul pour lequel nous possédons un inventaire. Charles David est également marchand chaussetier en 1627 et Georges Bourdeau chaussetier en 1628, quand il marie sa fille Magdaleine avec Vincent Ganisse maréchal à Pussay. Bien avant eux, les registres paroissiaux font état d’un Jehan Bourdeau, chaussetier depuis 1613 que nous retrouvons tout au long des registres, car c’est une façon de le distinguer du Jehan Bourdeau, tondeur, avec lequel nous avons déjà fait connaissance. Et ils ne sont probablement pas les seuls.

Lorsqu’il se remarie le 27 juillet 1665 avec Marie Bertrand, elle-même veuve de Anthoine Imbault manouvrier, Charles Lebeille (ou Lebeil selon les époques) est marchand chaussetier. Les frères de Marie sont maçon pour Georges et « tireur d’estain » pour Nicolas. Il doue sa femme de la somme de 90 livres et elle-même apporte à la communauté 60 livres en deniers et meubles, ce qui n’est déjà pas si mal. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce mariage et sur les succession et partage qui s’en sont suivis. Notons toutefois que, trois jours avant le mariage, son ancien beau-père, Jean Bourdeau, et lui avaient fait leur compte et à ce titre est inclus l’apprentissage que Charles Lebeille a donné au fils de son beau-père pour lui apprendre à « tirer de l’estain de layne ».

Charles Lebeille décèdera le 7 décembre 1700, il est alors marchand de bas et son fils, prénommé Charles comme lui est peigneur de laine.

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Le bail à cheptel

Le 10 septembre 1661 Estienne Gastineau, laboureur à Pussay, prend « à moitye et croît », pour trois ans, de messire Claude Duhamel, chevalier, seigneur de Denainvilliers, Dadonville et autres lieux, demeurant à Denainvilliers, mais de passage à Pussay et présent, 110 bêtes à laine, à savoir 80 « mères portières » (brebis), 27 « agnelettes » et trois béliers, qu’il a d’ores et déjà en sa possession, pour les « nourrir faire garder et gouverner bien et deuement à ses desppans perils et fortunes telles que par sa faulte ils ne seront péris ni perdus et seront tondues icelles bestes chacun en comung frais et despans et les laines partyes par moitye et les croix [croîts] des agnaulx qui en proviendront par chacun an ainsy que l’on a acoustumé et ce payeront les dismes par moitye au curé dudit pussay et aussi icelles bestes en fin dudit temps seront partye moitye par moitye ensemble les suittes… ». (AD28)

Le bail à cheptel est un contrat par lequel l’une des parties donne à l’autre un fonds de bétail pour le garder, le nourrir et le soigner sous les conditions convenues entre elles. Dans le cheptel simple, le preneur profite de la moitié du croît [les nouveaux-nés] et supporte aussi la moitié de la perte. L’estimation donnée au cheptel n’en transporte pas la propriété au preneur ; elle n’a d’autre objet que de fixer la perte ou le profit qui pourra se trouver à l’expiration du bail. Le preneur n’est tenu du cas fortuit que lorsqu’il a été précédé de quelque faute de sa part sans laquelle la perte ne serait pas arrivée. En cas de contestation, le preneur est tenu de prouver le cas fortuit et le bailleur de prouver la faute qu’il impute au preneur. Le preneur qui est déchargé par le cas fortuit, est toujours tenu de rendre compte des peaux des bêtes. Si le cheptel périt en entier sans la faute du preneur, la perte en est pour le bailleur. S’il n’en périt qu’une partie la perte est supportée en commun. Le preneur profite seul des laitages, du fumier et du travail des animaux donnés en cheptel. La laine et le croît se partagent. S’il n’y a pas de temps fixé par la convention pour la durée du cheptel, il est censé fait pour trois ans, temps nécessaire pour que le preneur recueille les fruits de son bail. (Extrait du manuel de droit français par Jean Baptiste Joseph Pailliet)

En septembre 1660, Louise du Couldrier prend également à moitié et croît, pour trois ans, de Marie Aubereau, femme de Nicolas Gervaise docteur en médecine demeurant à Paris, 43 bêtes à laine parmi lequelles 40 « portières ou agnelettes », deux moutons et un bélier qu’elle s’engage à nourrir, garder, bien traiter de sorte qu’elles ne meurent pas et tondre chaque année. Au bout des trois ans, les bêtes, aussi bien celles confiées au départ que celles nées pendant les trois ans, seront partagées par moitié entre elle et Marie Aubereau, de même que les laines, moyennant de surcroît la somme de 100 livres qu’elle devra payer à Marie Aubereau au jour et fête de saint-André prochain.(AD28)

D’autres contrats sont ainsi passés et semblent se multiplier à partir de ces années 1660. En octobre 1672, ils portent sur 120 bêtes d’une part, 80 de l’autre. En 1673, Charité Savouré prend pour trois ans de François de Languedoue, 102 bêtes : 80 brebis, 20 agneaux et 2 béliers. Ce bail est particulièrement intéressant, car il y est précisé que le preneur fera tondre les bêtes et que les laines seront partagées par moitié. Le preneur devra nourrir les tondeurs et voiturer les laines aux marchands qui les auront achetées. Ainsi, le commerce de laine est déjà très actif à l’époque. Les vieilles bêtes seront ôtées du troupeau et partagées par moitié. Les agneaux mâles seront ôtés chaque année et également partagés par moitié, tandis que les femelles resteront dans le troupeau et ne seront partagées qu’à la fin du bail. Si des bêtes meurent par sa faute, le preneur sera tenu de les payer selon le dire d’un expert. Si elles meurent de mort naturelle, il en sera quitte en rapportant les peaux. Par ailleurs, le contrat précise que ces 102 bêtes ont été achetées par François de Languedoue avec les deniers que Louis de Compans, son beau-père, chevalier, seigneur de Deuil et Brichanteau, avait offerts à ses petites filles Hélène Lucrèce, Louise Françoise et Charlotte et qu’en conséquence son épouse et lui-même consentent qu’elles en jouissent et disposent ainsi que des revenus qui en proviendront. Voilà donc, semble-t-il un excellent placement pour des deniers sonnants et trébuchants. (AD28)

Bail des bêtes à laine passé avec Charité Savouré en 1673 (AD28)

Ces baux ne concernent pas que les bêtes à laine. Le 14 juin 1662, Françoise de Languedoue, fille de Jean et Louise du Couldrier, laquelle demeure à Paris, mais se trouve à Pussay, loue pour trois ans, « deux vaches mères à lait soulz poil noir l’une âgée de quatre ans et l’autre de sept ans ou environ », à Jean Planson, laboureur à Dommerville, qui devra les nourrir, les héberger et les faire pâturer convenablement. Si elles meurent par sa faute, il s’engage à payer 24 livres pour la plus jeune et 21 livres pour la plus âgée. Si elles meurent de mort naturelle, il en sera quitte en rapportant la peau. Le bail est passé moyennant la somme de six livres par an et par vache. (AD28)

François de Languedoue avait de même passé un contrat, toujours pour trois ans, avec Jean Geny, cordonnier à Pussay, le 4 février de la même année, pour une vache à poil rouge âgée de sept ans, laquelle avait alors été estimée à 33 livres et moyennant 102 sols. Le contrat portait également sur un veau taureau à poil brun, âgé d’environ six mois, lequel devait être vendu à la fin de l’année et les deniers en résultant partagés par moitié. Le veau avait été estimé à sept livres.

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Apprentissage

Le premier contrat d’apprentissage dont nous disposions est daté de mars 1549 et s’intitule « mise en serviteur et apprenti » pour un an de Nicolas Compagnon, originaire de Pussay en Beauce, âgé de 22 ans, chez Nicolas Dufour, boulanger à Saint-Marcel, rue Mouffetard, qui lui fournira le gîte et le couvert et lui versera 4 livres tournois. (Archives nationales)

Ensuite, le 23 novembre 1628, Louis de la Fosse, laboureur et marchand demeurant à Authon met son fils Pierre en apprentissage, pour deux ans, à commencer du jour et fête de Saint-André prochain, chez Pasques Dousse, marchand drapier à Méréville. Ce dernier doit « luy montrer et faire apprendre a tiray de l’estain a faire drap estames serges festin frise et carder laines et tout ce qui despand de la drapperye sy l’esprit dudit Pierre de la Fosse le peult comprendre / et aussy par icelluy Dousse le nourrir et gouverner de tout alliment corporel ainsy qu’il appartient et fournir d’outils ledit aprentit durant ledit temps pour faire son apprentissage de drappier … ». Ce bail est passé moyennant 60 livres tournois pour les deux années, savoir 30 livres à la Saint-André prochaine et 30 livres à la Saint-André suivante. Louis de la Fosse s’engage de plus à fournir à Dousse un setier de blé méteil mesure de Méréville à sa volonté. Le père a signé le contrat, le fils ne sait signer. (AD28)

En 1662, le prêtre curé de Pussay, Hilaire Chandeboys, met quant à lui son neveu, Marguerit Bureau, en apprentissage pour deux ans lui aussi, à commencer le 15 février, chez Marin Gallage, maître menuisier à Angerville. Là encore, le maître s’engage à montrer et enseigner à son apprenti, du mieux qu’il lui sera profitable, le métier de menuisier, si toutefois « l’esprit dudit Bureau le peult comprendre ». Il promet également de « luy quérir et livrer ses vivres de boire et manger son lit logis et lumière bien et convenablement et le traiter doucement ». Quant au curé, son oncle, il lui fournira ses vêtements et chaussures « bien et honnestement sellon sa qualité ». Le bail est passé moyennant la somme de 75 livres tournois, payée moitié au début de l’apprentissage le 15 février, moitié à la fin des deux ans. Dans le bail précédent, nous ne connaissions pas l’âge de l’apprenti. Cette fois il a 14 ans ou environ et le bail précise « en cas de fuitte ledit sieur curé son oncle le promet quérir et ramener à sondit maistre pour parachever sondit apprentissage ». (AD28)

Un autre contrat du même type est passé en 1665, par Vincent Bourdeau, laboureur à Pussay avec un maître menuisier d’Etampes, Louis Durandet, pour son neveu François David, fils de sa défunte sœur Cantienne. La durée du contrat est la même : deux ans. Louis Durandet doit de la même façon lui enseigner le métier de menuisier, le nourrir, le coucher, lui fournir son lit et le gîte. Il n’a pas plus à le vêtir. Pourtant le prix de l’apprentissage est beaucoup plus élevé : 135 livres, que Vincent Bourdeau paiera en deux fois : la moitié à la première requête de Louis Durandet et le reste au bout d’un an. L’apprenti est âgé de 18 ans. L’acte est passé chez le notaire de Pussay en présence de Hilaire Chandeboys, le curé de Pussay et de Marguerin Bureau, celui-là même qui avait été en apprentissage à Angerville et qui est maintenant serviteur menuisier chez Louis Durandet. (AD28)

Le 28 novembre 1672, André Fanier, laboureur à Pussay, met en apprentissage son neveu, Jean Retté, fils des défunts Philippe Fanier décédée le 07 août 1669 et Noël Retté décédé le 28 décembre 1671. Jean est âgé de 18 ans et commence son apprentissage le jour de Saint-André, dernier jour du mois, soit le 30 novembre, chez Jean Baillard, tireur d’estain à Pussay. Ce dernier s’engage à lui « montrer et enseigner au mieux qui luy sera possible à peigner de la leyne et faire l’estain … sans luy fournir d’aulcune vivre coucher lever ny loger ». Cet apprentissage durera jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste, soit sept mois, pour la somme de 24 livres, moitié au début, moitié à la fin. (AD28)

Une clause du contrat stipule que l’apprenti doit avoir soin ni de fuir, ni d’aller servir ailleurs et en cas de fuite, son oncle promet de le quérir et ramener pour finir son apprentissage. Or le 24 avril 1673, André Fanier et Jean Baillard se revoient pour constater que Jean a quitté son apprentissage pour aller servir de charretier. Ils conviennent donc d’en rester là moyennant un dédommagement de 3 livres en plus des 24 livres dues. Les apprentis n’avaient peut-être pas la vie facile, mais ce cas est le seul sur les exemples que nous avons relevés. La plupart des apprentis vont jusqu’au bout de leur apprentissage. Jean, lui, se mariera et mourra charretier à 40 ans. Son père, Noël, était laboureur, tout comme son oncle.

Un autre père, Charles Sergent, greffier de la prévôté de Pussay, mettra son fils, Jean, âgé de 17 ans, en apprentissage chez ce même Jean Baillard, à partir du 12 janvier 1673, pour 7 mois également, pour la somme de 27 livres. Il ne lui fournira aucune vivres « sinon qui luy tranpera du potage et le coucher et lever seulement ». (AD28)

Jean Baillard aura encore un apprenti à partir du 20 mars 1674, en la personne de Simon Simon, 20 ans, fils de Ambroise Simon, marchand de bas de soie à Oysonville. Il ne devra lui fournir « aulcune vivre synon que luy tranper du potage une fois le jour sans que ledit Simon ne doive rien à Baillard vu qu’il commence déjà à bien tirer de l’estain et sans qu’il ne puisse demander aucun salaire à Baillard de ce que son fils fera de besogne dudit mestier pendant ledit temps qui est de ce jour au 15 juillet prochain ». (AD28) En cette deuxième moitié du 17ème siècle, nombreux sont les jeunes qui apprennent à peigner, filer la laine, carder, faire des ouvrages de draperie et de tricot. Depuis le début du siècle, les métiers de la laine ne cessent de se multiplier comme nous aurons l’occasion de le voir.

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Marin Lemaire : le boulanger fournier

Marin Lemaire s’est marié le 23 septembre 1646 avec Jeanne Mignau ou Mineau selon les sources. Après le décès de cette dernière, survenu le 30 juin 1662, il est procédé le 24 juillet à un inventaire des biens de la communauté, pour préserver les droits de Magdeleine, leur fille mineure. Son père et tuteur ainsi que son oncle et curateur, Emery Mignau, laboureur à Oysonville, font appel pour cela à Me Louis Poirier, premier huissier audiencier héréditaire en la maréchaussée de France et prévôté d’Etampes, Me priseur et vendeur de biens de justice au bailliage, prévôté, duché et gouvernement d’Etampes et dépendances de celui-ci. Claude Bidault, praticien et Macé Bonnard laboureur et hôtelier, tous deux de Pussay, l’assistent dans son estimation des biens. (AD28)

Première page de l'inventaire des biens de Marin Lemaire (AD28)

Ils trouvent ainsi dans la chambre où est décédée Jeanne Mignau :

–         une crémaillère, une poêle, un poêlon, une lèchefrite, une broche à rôtir, tous de fer, une marmite de fonte et deux « chauldières » dont une de fonte, estimés à 7 livres,

–         de la vaisselle, tant chopines à vin qu’à eau, écuelles, coupes, assiettes pour 12 livres,

–         un fusil : 6 livres,

–         une « met » de bois de chêne servant à « poistrir » : 6 livres,

–         une table en chêne et ses tréteaux : 2 livres,

–         un châlit de chêne et son lit garni de couette et coussin remplis de plumes avec une couverture de laine blanche : 25 livres

–         un grand coffre en chêne fermant à clef : 10 livres, dans lequel se trouvent les vêtements à l’usage de la défunte et le linge de maison pour une valeur de 87 livres.

Ces vêtements et linges consistent en :

–         « une cotte d’estamel [?] viollet garny de son corps de camelot : 6 livres

–         deux garderobbes une deventière un corps le tout de serge noire a lusage de ladite deffunte : 20 livres

–         un corps de serge blanche un corps de futaine blanche un garderobbe et une deventière de toille noire aussy a lusage de ladite deffunte : 6 livres

–         une aultre cotte de drap bure gris doublee de toille avecq son corps de serge rouge double de toille et manche atachee audit corps a lusage de ladite deffunte : 6 livres

–         dix draps de lit de toille destouppes et chanvre contenant chacun quatre aulnes : 20 livres

–         quatre nappes de pareille toille : 3 livres

–         une serviette de toille de blanche servant a porter pain a benir et une petitte serviette de pareille toille : 30 sols

–         quatorze chemises de chanvre et estouppe a lusage de ladite deffunte : 12 livres

–         vingt collets et neuf cre ? ches de toille blanche a usage de ladite deffunte : 11 livres »

Le grenier de la maison contient 11 septiers de grains méteil et seigle estimés à 10 livres le septier, soit 110 livres, un bluteau de bois et un autre d’étamine ainsi que des ustensiles de boulanger pour 20 livres.

Dans la maison du four banal, ont été comptés 25 toises de planches de chêne à 4 livres 10 sols la toise, soit 112 livres 10 sols ; et 25 soliveaux de bois de chêne estimés à 45 livres ; dans la rue proche de la maison de Marin Lemaire : 32 pièces de chêne en pannes et mortaises pour 100 livres et dans le parc de Pussay : 11 pièces de chêne restant à enlever des quantités achetées à François de Languedoue estimées à 110 livres.

Marin Lemaire a en « deniers clers » entre ses mains : 160 livres. Les dettes dues à la succession sont intéressantes et consistent en :

–         271 livres pour fourniture, voire livraison selon l’endroit, de pain à 31 personnes de tous horizons : laboureurs, marchands, bergers, manouvriers, charpentiers, charretiers, maréchaux, cordonniers, charron, de Pussay principalement, mais aussi de Grandville, Dommerville et Gommerville. Il a par exemple fourni à Nicolas Thomasson, maçon « du pais de Limosin de présent à challou la roine » pour 30 livres de pain. Mais notre boulanger ne livre pas que du pain.

–         Parmi les dettes, un montant de 204 livres concerne du bois. Ses clients habitent surtout Gommerville, mais son rayon d’action s’étend à Châtenay, Baudreville, Ardelu. Ils sont marchands, charretiers, charrons, charpentiers et parmi eux « damoiselle Anne de Rochepel » à Gommerville à laquelle il a livré une corde de bois pour 12 livres.

–         Il prête également de l’argent et là les dettes s’élèvent à 261 livres.

–         Il a livré de l’avoine et du blé pour 111 livres et même un cheval au receveur de Baudreville pour 63 livres.

–         Enfin, Louis Fagnou lui doit 1400 livres pour l’évaluation de la quantité de 7 muids de blé méteil mesure de Yenville restant à livrer sur 7 muids 15 mines, qu’il lui avait vendu et non livré par contrat passé le 12 novembre 1661. Louis Fagnou, receveur de la terre et seigneurie de Pussay, pour ce qui en appartenait au sieur de Cottainville, avait effectivement passé un contrat le 12 novembre 1661, avec Marin Lemaire, pour la vente et livraison, non pas de 7 muids 15 mines, mais de 11 muids et 3 mines de blé méteil, moyennant 1500 livres, que Marin Lemaire s’obligeait à payer en l’acquit dudit Fagnou, à dame Geneviève Baron femme et épouse de Charles de Hallot, chevalier, seigneur de Lestourville et autres lieux et premier maître d’hôtel de son altesse royale au jour de pentecôte. Louis Fagnou devait livrer le blé, moitié à la mi-carême, moitié le 1er mai ou 1er juin.

Quant à Marin Lemaire, ses dettes se montent à 180 livres.

Cet inventaire contient également les titres et papiers de la communauté, lesquels font apparaître qu’un partage a été fait entre Marin et ses frères et sœur le 18 novembre 1649, après le décès de leur père. Ce même jour, Marin a acquis de son frère Estienne, laboureur à Gommerville, une portion de maison pour 45 livres. Il en a acquis une autre de sa sœur Marguerite, le 14 avril 1653, pour le même prix. Puis il a acquis « la quatrième partie d’une maison » pour 48 livres, de son autre frère Pierre, le 12 octobre 1659.

Le 14 avril 1653, il avait également acheté 9 boisseaux de terre, pour 9 livres, à Pierre Foucher de Gommerville. Le 7 novembre 1660, il achète plus de terre : 5 mines, à Antoine Pommereau, laboureur à Gommerville, pour 25 livres et le 12 juin 1662, encore plus gros : 10 mines, à Marin Pommereau, laboureur à Angerville, pour 100 livres. Ou la qualité de la terre achetée en 1662 était nettement meilleure qu’en 1660, ou son prix avait doublé. La plupart des pièces qu’il achète sont concentrées à Gommerville, en dehors d’une pièce à Grandville et d’une autre à Ardelu. On voit bien là que la terre représente, pour un marchand qui s’enrichit, le meilleur placement possible.

Entre temps, il a acheté, le 13 janvier 1662, à François de Languedoue, 105 chênes « de haultes futayes a prendre et coupper dans le boys et parcq dudit Pussay appartenant audit sieur savoir quatre vingt deux dans la tranche de vers le moullin dudit Pussay dix huit dans la tranche du coste de vers le chemin de Thionville et cinq dans les escarts dudit parcq le tout au choix et obtion dudit Lemaire laquelle couppe ce fera desdits cent cinq chesnes par ledit Lemaire dans le decours de lune savoir les quatre vingt deux de ladite tranche de vers le moullin dans quinze jours d’huy et la vidange dans le jour et feste de Toussaint prochain venant et la couppe du reste de ladite quantite qui est vingt troys chesnes dans huit jours d’huy et la vidange dans le jour et feste de Pasques prochain venant et lesquelles couppes et vidanges seront faictes bien et deuement sans faire aultre deggast au boys taillis et aultres et aussy ne pourront les charrettes et charrois entrer dans les taillis pour aller querir les boys couppés … ». [La vidange est l’action de vider le bois : ceux qui ont acheté une coupe de bois n’ont qu’un certain temps pour l’effectuer. Pour que le bois résiste et se conserve mieux, les arbres sont abattus en automne et en hiver, quand la sève circule très lentement. Ils sont alors moins sujets aux fermentations et aux attaques d’insectes. De plus, dans le décours de la lune, la sève est concentrée dans les racines].

Cette vente est faite pour la somme de 622 livres, dont 331 sont versées le jour même « en or et argent monnoye bon et ayant cours en ce royaulme », Marin ayant promis de s’acquitter du reste à Pâques, ce qui fut dûment constaté, le 4 avril 1662, par le notaire en marge du contrat. Ce dernier prévoyait également qu’il écime les arbres d’un autre petit bois appartenant au sieur de Pussay, pour en faire des bourrées à ses frais et les partager par moitié avec lui, sans autre sorte de paiement. Le contrat avait été établi au château de Pussay en présence de Louis Fagnou, receveur de la terre et seigneurie de Pussay pour ce qui en appartenait au sieur de Cottainville et de Jean Plonier, serviteur domestique au château. Le 4 avril, le versement du solde s’effectue en l’hôtel de Macé Bonnard, en présence de Louis Fagnou et cette fois de Louis de Languedoue, écuyer, sieur de Bausy, frère de François qui semble lui absent de Pussay.

Ce bois pouvait aussi bien servir à alimenter le four à pain qu’à être vendu à des particuliers puisque nous avons vu que Marin en faisait commerce et que le mobilier qui composait les maisons, dont la sienne, était en chêne. Le 11 janvier 1664, François de Languedoue lui vendra également « touttes les ormes de haultes futaies tant petitte que grosse qui sont sur le pied dans l’ormoye du parc dudit sieur audit pussay proche et tenant aux murailles et clostures dudit pussay a lendroit du grand Jeu ». Le prix en est cette fois nettement moindre : 25 livres pour chaque cent ormes.

Notre marchand boulanger, avait passé un bail verbal avec Louis Fagnou, receveur de la terre et seigneurie de Pussay pour ce qui en appartenait au sieur de Cottainville, pour le four banal de Pussay, bail auquel, d’un commun accord, ils mettent fin le 17 juin 1662. Il restait 18 mois à courir et Louis Fagnou souhaitait en jouir et disposer comme bon lui semblait.

Sa femme décède donc le 30 juin 1662 et son corps est transporté à Gommerville pour y être inhumé. L’inventaire est fait le 24 juillet et dans la foulée, le 7 août, il se remarie avec Marie Martin. Il est toujours dit marchand boulanger. Marie est la fille des défunts Denis Martin, boulanger de son vivant et de Marie de la Rue et elle travaille probablement au château, puisque François de Languedoue qui assiste au mariage est dit son maître.

Marin est assisté de ses frères Estienne et Pierre, laboureurs à Gommerville, de sa sœur mariée à un laboureur de Baudreville, de Jacques son oncle paternel laboureur à Bierville, de Thibault Dupart marchand à Bierville et oncle maternel, ainsi que de Anthoine Hemant maréchal, René Dauvillier marchand et Pasquer Mestiver laboureur ses amis demeurant à Gommerville.

Marie est assistée de « Messire François de Languedoue chevallier seigneur de Pussay Bausy et aultres lieux son Me », de Claude marchand et Jacques Me menuisier à Etampes, ses frères, de Claude Pinet Me bonnetier à Etampes beau-père de Jacques, d’« honneste homme » Louis Fagnou et de Vincent Bourdeau laboureur à Pussay ses amis. Elle apporte à la communauté la somme de 370 livres, dont 127 livres en hardes et meubles lui appartenant et le reste provenant de la succession de ses père et mère que ses frères s’obligent à présenter aux futurs époux à leur première requête, mais que ces derniers leur cèdent « pour en jouir et disposer comme a eux appartenant ».

Le contrat stipule que Magdeleine Lemaire, fille mineure de Marin, sera « nourye gouvernée entretenue couchée enseignée a prier dieu et apprendre cousture aux despans de ladite comunaulte jusques a ce quelle aye attaint laage de seize ans moyennant que lesdits futurs espouz jouirons et disposerons des revenus des immeubles de ladite mineure … et des deniers qui lui appartiennent de l’inventaire fait de la succession de ladite deffunte Mignau sa mère pendant ledit temps ». Quant à Marin il doue sa femme de la somme de 460 livres, diminuée de moitié si des enfants existent au jour de son décès. L’acte est passé au château, en présence de tous les parents et amis déjà cités et de Jean Plonier serviteur domestique audit château et Laurant Joignet vigneron, témoins.

Louis Fagnou, receveur de la terre et seigneurie de Pussay, pour ce qui en appartient aux sieurs de Cottainville, commence à avoir quelques différends financiers avec ses maîtres et c’est ainsi que Marin et son frère Pierre vont passer un bail pour le fermage du four banal de Pussay le 15 mars 1664, avec Marguerite Baron veuve de René Dallonville et sœur de Geneviève Baron. A l’époque Pussay est partagé entre deux seigneuries, celle des Languedoue et celle des Baron. Pierre Baron, sieur de Cottainville, avait acheté le tiers de Pussay en 1605, probablement d’un des frères Languedoue à l’époque. Ses enfants : Antoine, Geneviève, Louise, Marguerite et Alexandre en avait hérité. Et il semble bien que le four banal relève des deux seigneuries, chacune pour leur part.

Le four est tenu par Pierre alors que Marin s’établit laboureur à Gommerville où il a acheté plusieurs pièces de terre. Pierre habite la maison qui dépend du four et il rétrocède le bail du four et de la maison qui en dépend, le 6 février 1666, alors qu’il reste encore 4 ans et trois mois à courir, à Jean Gaudefroy, boulanger à Angerville, pour la somme de 180 livres par an payable en quatre termes de trois mois en trois mois et 6 poules par an au jour de la Toussaint, selon les termes de son propre contrat de 1664. Ce bail précise que Jean Gaudefroy devra « chauffer ledit four banal et faire cuire les pastes en pain des habitans dudit Pussay subjets audit four banal luy estant par eux fourny de chaufage et prendre et recepvoir pour chacune mine de paste deulz ? livre ? de paste ainsy que lon a acoustume … et faire du mieux qui leur sera possible ». Lequel Gaudefroy « a présentement baille audit Pierre Lemaire en faveur de la présente retrocession de bail la somme de quatre vingt dix livres tournois de pot de vin présent le notaire et tesmoins soulssignes en or et argent ayant cours en ce royaulme ». La maison contient « troys grandes tables de boys de chesne une paire de balance de boys avez les poix a peser paste et une pelle de boys servant a mettre le pain en paste audit forme » que Jean Gaudefroy devra laisser au four en partant.

Rétrocession du bail du four banal de Pussay par Pierre Lemaire à Gaudeffroy (AD28)

Ce texte est intéressant car il nous donne la coutume du lieu en matière de four banal. Cependant, nous ne sommes pas parvenus à déchiffrer le mot clé qui nous donnerait le pourcentage de pâte prélevé sur chaque habitant par le fournier. Encore faudrait-il connaître le poids de la mine à Pussay à l’époque. Toujours est-il que le boulanger fournier de Pussay pouvait s’enrichir au point d’acheter le bois du seigneur et surtout de convertir sa richesse en terre.

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Le testament d’Estiennette

« Fut présente en sa personne Estiennette Gablin femme de Pierre Fabien chartier demeurant à pussay de luy deument et suffisamment octorizée pour l’effet des présentes laquelle estant a present gisante au lit malade neantmoins seyne desprit et dentendement a de sa bonne vollonte sans contrainte donné et donne par ces présentes audict Pierre Fabien son mary a ce present des meubles et hardes qui ensuivent. Premièrement ung lict de plumes garny de coueste coissin couverture de leyne blanche quatre draps de lict ung chaslit ung coffre de boys fermant a clef tels quels une met servant a poitrir une casse une marmitte de fonte une demye ? poisle de fer ung plat deux escuelles deux assiettes et quatre cuilliers d’estain une cotte violette garnye de son corps une deventiere de toille et une grise de droguet cinq chemises deux collets quatre creniches le tout a lusage de ladite donatrisse et une meschante natte servant a mettre devant ledict lict qui sont tous les meubles et hardes appartenant audit Fabien et a icelle donnatrisse ainsy qu’ils ont dit pour par icelluy Fabien a ce present jouir et disposer de ladite moitye de meubles cy dessus declarez et de touttes les hardes et linges aussy cy dessus declarez comme a luy appartenant après le décès de sa dite femme sy la survit sans anffans. Ce present don faict comme dict est et oultre pour la bonne amitye que ledit Fabien son mary luy a toujours porté durant leur mariage gouvernement nourriture et ente ? qui luy a faict et principallement durant sa malady ou elle est a present dont il y a ung grand temps veust et entend ladite donnatrisse que ses heritiers ny ayent ny pretende aulcune choses a la charge que ledit Fabien son mary sera tenu de faire prie dieu pour le repos de son ame quand elle sera aller de vye a trespas sy comme dit est il la survit ce qu’il a promis et s’est obligé faire… ». (AD28)

En même temps qu’elle fait son testament le 28 septembre 1672, Estiennette accouche d’un petit Louys. Lorsqu’elle parle de la bonne amitié que son mari lui a témoigné durant leur mariage et « principallement durant sa malady ou elle est a present », elle pense à sa grossesse. Et lorsqu’elle lui demande de faire prier Dieu pour le repos de son âme « quand elle sera aller de vye a trespas sy comme dit est il la survit », elle sait, car on le lui a dit, que son accouchement va probablement provoquer son décès. Elle décide donc de léguer à son mari la moitié des biens qui doivent normalement revenir à ses héritiers.

Ces biens ne sont certes pas conséquents, mais s’ils devaient être partagés, il n’en resterait plus grand-chose. Un châlit et un lit de plumes avec sa couette, coussin, couverture de laine blanche, quatre draps, un coffre fermant à clé, une maie à pétrir, une casse, une marmite en fonte, une poêle en fer, un plat, deux écuelles, deux assiettes, quatre cuillères et quelques habits, il n’y a là que le strict nécessaire, rien de comparable avec ce que nous avons pu trouver dans les inventaires des marchands ou laboureurs ci-dessus. Il est vrai que son mari est charretier.

Estiennette et Pierre s’étaient mariés à Pussay le 23 janvier 1669 en présence de Simon Langlois et Germain Pessy. Le registre indique que l’un des époux est originaire de Saint-Martin d’Etampes, sans préciser lequel. Une petite Jullianne était née le 18 janvier de l’année suivante et décédée trois jours plus tard. Probablement qu’en septembre 1672, on ne donne pas cher de la vie de l’enfant et surtout de celle de la mère.

Pourtant, contre toute attente, Estiennette survit et Louys avec elle semble-t-il, les registres ne font pas état d’un décès le concernant. Lorsqu’elle met au monde une petite Estiennette, quatre ans plus tard, son mari, lui, est décédé entre temps, le 27 août 1676, à 30 ans et son inhumation se fait en présence du curé de Boutervilliers. Ensuite, les registres de Pussay ne mentionnent plus le nom d’Estiennette.

Sources :

Archives départementales de l’Eure-et-Loir : archives notariales 2 E 34

Archives départementales de l’Essonne

Archives municipales de Pussay

Les côtes précises des documents d’archives cités sont à la disposition des personnes intéressées qui nous en feront la demande.

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