Les origines

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Dans sa monographie sur la commune de Pussay1, l’instituteur Ernest Maisse, écrit en 1899, que ce bourg date de l’époque capétienne et qu’en 1328, il compte deux seigneurs, dont l’un relève de Philippe comte d’Evreux. Malheureusement, il ne mentionne pas ses sources et pour le moment, concernant les origines du bourg, elles ne sont guère connues.

Nous trouvons cependant trace d’un Hildemerus de Pulceio dans le cartulaire de l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres. Vers 1123, lorsqu’il prit l’habit monastique, Robert le Chauve donna la quatrième partie de la terre de Mantarville aux religieux de Morigny qui la cédèrent ensuite à l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée. Celle-ci ne put entrer tout de suite en sa possession, car Payen Fils d’Anselme, duquel Robert tenait la terre, n’y consentit pas. Confirmation fut finalement donnée à l’abbaye de Saint-Jean par Héloïse, femme de Robert le Chauve et Pierre son fils, et ceux qui donnèrent leur consentement ou contribuèrent à le faire obtenir furent récompensés. Au nombre de ces derniers figure Hildemerus de Pulceio qui reçut 20 sous, pour sa contribution2. Il est porté témoin laïc dans la confirmation et est cité une troisième fois comme témoin à Etampes.

A la même époque, vers 1123-1128, Jean d’Etampes donne tout ce qu’il possède à Mantarville à l’abbaye de Saint-Jean-en-Vallée, du consentement de sa famille et en présence de nombreux témoins, dont Hildemerus de Pulceio2.

En 1128, il est à nouveau témoin aux côtés de Jean d’Etampes et d’autres personnes de la région, lors d’un don fait à la même abbaye, par Renaud et Gontard , fils de Vital de Chalo, de 40 arpents de terre à Aubret2. Mais pour autant, nous ne savons pas qui il est, ni à quel titre il agit.

Plus tard, en 1208, le cartulaire de l’abbaye Saint-Père de Chartres cite un Alchenodius de Puceio. L’introduction présentée par M. Guérard explique que « Les servi forenses étaient probablement les serfs établis hors des terres de leurs maîtres. En 1208, le roi Philippe-Auguste confirma l’affranchissement fait par les moines de Saint-Père d’environ soixante-dix serfs de cette espèce ». Parmi eux figure Alchenodius. L’auteur précise plus loin « Je dois encore dire, au sujet des affranchissements, que l’abbaye en conférant la liberté aux serfs provenant de donations faites à son profit, avait besoin de l’approbation des donateurs ou de leurs descendants »3. Il est donc possible de supposer que tout ou partie de la terre de Pussay ait pu dépendre, bien avant 1208, d’un roi qui en aurait fait don à l’abbaye de Saint-Père, laquelle en affranchissant Alchenodius aurait dû en demander confirmation au roi Philippe-Auguste.

Plus tard encore, le cartulaire de l’abbaye de Morigny mentionne, en décembre 1254 et en janvier 1279, un Guillermus de Puceio au sujet d’une vigne.

Pussay, fief en partie du duché de Chevreuse

Dans son livre « Histoire de la ville de Corbeil », Jacques-Amédée Le Paire écrit : « En 1208, Jean [de Corbeil] et Carcassonne firent une fondation considérable à Yerres. Du consentement de leurs enfants, Baudoin, Milon, Aveline et Hélisant, avec l’approbation de Pierre, évêque de Paris, Jean II et sa femme dotèrent la chapelle de Saint-Nicolas, dans l’église conventuelle, au moyen d’une rente de dix livres ; ils y ajoutèrent le pressoir de Saintry avec les droits de pressorages afférents. La rente était payable à la Saint-Rémi, sur le cens de diverses paroisses dans la proportion suivante : à Pussay 60 sols, dont 20 sols pour le luminaire … »4. Le luminaire était un droit féodal qui s’appliquait aux cierges ou chandelles destinés aux églises.

Une sentence prononcée beaucoup plus tard, le 28 avril 1572, par la chambre de justice de Paris, confirme qu’en 1208, Jean de Corbeil est seigneur de Pussay lorsqu’il fait cette donation : « donation faite aux Religieuses dierre [d’Yerres] de la somme de soixante sols parisis par ledict fief de Pussay par Jehan de Corbeil en son vivant seigneur dudict Pussay dacté de l’an mil deux cent et huict »5.

Petite parenthèse sur l’origine de cette sentence : elle est prononcée contre René Desprez, tuteur des enfants mineurs de feu Claude de Languedoue, seigneur de Pussay. Les coutumes du royaume faisaient un devoir au vassal de porter foi et hommage au seigneur dont il dépendait et de lui présenter l’aveu et dénombrement de son fief, à savoir une description détaillée des biens qui composaient ce fief. Après le décès de Claude de Languedoue, fin 1545, les foi, hommage, aveu avaient bien été portés au roi à cause de son château d’Etampes, mais ils n’avaient pas été portés au cardinal de Lorraine, duc de Chevreuse, dont dépendait en partie le fief de Pussay. Ce dernier en avait donc demandé la saisie féodale en 1555. Pour se prononcer, les juges examinèrent les actes précédents, lesquels sont repris dans la sentence de 1572.

C’est ainsi qu’ils remontent jusqu’en 1208, date à laquelle Jean de Corbeil est seigneur de Pussay. Ils collationnent également « deux extraits de la prévoté dudict Chevreuse dacté des onziesme septembre mil quatre cent soixante et seize [il pourrait plutôt s’agir de 1376] et treiziesme aoust mil trois cent quatre vingt et quinze par lesquels appert ledict fief de Pussay esté tenu et mouvant dudict Chevreuse à cause du chastel dudict lieu ». Ils y ajoutent « aultres adveuz et denombremens baillez au seigneur dudict Chevreuse par plusieurs personnes tenand fiefz mouvand de ladite seigneurye de Chevreuse », datés des 22 avril 1363, 17 avril 1369, dernier février et 6 mars 1370, 1er et 30 octobre et 5 août 1394, 9 août 1395, 1er mai et 9 juillet 1398, 18 et 23 juillet 1400, 20 août 1408, 1er et 19 septembre 14115. Dommage que nous n’ayons plus trace de cette belle collection d’actes.

Ils font également état d’un « adveu signez Collard de Chevreuse dacte de lan mil trois cens soixante neuf [1469 semblerait plus exact au vu des personnes concernées], par lequel appert ledict Colart seigneur dudict Chevreuse avoir recu de Guillaume de Villeneuve dict de Languedoue la somme de huict escus dor pour le rachapt du fief de Pussay en Beausse venu et escheu a damoyselle Michelle de Richebourg », un aveu de Guillaume de Languedoue, fils du précédent, porté en 1485 et un autre acte du 12 février 1538 par lequel Claude de Languedoue a rendu foi et hommage du fief de Pussay à la seigneurie de Chevreuse et payé les droits et devoirs qui pouvaient en être dus5.

Au vu de toutes ces pièces, les juges reconnaissent au seigneur de Chevreuse la mouvance sur une portion du fief de Pussay, « jusques a la quantite de la moyctie de dix muydz de terre et moyctie de vingt quatre livres parisis de cens, moyctie de vingt quatre droictures et moyctie des champars recueilliz audict pussay suivans les anciens adveuz »5.

Le seigneur de Chevreuse a donc des droits sur la moitié de 10 muids de terre sis à Pussay. Mais alors, à qui appartient l’autre moitié et de qui relève-t-elle ? Appartient-elle aussi à Michelle de Richebourg et relève-t-elle cette fois du roi à cause de son château d’Etampes ? L’aveu rendu par son fils Guillaume de Languedoue en 1485, nous renseignerait probablement, car il le porte, certes, envers le seigneur de Chevreuse, mais également envers le roi.

Perronnelle de Corbeil, dame de Pussay

Partant de Jean de Corbeil et de génération en génération, le fief de Pussay va échoir à Perronnelle de Corbeil, fille de Baudoin et de Marguerite de Vienne, lequel Baudoin est le fils de Jean, lui-même fils de Baudoin, l’un des enfants de Jean de Corbeil et de Jeanne de Duras dite « Carcassonne ». Perronnelle, par ailleurs dame de Blanchefouasse, près de Corbeil, et de Marcilly-en-Corbeil, terres qui lui viennent de son père Baudoin, épouse Regnault ou Renaud d’Escrones. Leur fils Adam d’Escrones succède à son père vers 1367. « Il devait, à en juger par l’époque de sa mort, être très jeune et même sous la tutelle de sa mère jusqu’en 1380. C’est à la fin de l’année 1367 que nous voyons Adam qualifié de seigneur d’Oysonville et de Pussay dans une sentence concernant la justice d’Oysonville »6.

Après le décès de Renaud d’Escrones, Perronnelle de Corbeil s’était remariée avec Pierre de la Neufville. Celui-ci avouait, le 11 septembre 1376, tenir à Pussay, de Pierre, seigneur de Chevreuse, « la moitié de dix muids de terre labourable ; de 24 sous de cens ; de 24 droitures et des champarts pris par lui au terroir dudit lieu ; le tout lui provenant du chef de sa femme, chargé de la moitié de 100 sous de rente envers le curé de Pussay et de moitié de 60 sous parisis à payer à l’abbaye d’Yerre ». Le 13 août 1395, Perronnelle faisait l’aveu des mêmes biens à Louis, seigneur de Chevreuse7. Il s’agit probablement là des deux extraits de la prévôté de Chevreuse mentionnés plus haut dans la sentence de 1572, sauf qu’il y est mentionné 24 sous de cens au lieu de 24 livres.

Adam d’Escrones, qui décède en 1409, avait eu de son mariage avec Agnès Le Morhier, trois enfants : Adam, Marguerite et Jehanne. Adam IIe du nom succède à son père comme seigneur d’Oysonville, de Pussay et d’Esclimont en partie. Il décède à son tour en 1437, sans enfant, de même que sa sœur Jehanne, si bien que ses domaines passent intégralement à son autre sœur Marguerite d’Escrones qui avait épousé Jean de Richebourg, seigneur d’Orval, son parent, puisqu’il était petit-fils de Pierre de Richebourg et Aveline de Corbeil. De leur union naissent deux filles : Bertrade, ou Bertranne, et Michelle de Richebourg. La première qui fut dame d’Oysonville et d’Esclimont en partie, épouse Charles d’Allonville. La seconde, Michelle, dame de Pussay, épouse Guillaume de Languedoue6.

Jusqu’alors, les seigneurs de Pussay, qu’ils soient de Corbeil, d’Escrones ou de Richebourg, ne vivaient pas à Pussay. Cela va changer avec les Languedoue et leur histoire se poursuit au chapitre suivant.

Sources :

1 – Archives Départementales de l’Essonne, Monographie sur la commune de Pussay par Ernest Maisse.

2 – Archives Départementales de l’Eure-et-Loir, Cartulaire de Saint-Jean-en-Vallée de Chartres, traduction par Bernard Gineste sur le site du Corpus étampois.

3 – Archives Départementales de l’Eure-et-Loir, Cartulaire de Saint-Père de Chartres publié par M. Guérard.

4 – Société Historique et Archéologique du Canton de Méréville, « Histoire de la ville de Corbeil », 1901, par Jacques-Amédée Le Paire.

5 – Archives départementales des Yvelines, D1488.

6 – Archives Départementales de l’Eure-et-Loir, Oysonville son château, ses seigneurs – 1892, ouvrage anonyme qui prend ses sources aux archives de Oysonville.

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