Approvisionnements généraux – Michau

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En 1967 Elmire Belzacq, native de Pussay épouse Denis-Alfred Michau, originaire d’Abonville, près de Levesville-la-Chenard. Ils ont 22 et 27 ans. Denis-Alfred loue une maison place du Marché et obtient l’autorisation de tenir un débit d’eau de vie et liqueurs « Au petit bouchon », sur l’ancien comptoir du sieur Vassort. Un an plus tard, il achète à Belzacq-Langlois un bâtiment divisé en deux corps de logis. Il est alors « épicier – marchand de vin ». Puis il loue le magasin à sabots de Mornas-Blin qui jouxte le bâtiment précédent et creuse une grande cave sous l’épicerie. Nous le retrouvons en 1875 « marchand épicier, débitant au détail d’huile ou d’essences minérales » et en 1891, il acquiert le bâtiment situé derrière celui qu’il a déjà.

Entre temps, Elmire donne naissance à douze enfants, dont six meurent avant l’âge d’un an, ce qui est bien souvent la loi de l’époque et elle s’occupe en même temps du magasin. Il faut recréer les conditions de vie de l’époque : il n’y a ni eau courante, ni électricité, ni téléphone, ni chauffage. Les chambres sont dites froides ou à feu, selon qu’elles possèdent ou non une cheminée et cette dernière n’est pas toujours allumée. Les transports se font en voiture à bras ou attelée d’un cheval.

Vers 1894

Très vite, Elmire et Denis-Alfred doivent faire appel à des commis pour les livraisons, des employés pour le magasin et comme ces derniers sont logés et nourris par la maison, ce qui est généralement la règle, cela nécessite des domestiques, sans compter les nourrices pour les enfants. Tout un monde se crée ainsi autour de la maison.

Tôt le matin, les ouvriers qui travaillent dans les fabriques, s’arrêtent Au petit bouchon pour boire l’absinthe. Le débit de boissons tire son nom d’un vieux terme français : le bouchon est un rameau de verdure qui sert d’enseigne à un cabaret. Les fabriques sont alors en pleine expansion et les ouvriers nombreux. Le débit de boissons marche bien, mais l’épicerie aussi.

Les premières livraisons à domicile sont faites en voitures à bras, tirées par les commis. Elles ne concernent donc que le village. Mais bientôt, les voitures sont tirées par un cheval et elles s’étendent alors aux environs.

Pour l’approvisionnement, Elmire et Denis-Alfred vont à Paris, Orléans où ils achètent vinaigre, confiserie, vaisselle, car la maison vend de tout.

Les sabots que tout le monde porte, sont garnis à l’intérieur de chaussons de laine feutrée noire, fabriqués par les usines de Pussay. Plus tard ces chaussons seront doublés de laine feutrée blanche et appelés « kroumirs ».

Les confitures sont faites maison. Les fruits sont achetés dans le village ou les environs au cours des tournées.

A droite, tournant les confitures, Blanche Ballot

Le sucre se présente alors sous la forme de pierre de 5 kg, qu’il faut casser avec un marteau. Il est d’ailleurs vendu en cône, appelé pain de sucre. Toutes les marchandises sont livrées en vrac et détaillées à la demande : les cristaux de soude, le poivre, les épices, les gâteaux secs arrivent en demi tin (boîte en fer), les bonbons en étouffoirs (tonneaux de tôle), les pâtes ou les « blériots » (nouveauté en forme d’avion) en sac de 5 kg. L’eau minérale arrive en bonbonne, le porto, le rhum en fût, le vin en tonneau, comme la moutarde. Celle-ci arrive effectivement en tonneau de 200 litres, dans lequel les apprentis puisent à l’aide d’une louche, pour servir la quantité demandée. Un jour, un jeune apprenti, trop petit pour atteindre le niveau à l’intérieur du tonneau, y plonge malgré lui la tête la première. Ses camarades, ne le voyant pas revenir, partent à sa recherche et le trouvent au fond du tonneau. Après l’avoir aidé à sortir, ils l’ont nettoyé à l’aide de papier journal. Détailler la marchandise n’est pas de tout repos.

Bon de commande

verso du bon de commande

Le client apporte d’ailleurs ses verres ou ses bouteilles pour les liquides, l’eau étant quant à elle livrée en bonbonne. Si les bouteilles sont fournies par la maison, elles sont lavées à la main avec de l’eau chauffée dans la buanderie et un goupillon. L’essence, le pétrole, l’alcool pour les lampes arrivent en bidon de 50 litres et se vendent au litre ou demi litre. Pour Noël, la maison vend quelques jouets, mais surtout des oranges. Quant aux « croquignoles », ces petits gâteaux secs, glacés, souvent roses, qui font la joie des enfants, ils sont réservés au plus fortunés. Eux aussi sont stockés en vrac dans un grand tonneau ouvert.

La maison Michau torréfie également son café. Il est acheté vert chez les courtiers du Havre et un jeune apprenti tourne pendant des heures la manivelle du torréfacteur, dans lequel les grains de café sont grillés. Il doit aussi assurer le chargement en bois du foyer.

Ce paquet de café date des années 1980.

En 1900, Elmire et Denis-Alfred prennent leur retraite dans la maison construite par leur gendre, sur la route de Monnerville et qui servait jusqu’alors d’entrepôt, d’où son nom de cave à Michau. Leur fils aîné, Maurice prend la succession. Mais de l’union d’Emire et Denis-Alfred étaient nés également Henriette, Agathe, Alfred, Monique et Benjamin. Alfred reprend le commerce de serrurerie en tous genres de Marie-Vilette qui annonce « serres – châssis – marquise – vérandas – rampes d’escalier – balcons –grilles – entourages – sonneries électriques et ordinaires – réparations de bicyclettes ». Il y ajoute la mécanique, les cycles, les machines à coudre et les machines agricoles, puis les automobiles.

Magasin Michau en 1906

L’année1907 voit arriver en gare de Monnerville, à destination de l’épicerie, le premier wagon de charbon de bois. Trois ans plus tard, 20 tonnes de boulet et des wagons complets d’essence conditionnée en bidon de 5 litres arrivent pour la première fois à la gare. Tout est acheminé à Pussay, distant de la gare de Monnerville de 4 km, par voiture à cheval, les commis faisant les navettes.

Pendant la première guerre mondiale l’économie manque de numéraire et les jetons émis par la maison MICHAU servent de monnaie de nécessité à Pussay et dans les environs. Ils existent des pièces en zinc nickelé de 1 c, 5 c, 10 c et 50 c.

Le personnel augmente encore et la fabrication aussi. La maison ne confectionne pas seulement ses confitures, elle produit l’eau de javel, l’eau de seltz, que Maurice prépare dans la cuisine, et pour les besoins familiaux, il fabrique l’acétylène qui sert alors au gaz d’éclairage. Le commerce est tributaire des usines. Lorsqu’elles ont de l’ouvrage, les ouvriers travaillent et les ventes au magasin sont bonnes, sinon « le commerce va doucement au magasin, les usines chôment de plus en plus. La tournée est bonne ; le mois de mai est le plus fort de cette année. En ce moment nous soldons tous les balais qui nous embarrassent, pour demain, il y en a 14 à livrer ». C’est Isabelle, la femme de Maurice qui écrit, le 6 juin 1921, ces lignes à son fils Marcel, alors apprenti dans un commerce de produits alimentaires à Essonne. La relève est assurée, Marcel succèdera à son père et transmettra à son tour le commerce à son fils Jean.

Livraison approvisionnement Michau vers 1922 – David Etienne et Michau Lucien

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Dans les années qui suivent la maison Michau réalise des publicités originales. Chaque publicité est accompagnée sur le verso d’une imagerie DELHAT d’Epinal.

Articles de ménage, Faïence, Verrerie, Voitures d’enfants

Articles de chauffage, Rayon d’éclairage, Outillage

Savon de ménage, Huiles et Graisses, Pétrole et Essence minérale, Conserves, Confiserie, Vins à emporter

Petite glace ronde avec à l’arrière la publicité Michau

L’épicerie est reprise en 1986 par Christian Mican jusqu’en 1989.

L’épicerie est reprise par Monsieur Batti

De 1990 à 2003, l’épicerie est reprise par Monsieur Echakouki

Magasin en 2000

Le commerce d’alimentation est repris quelques années plus tard par M. Ladib qui déplace son magasin qui se trouvait rue de la Mairie. Par la suite son fils Moustapha continue l’exploitation.

En 2014, il y a un changement d’exploitant « Chez FOUAD » jusqu’en décembre 2015.

A partir de 2016, le commerce est repris.

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