Les seigneurs de Languedoue

Ce chapitre est une ébauche. De nombreuses recherches sont en cours et viendront le compléter au fil des découvertes.

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LES LANGUEDOUE D’APRÈS LA CHESNAYE-DESBOIS ET BADIER

LANGUEDOUE, ancienne Famille noble, originaire du pays Chartrain en Beauce, & dont l’origine se perd dans l’obscurité des tems. Nous n’en rapportons la filiation que depuis qu’elle est appuyée de titres authentiques, nous dit le « Dictionnaire de la noblesse » de La Chesnaye-Desbois et Badier, qui poursuit :

I. JEAN DE LANGUEDOUE, Chevalier, épousa, vers 1220, Olive de Lamoignon, fille de Guillaume, Seigneur dudit lieu, de Mannay, Chasnay & Nannay en Nivernois. Il est fait mention de ladite Olive & de son époux dans deux contrats originaux en parchemin, d’acquisitions faites en 1334 &1345. Il eut pour fils :

II. JEAN DE LANGUEDOUE, 2e du nom, Chevalier, Seigneur de Villeneuve-Languedoue, Paroisse de Réclainville en Beauce, « vivant en 1284 » qui, suivant plusieurs actes & aveux, épousa Perrenelle de Corbeil, dont vint :

III. JEAN DE LANGUEDOUE, 3e du nom, Chevalier, Seigneur de Villeneuve-Languedoue, la Bezègne, Gouverneur de Dourdan & de Gallardon, qui se maria avec Catherine Chenard, d’une illustre Famille de Beauce, fille de Philippe Chenard, Seigneur de Louville, la Vieuville & du Bois, & de Jeanne de Préasle, du pays du Maine ; c’est ce qui est prouvé par le partage « du 15 mai 1358, qu’il fit de la succession de feu son père » & par un autre partage passé devant Pierre David, Prévôt de Janville, le 15 mai 1358, avec sa belle-sœur Agnès Chenard, & avec Guyon d’Orléans, Seigneur de Chassonville, époux de Jeanne Chenard. Leurs enfans furent :

  1. Renaud, qui suit ;
  2. Jeanne, mariée à Jean des Loges, ou de Loges, suivant un acte du 27 août 1383, déposé aux Archives de Louville ;
  3. et Olive, femme de Renaud de Gouffier, Chevalier de l’Ordre du Roi, « fils de Claude, Grand Ecuyer de France, Gentilhomme de la Chambre du Roi, « dont elle eut Marguerite de Gouffier, Dame de Réclainville, Terre qu’elle porta en mariage, avec 200 francs d’or (dont le Duc de Bourgogne avoit gratifié Catherine Chenard, sa grand’-mère), à Jean d’Allonville, tige de toutes les branches de cette Famille.

IV. RENAUD DE LANGUEDOUE, « Chevalier, Seigneur de Villeneuve-Languedoue & d’Oisonville, Gouverneur de Dourdan & de Gallardon », partagea, le 27 août 1383 & le 10 mai 1398, devant Nicolas Guinguant, Tabellion Royal à Chartres, la succession de ses père & mère, avec ses sœurs & ses beaux-frères ; les Terres de Louville, Epincy & d’Ignonvillier lui échurent, & Renaud de Gouffier, son beau-frère, eut la Terre de Réclainville, avec les 200 francs d’or dont on vient de parler. « Il reçut deux aveux dudit Renaud de Gouffier, les 8 juillet et 20 août de ladite année 1398 ». Il avoit épousé Marguerite de Beaune, de la Province de Touraine, dont il eut :

  1. Guillaume, qui suit ;
  2. « Jean, mentionné dans un acte de 1458 ; »
  3. et Jeanne, mariée, le 17 août 1421, à Pierre d’Allonville, Chevalier, Seigneur des Carneaux & de Louville, petit-fils de Jean d’Allonville, & de Marguerite de Gouffier, dont descend, par divers degrés, la Marquise du Roure, Dame de Louville.

V. GUILLAUME DE LANGUEDOUE, Chevalier, Seigneur de Villeneuve-Languedoue, Epincy, Moutiers, Pussay, Beaubigny & Chavannes, transigea avec son beau-frère, Pierre d’Allonville, devant Isambert, Tabellion à Chartres, le 18 avril 1458. Il épousa Michelle de Richebourg, fille de Jean, Seigneur d’Orval, & de Marguerite de Crosne, ou d’Escrones, Dame d’Oisonville & de Pussay, fille d’Adam de Crosne, & de Jacqueline d’Angennes, nièce de Charles, Comte de Vendôme, & de Charles d’Angennes, dit le Cardinal de Rambouillet. Il partagea la succession des père & mère de sa femme, devant Michel Prévost, Tabellion à Chartres, le 23 avril 1469, avec sa belle-sœur Bertrane de Richebourg, femme de Jean d’Allonville. Il traita aussi, en 1467, avec Jean d’Angennes, seigneur de Rambouillet, & son beau-frère Charles d’Allonville, pour raison des biens de Jacqueline d’Angennes. De ce mariage vinrent :

  1. Louis, Chevalier, Seigneur de Villeneuve-Languedoue, la Bezègne …
  2. Guillaume, rapporté après son frère aîné ;
  3. Laurent, Seigneur de Beaubigny, mort le 16 juin 1524 …
  4. et Marguerite, mariée en 1509 à Pierre Desmazis, Seigneur de Brières-les-Scellés …

VI. GUILLAUME DE LANGUEDOUE, Chevalier, Seigneur de « Villeneuve-Languedoue » & de Pussay, en Beauce, « partagea avec ses frères & sœur, le 23 novembre 1484, devant Etienne Langlois, Notaire à Boisville-la-Saint-Père ; » rendit aveu au Château d’Etampes, suivant les Antiquités d’Etampes & d’Orléans, au Roi, de ces Terres, qui relèvent de la Tour d’Etampes, le 1er juillet 1485 ; « vivoit encore en 1511, & fut enterré dans l’église de Pussay. » Il avoit épousé, par contrat passé devant Denis Marchandeau & Jean Almaury, Notaires au Châtelet de Paris, le 5 novembre 1484, Yolande de Sabrevois, fille de Richard, & de Catherine Quentin. Leurs enfans furent :

  1. Claude, qui suit
  2. Nicolas, Seigneur du Clos & de Bourgonné, près de Montfort-l’Amaury …
  3. et Florentine, morte fille.

VII. CLAUDE DE LANGUEDOUE, Chevalier, Seigneur de Pussay & de Berchères en Brie, épousa, par contrat passé devant Girault & Jean le Comte, Notaires au Bailliage d’Etampes, le 3 octobre 1508, Charlotte de Châtillon (de l’illustre Maison de Châtillon-sur-Marne, plusieurs fois alliée directement à la Maison Royale de France, & à toutes les autres Souveraines de l’Europe), fille d’Antoine de Châtillon, Seigneur de Marigny, &c., « Prévôt de Château-Thierry, » & de Marguerite de Thuillières-de-Château-Renaud. Elle étoit veuve de ses enfans mineurs, lorsque, le 29 juillet 1534, elle en eut la garde-noble, & porta foi & hommage au Roi en son Château d’Etampes, & en l’Abbaye de Marigny, le 16 juillet 1546. De cette alliance vinrent :

  1. Jean, Chevalier, Seigneur de Pussay, qualifié Gentilhomme de la Chambre du Roi, & Gouverneur de Dourdan & de Gallardon, suivant un partage passé devant Bretonneau, Notaire à Baugé, le 13 février 1581. Il avoit épousé, par contrat passé le 3 août 1579, devant Hannony, ou Hannonyn, Tabellion à Pussay, Jeanne Durand, fille de Jean, Conseiller au Parlement de Paris, & de Renée Germis, dont il n’eut point d’enfans ;
  2. Antoine, Chevalier & Co-Seigneur de Pussay, qui reçut l’hommage d’Etienne de la Planche, Seigneur de Villeneuve-le-Bœuf, le 10 janvier 1549. Il avoit épousé, 1° Anne des Ligneris, fille de René, Seigneur d’Azay, Echanson de la Reine de Navarre, & de Jeanne de Champrond, Dame de Villequoy, de laquelle il n’eut point d’enfans, suivant le partage de la succession de cette Anne des Ligneris, du 12 novembre 1527 ; & 2° Anne de Bombelles, dont il n’eut point aussi d’enfans ;
  3. Louis, Chevalier, mort au Hâvre-de-Grâce en 1561, des blessures qu’il avoit reçues aux environs de cette ville, sans laisser de postérité. Sa succession & celle de son frère Antoine, furent partagées devant Baudier, Notaire à Pussay, le 4 octobre 1566 ;
  4. François, qui suit ;
  5. Claude, auteur de la branche des Seigneurs d’Ouarville, &c., …
  6. Jeanne, femme de Gabriel des Prez, Seigneur de la Queue & de la Salle, près de Mantes …
  7. Charlotte, mariée, par contrat passé devant le Noir, notaire à Dourdan, le 26 juin 1578, à Emery de la Chabrienne, Seigneur de Neuville ;
  8. Claudine, alliée, 1° à René des Prez ; & 2° par contrat passé devant Pierre Thibaut, sous Claude Saillard, Tabellion juré à Etampes, le 9 janvier 1547, à Jean de Rimbert, Seigneur de la Chapelle-d’Aunainville ;
  9. et Marguerite, mariée à Guillaume de Meaucé.

VIII. FRANÇOIS DE LANGUEDOUE, Chevalier, Seigneur de Pussay, Chevalier de l’Ordre du Roi, Capitaine de 200 hommes d’armes, suivant une Ordonnance de la Chambre des Comptes de Dijon, fut ensuite Gouverneur & Capitaine d’Avesnes en 1570. Charles IX & Henri III lui écrivirent plusieurs lettres sur les blessures qu’il reçut en diverses occasions & sur la mort de sa mère. Il fit des actions d’éclat de la plus grande valeur, à la bataille gagnée par le Roi dans la plaine de Saint-Denis, le 9 novembre 1567, & à la tête d’un détachement des troupes royales, il fit lever le siège de la ville d’Etampes, assiégée par le Prince de Condé. Le Duc du Maine l’envoya, en juin 1589, avec 200 chevaux à Etampes, & François d’Isy, Seigneur de la Montagne, lui remit, par ordre du Roi, le 7 juin, le gouvernement de cette Ville ; après y avoir soutenu un siège meurtrier, la Ville fut prise d’assaut le 23 du même mois ; il mourut âgé de 80 ans [55 sur la pierre tombale], le 18 septembre 1595 [1596], & fut enterré dans le chœur de l’Eglise de Pussay, où l’on voit son épitaphe. François épousa, 1° par contrat passé devant Picault, Notaire Royal à Coulommiers en Brie, le 21 octobre 1566, Marie Picot, fille de Louis, Chevalier, de l’Ordre du Roi, Baron de Dampierre & Seigneur de Pommeuse, dont il n’eut point d’enfans ; & 2° par contrat passé devant d’Arbonne & Croissy, Notaires au Châtelet de Paris, le 1er juin 1580, Louise de Rivaude, morte le 4 mai 1710 [1610], fille de Guillaume, « Seigneur de Rivaude, au pays de Sologne. » Leurs enfans furent :

  1. Louis, mort sans alliance avant 1644 ;
  2. Jean, qui suit ;
  3. Françoise, mariée, par contrat passé devant Simphorien Fouchet, le 2 avril 1606, à Etienne de la Valade, Seigneur de Hanches, près d’Epernon …
  4. Elisabeth, mariée, par contrat du 10 mars 1616, à Antoine des Bravards d’Eyssat, Seigneur des Fermes, près de Riom en Auvergne …
  5. Charlotte, mariée à Jean de Saulnier, Seigneur du Plux, dans la Châtellenie de Chantelle, pays du Bourbonnois …
  6. et Jeanne, femme de N… des Prez, Seigneur de la Queue & de la Folle, près de Montfort-l’Amaury…

IX. JEAN DE LANGUEDOUE, Chevalier, Seigneur de Pussay, fut d’abord Officier des Chevaux-Légers de la Compagnie du Marquis de Bussy ; & suivant les Lettres d’Etat du 29 février 1638, & d’autres du 29 août 1643, il étoit au service du Roi depuis 30 ans, & alors Capitaine des Carabins sous le Duc d’Epernon. Il avoit épousé, par contrat passé devant Moufle & Arragon, Notaires au Châtelet de Paris, le 13 avril 1613, Louise du Coudrier, fille de Gilles, Seigneur de Houville & de la Briche, & de Françoise de Baudouin ; celle-ci fille de Michel de Baudouin, Gouverneur de Dreux, & de Charlotte des Autels-de-la-Roche-Courbon. De ce mariage vinrent :

  1. Jean-Baptiste-Gaston, Capitaine au Régiment de Havart, tué au service du Roi ;
  2. Louis, Capitaine au régiment de Meigneux, aussi tué au service ;
  3. François, qui suit ;
  4. Françoise, morte sans alliance à Paris en 1613 ;
  5. & 6. Louise & N…, Religieuses au Val-de-Grâce à Paris ;
  6. et Charlotte, mariée à Henri de Briçonnet, Seigneur de Lessay, demeurant dans la Paroisse de Garancières. Elle mourut sans laisser de postérité.

X. FRANÇOIS DE LANGUEDOUE, Seigneur de Pussay, donataire de Jean de Rivaude-de-Villegomblin, suivant l’acte de donation entre vifs, du 5 avril 1670 ; & en vertu de cette donation, Seigneur de Rivaude & de Bausy, fut Lieutenant-Colonel du Régiment du Prince de Condé, & commanda l’arrière-ban de la Noblesse d’Etampes, aux gages de 3600 livres. Il épousa, 1° par contrat passé devant du Pré, Notaire Royal à Etampes, le 18 juillet 1660, Marie le Roux, fille d’Etienne, Seigneur de Marmontagne & de Chateaupers, dans le pays Rochelois, & de Marguerite Vaillant-de-Champvallin. Elle testa en faveur de son mari, qui, par acte passé le 23 janvier 1662, devant Jean Boucher, Notaire à Dourdan, transigea, au sujet de la succession de sa femme, morte sans enfans, avec MM. Le Roux-de-Chateaupers, de Bouette, de Chaverney, Mesdames Desmazis de Brières, & de Moriset, frères & sœurs de la défunte, sous l’arbitrage de MM. De Brisay, de Denonville & de la Villeneuve-d’Ouarville, leurs parens & amis ; François épousa, 2° par contrat du 25 juillet 1666, passé devant Guillard, Notaire à Sours, près de Chartres, Hélène de Compans-Becquet, fille de Louis, Seigneur de Brichanteau, &c., & de feue Jacqueline-Angélique de Havart-de-Senantes. Ils eurent plusieurs enfans, dont la postérité subsiste dans Ambroise-Compiègne de Gaya, Officier d’Artillerie, & dans la famille d’Archambault.

La Chenaye-Desbois cite ensuite les branches de Ouarville et de Dommerville. Pour la suite de l’histoire, voir chapitre suivant : les trois filles de François et Hélène et le partage de 1703.

LES LANGUEDOUE : DES CHEVALIERS, PROFESSION : LES ARMES

Selon Jean-Marie Constant, « Plusieurs noblesses cohabitent dans la campagne aux 16ème et 17ème siècles : le militaire avide d’exploits chevaleresques, le courtisan qui partage l’intimité du souverain, le gentilhomme campagnard chef d’entreprise de la France profonde, l’homme nouveau plein d’ambition cherchant à s’intégrer dans ce « paradis » social que représente la noblesse ». Cohabitent aussi, « une violence nobiliaire et d’admirables attitudes de protection et de dévouement ». Pour le premier qui nous intéresse plus particulièrement, le plaisir du combat, l’appel des armes, la tradition médiévale et la renommée sont les principales motivations. La guerre est l’occupation noble par excellence.

Tous les nobles n’entreprennent pas une carrière militaire, car il faut être riche et avoir des revenus suffisants pour s’équiper sur la durée, surtout s’ils désirent accéder à de hauts postes de commandement. En 1600, les lignages militaires disposent en général de deux fois plus de terres que ceux qui s’abstiennent de faire la guerre : quatre seigneuries au lieu de deux. Mais « plus que l’ancienneté et la richesse, un bon réseau de parentés et des amitiés fidèles constituaient une garantie de réussite », ajoute-t-il. « D’abord se glisser dans la clientèle du roi ou d’un grand, lui vouer une fidélité totale, puis être riche (la fortune terrienne est en général le fondement de la puissance nobiliaire) et jouir de solides revenus ». En 1587 en Beauce, les trois cinquièmes des militaires appartiennent au roi, le quart aux Bourbons. La valeur, le courage et l’intelligence ont aussi leur rôle à jouer, ainsi que plus tard, la formation.

Les alliances

C’est dans ce cadre-là que nous allons retrouver Les Languedoue, dont l’ancienneté de noblesse n’est pas mise en doute, mais qui apparaissent à Pussay, seulement au 15ème siècle, par le mariage de Guillaume de Languedoue avec Michelle de Richebourg, dame de Pussay. Auparavant, « Guillaume de Languedoue est cité en 1433, à l’occasion d’un complot contre la ville de Chartres », nous dit Charles Forteau qui cite l’« Histoire de Chartres » par Chevard. Et Maxime Legrand précise « A l’occasion d’un complot du parti bourguignon contre la ville de Chartres. Ce capitaine devait, avec l’Isle-Adam, prévôt de Paris, Pierre d’Allonville, Gilles de Laubespin et Guillaume de Villeneuve, à la tête de 600 hommes d’armes, se jeter dans la ville, dont plusieurs conjurés, « Marin Blondin, Guillaume Maugars, un certain Poullard et Martin Guesnon, prêtre et confrère de la Maladrerie du Grand-Beaulieu » devaient leur ouvrir les portes ».

Un nom va souvent revenir dans l’entourage des Languedoue, celui des d’Allonville. Pierre d’Allonville, écuyer, sieur de Louville et de la maison des Carneaux fut capitaine d’Alluyes et prit le parti du duc de Bourgogne, comme les Languedoue et les Chenard. Il tenta de rendre Chartres aux Anglo-Bourguignons, en 1433. Il était allié pour cela aux Languedoue, aux l’Aubespine et aux Villiers de L’Isle-Adam. Charles VII sut les réutiliser et on les vit très présents à la Cour dès lors. Il constitua exécuteur testamentaire Guillaume de Languedoue avec Guillaume et Jehan de Dallonville, ses fils. Il épousa Jeanne de Languedoue, fille de Renaud et Marguerite de Beaune, le 17 août 1421. Pour son mariage, elle reçut de son frère Jehan, la somme de 400 livres à condition de renoncer à la succession de ses père et mère.

Lorsque, par testament devant Pierre Baudry vicaire à Louville le 30 janvier 1499, Jehan d’Allonville et Madeleine de Prunelé, sa femme, élisent leur sépulture en la chapelle qu’ils ont fait construire en l’église de Louville, ils nomment pour exécuteur Pierre d’Allonville, seigneur du Perruchay, Guillaume de Languedoue, seigneur de Pussay, Jehan Le Vauvier, seigneur de Châtenay, et Pierre de Prunelé, prieur d’Auneau. Puis, le 4 avril 1502, Jehan, seigneur de Louville, et Jehan IV, seigneur de Réclainville, qui contestait à son cousin le droit aux pleines armes que portait leur bisaïeul, prennent comme arbitres Guillaume de Villeneuve, Collas des Faveriz, Jehan de Brichanteau et Guillaume de Languedoue, lesquels, par sentence du 30 mai, décident que le seigneur de Louville porterait les pleines armes.

Jean-Marie Constant fait allusion à ces alliances dans son livre : « Entre 1450 et 1550 les Languedoue se trouvèrent liés par des mariages avec dix familles du voisinage. Ces derniers conclurent des alliances avec d’autres nobles. Le tout constituait un inextricable ensemble de cousins appartenant à 23 lignages rassemblés par 64 mariages. Il en est de même pour les d’Allonville et les deux parentés ne manquèrent pas de s’associer. L’influence locale d’un lignage peut se mesurer au nombre de parents directs ou indirects qu’il pouvait éventuellement mobiliser. Cette parenté était proche : elle vivait à 19 km en moyenne du château de Pussay, domaine des Languedoue. On pouvait la visiter dans la journée et entretenir des relations suivies avec elle ».

« Le mariage est un élément essentiel de la stratégie sociale de la famille noble pour perpétuer le nom, conserver le prestige et la puissance de la maison et si possible l’accroître. Pour un gentilhomme de province, un réseau d’alliances représentait un capital précieux qu’il s’agissait de faire fructifier ».

Les Languedoue sous François 1er et Henri II

C’est ainsi que Claude de Languedoue se marie avec Charlotte de Châtillon le 3 octobre 1508. D’Hozier, qui a retracé la généalogie des familles nobles de l’époque, précise certains points de leur contrat de mariage, qu’il date de 1528 et non de 1508 comme La Chenaye-Desbois et Badier. « … il fut promis à ladite de Chastillon par son père pour tout le droit successif en biens meubles et immeubles qui lui pouvoient apartenir par la succession de feue Marguerite de Thuillières sa mère deux cent livres tournois de rentes payables par chacun an au troisième d’octobre par manière d’hoirie et l’assigner sur les terres et seigneurie de Marigni et Bonnes et outre la somme de cinq cents écus d’or soleil, pour une fois payée savoir deux cents écus comptant et trois cents écus deux ans après la consommation dudit mariage ce qui fut accepté par ledit Claude de Languedoue et par ses père et mère qui douairent ladite Charlotte de Chastillon du douaire coutumier ».

Les annales de la société historique et archéologique du Gâtinais, année 1894, soulignent que « L’état de guerre à peu près permanent dans lequel on vivait dans les dernières années du règne de François 1er exigeait des levées de troupes continuelles aux frais desquelles subvenaient les villes, les seigneurs, nobles et vassaux de Sa Majesté, et les plus petits détenteurs de fiefs. Le 22 février 1544, le capitaine général du ban et de l’arrière-ban, Jacques de Montgomery, seigneur de Lorges, prévint François d’Allonville, écuyer seigneur d’Oisonville canton d’Auneau, et Pierre Régnier, seigneur d’Aulmont, qu’ils eussent à faire, dans le plus bref délai, la montre de tous ceux qui, dans le bailliage d’Etampes, devaient service au roi ».

Les gentilshommes ont alors la possibilité d’assurer en personne le service du roi ou de s’en libérer en payant une taxe pour les frais de guerre, calculée d’après leur revenu. Claude de Languedoue opte pour cette dernière solution, ce qui n’est pas l’habitude dans cette famille. Mais Claude de Languedoue décède à la fin de l’année 1545 et ses enfants sont encore mineurs lorsque sa veuve, Charlotte de Châtillon, demande, le 9 janvier 1546, « souffrance » pour eux, à la porte d’entrée principale du château d’Etampes, jusqu’à ce que Anthoine, son fils aîné, puisse porter foi et hommage au roi en son château d’Etampes, ce qui lui sera accordé en juillet 1546 (Cf paragraphe suivant).

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Acte de François 1er autorisant les habitants de Pussay à se fortifier en 1546 (Archives nationales)

Entre temps, François 1er a donné en mai 1546, des lettres patentes par lesquelles il autorise Claude de Languedoue, écuyer, seigneur de Pussay en Beausse, et les habitants de ce lieu à se fortifier » :

« François savoir faisons a tous present et advenir nous avons receu humble supplication de noz chers et bien amez Claude de Languedoue escuier seigneur du bourg et ville de Pussay en beausse duche destampes et des manans habitans dudit lieu contenant que ledit bourg est scitue et assis en bon et fertile pais construit ediffie de plusieurs bonnes et belles maisons auquel y a grand quantite de peuple et plusieurs marchans y affluans et demeurans et lesquels manans et habitans ont este souventeffois cy devant et sont encore a present pillez et ranconnez chaque jour tant par gens vaccabons lorsque tenans les champs sans adveu que autres manieres de gens de mauvaise vie et conversation et lesquels par plusieurs fois les ont rançonnez pillez cassez et emportez leurs biens et tellement molestez et oppressez quilz ne peuvent bonnement satisfaire aux charges quilz leur convient supporter en plus le paiement de noz aides et tailles que end ?… deuls leurs familles et mesnages et ranson que ledit bourg ne …… ? …… ausquelz dommages et interetz … ? … Ils feroient volontiers clore et fermer ledit bourg et quilz ne vouldroient ne ozeroient faire sans notre permission humblement requierent icelle pourquoy a ces choses ausdessus incluses a la supplication et requeste desdits suppliants avons permis et octroies permectons et octroions de par ces presentes de notre grace pleine puissance et autorite roiale et nous plaist quilz puissent et a luy loisir ledit bourg clore et fermer de murailles tours portes portails fosses pontzlevis barbacanes et autres choses recquizes en notre dite forteresse … ? … de bien et pour ce faire fournir aux fraiz quil leur conviendra supporter leur loysir ? eulx … ? … moitie et asseoir sur euls et chacun deulx et autres a eux plaire desdites maisons au-dedans de ladite closture le fort portant le faible le plus justement et egallitairement que faire ce pourra telle somme de deniers quil sera requis et ne … ? … a un fera ou plusieurs et a la reception et distribution desdits deniers commectre et deputter tel personnage de loyaute et conscience quilz devroient estre afin et a la charge d’en rendre bon compte et reliqua par devant le bailly destampes ou son lieutenant a ce … ? … notre procureur pourveu que la plus grande et saine partie desdits manans et habitans se … ? … me consentir ou consent et que noz deniers nen soient retardez ne dyminuez et ordonnons en mandement par cesdites presentes au bailly dudit estampes ou son lieutenant et a tout noz … ? … justiciers … ? … que de noz … ? … ils feroient … jour … sans leur … ?…  et affin … sauf … donne a fontainebleau au mois de may lan de grace mil VC XLVI et de notre regne le XXXIIeme ».

Ces murailles et fossés, que François 1er autorisait les habitants de Pussay à construire, l’ont bien été puisque de nombreux actes ultérieurs y font allusion. Comment les habitants s’y sont-ils pris pour nommer une personne « de loyaulté et de conscience » pour recueillir le plus justement et égalitairement, « le fort portant le faible », les frais entre ceux qui habitaient à l’intérieur de ces murailles et fossés ? Difficile de le dire. Qui ont-ils élu pour recueillir les deniers nécessaires à cette construction et en rendre compte au bailli d’Etampes ? Mystère. Une chose est sûre, François 1er n’entendait pas que ses impôts en soient retardés ou diminués.

Au-delà de la réalisation pratique, ce texte nous révèle qu’à l’époque, en 1546, « le bourg et ville de Pussay » est situé dans une contrée fertile, possède « plusieurs bonnes et belles maisons » et une population importante dont « plusieurs marchans y affluans et demeurans ». Ses habitants sont pillés et rançonnés par des vagabonds et gens de mauvaise vie qui cassent et emportent leurs biens, les molestent et oppressent tant qu’ils souhaitent s’entourer de fossés et de murailles. C’est un bel aperçu des difficultés de l’époque.

Charlotte de Châtillon se retrouve donc seule avec de jeunes enfants. Cette situation est fréquente chez les Languedoue et il n’est pas rare de voir leurs veuves assumer et gérer le domaine à leur mort ou même pendant leurs absences pour cause de combats au service du roi.

René Desprez, seigneur de la Queue, son beau-frère, est nommé tuteur des enfants et nous connaissons leur âge, grâce à d’Hozier, en 1551. Anthoine, l’aîné décède cette année-là, nous dit-il, âgé de 20 ans, sans avoir été marié, ce qui ne corrobore pas la généalogie donnée par La Chenaye-Desbois et Badier qui le donnent marié deux fois, sans enfant. Les actes de foi et hommage qui vont suivre donnent raison à d’Hozier. Ses frères, Jean, Claude, François et Louis sont alors âgés, en 1551, donc 5 ans après le décès de leur père, de 15, 12, 10 et 7 ans, ce qui tendrait à accréditer également la date de 1528 pour le mariage. D’Hozier ne donne cependant pas l’âge de leurs sœurs : Jeanne, Charlotte, Claudine et Marguerite. Anthoine était l’aîné des garçons, mais pas forcément le premier enfant du couple.

Sous Henri II, en 1556, est rédigée la coutume d’Etampes. En vertu des lettres patentes du roi, les trois états de la province dont il s’agit de rédiger la coutume, savoir : le clergé, la noblesse et le tiers état, sont rassemblés par députés. De cette première assemblée sort un ordre donné aux juges royaux, greffiers, maires et échevins des villes, d’envoyer les mémoires des coutumes, des usages et des styles qu’ils ont vu pratiquer de tout temps. Ces mémoires sont confiés aux mains d’une commission chargée de les mettre en ordre et d’en faire un seul cahier. Celui-ci est ensuite lu devant toute l’assemblée, discuté, corrigé si besoin est ou maintenu, et finalement renvoyé à l’enregistrement au parlement. Parfois, des commissaires tirés de ce corps sont commis pour convoquer et présider l’assemblée des états.

C’est ainsi que Henri II, quand il est question de procéder à la rédaction de la coutume d’Etampes, y envoie, en qualité de commissaires, le président de Thou, père de l’historien de ce nom, et deux conseillers du parlement, comme en fait foi le procès-verbal de la coutume. Pussay y est représenté :

« Pour l’église, … Aussi les curés qui s’en suivent, à scavoir : …celui de Pussay, représenté par Lesné …

Pour l’état de la noblesse, … Jean Languedoue, écuyer, seigneur de Pussay ; …

Pour le tiers-état, les manants et habitants des villes de …

Il y eut parmi les gens du tiers-état, comme parmi les gens d’église et les nobles, des non-comparants, contre lesquels il fut donné défaut, comme on le voit ci-après : …, contre les gens du tiers-état, habitants des villes et des villages de … Pussay ». (Ernest Menault dans Angerville la Gate)

Selon Charles Forteau, Pussay appartenait en 1556 à deux seigneurs. L’un, Jean de Languedoue, écuyer, seigneur de Pussay qui se fait représenter par Paulmier, l’autre, Philippe de Boullehart, chevalier, convoqué aussi dans l’ordre de la noblesse, pour un fief assis à Pussay, qui comparaît en personne. Cette même année, Jean de Languedoue et Philippe de Boullehart comparaissent à la rédaction de la coutume de Montfort-l’Amaury ; le premier pour ses fiefs du Clos, du Petit-Hermeray et de Bourdonné (canton de Houdan) ; le second, à cause de sa seigneurie du Chesne (commune de Sainville). Nous n’en avons pas retrouvé trace pour le moment et les auteurs ne sont pas toujours d’accord.

Les Languedoue avant et pendant la Ligue

Des cinq garçons de Claude de Languedoue et Charlotte de Châtillon, Anthoine est décédé à 20 ans en 1551, Louis meurt à 17 ans de ses blessures au Hâvre en 1561, Claude fonde la branche de Ouarville, mais conserve un tiers de la seigneurie de Pussay avec ses deux autres frères : Jean, devenu l’aîné depuis la mort de son frère Anthoine, et François.

Nous retrouvons Jean dans un document cité par Charles Forteau et daté du 23 septembre 1568, conservé aux archives du greffe du tribunal d’Etampes « Nicolas Petau, docteur ès droits, conseiller du Roy nostre Sire, Bailly et gouverneur de Estampes » et plusieurs autres « sommes partiz de la ville de Estampes et avons, ledict jour et aultres ensuivant, vacqué et proceddé à faire nostre chevauche par les villages, bourgs et bourgades de nostre bailliage et aultres ressortz et enclaves d’icelluy, pour nous enquérir, suivant le commandement et comission à nous envoyé par monseigneur d’Antragues, gouverneur et lieutenant général pour le Roy ès ville et bailliage d’Orléans, Estampes et aultres lieux, en datte du quatorziesme des présens moys et an, de ceulx qui portent les armes et se sont exercez en armes contre la monstre dudict seigneur Roy, et aussi pour commettre sur les lieux les seigneurs juges et aultres personnes capables … pour faire la description et monstre des personnes catholiques capables de porter armes pour le service du Roy pour y [estre prêts] de partir au premier mandement de monsieur d’Antragues. …

Au village de Pussay, en la mestairye du seigneur du Chesne, nous avons saisi et arresté entre les mains de Jehan Gillebert, son fermier, huict muydz de bled froment ou mestail et quatre muydz d’avoyne, ung pourgxau et une douzaine de chappons qu’il luy faict de ferme par an, l’avons estably commissaire, etc.

Et pour faire monstre et description des personnes cappables à porter armes, avons reconnu Jean Languedoue, escuyer, l’un des gentils hommes dudict … et nous avons baillé ladicte comission qui nous a dict qu’il cy fera son debvoir et que pour son regard qu’il est au service du Roy ».

Faut-il conclure de ce document, s’interroge alors Charles Forteau, que Philippe de Boullehart était protestant et que Jean de Languedoue était ce capitaine dont parle Dom Basile Fleureau : « Le duc d’Anjou, nommé par Charles IX lieutenant- général du royaume, envoya à Etampes le sieur Mailly, chevalier des ordres du Roi, avec sa compagnie de cavalerie, celle de son fils et la compagnie du capitaine Porcheux, placées sous les ordres de son lieutenant, le capitaine Pussay de Languedoue (1563) ? ».

Jean de Languedoue est bien en 1585 gentilhomme de la chambre du roi, ainsi que l’atteste ce document et reçoit à ce titre 200 écus soleil pour ses gages de l’année « à cause de mon estat de gentilhomme ordinaire de la chambre de sa majesté ».

Reçu de ses gages par Jehan de Languedoue en 1585 (BNF)

La Chesnaye-Desbois et Badier le donnent également gouverneur de Dourdan et de Gallardon et de son mariage avec Jeanne Durand, il ne semble pas avoir eu d’enfant. Pendant le même temps, son frère, François, s’illustre sur les champs de bataille. Ils ont donc mené tous deux pendant de nombreuses années une carrière militaire, ce qui prouve que leurs revenus étaient somme toute conséquents.

D’Hozier, nous décrit son parcours : « gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, portant la clef d’or, gouverneur d’Auxonne, d’Avênes, d’Etampes, admis dans l’ordre de Saint-Michel vers le règne d’Henri III est rappelé sous le titre chevalier de l’ordre du royaume dans un acte du 13 avril 1613 postérieur à sa mort. Il s’attacha d’abord au cardinal de Guise qui le fit gentilhomme de sa maison, et s’étant trouvé en 1567 à la bataille de Saint-Denis il y donna des marques de la plus grande valeur, il était déjà pourvu en 1569 du gouvernement d’Auxonne et le possédait encore en 1580 ;… »

Il était même déjà pourvu du gouvernement d’Auxonne dès août 1567, ainsi que l’atteste ce document : « Nous François de Languedoue escuyer seigneur de Pussey cappitaine et gouverneur du chasteau dauxonne confessons avoir eu et receu comptans de Me Nicolas Mole conseiller du Roy et commis par sa majeste a tenir le compte et faire le payement de la despense extraordinaire de ses guerres la somme de cent livres tournois en testons et en pieces a nous ordonne pour notre pension a cause dudit gouvernement des moys d’apvril may et juing dernier passez qu’est a raison de quatre cens livres par an de laquelle somme de cents livres nous nous tenons pour contant et bien paye et en avons quicte et quictons ledit Mole tresorier susdit en tesmoing de quoy nous avons signe la presente de notre main et faict cacheter de notre cachet audit Auxonne le dixseptieme jour daoust mil cinq cent soixante sept ».

Reçu de sa pension par François de Languedoue en 1567 (BNF)

Cet autre document daté de 1568, le commet également à la sûreté du château d’Olivet. Son nom n’y est pas mentionné, mais le verso de l’ordre stipule « Tiltres pour le gouverneur et capitaine Pussay pour François de Languedoue capitaine d’Osone ». Il montre l’estime en laquelle le tenait le frère du roi, futur Henri III, lieutenant général du royaume et également la nécessité d’assurer la défense des places royales en cette période troublée d’affrontements entre catholiques et protestants.

« De par Monseigneur filz et frere de Roy duc danjou et de bourbonnois et son lieutenant general representant sa personne par tout son royaume et pays de son obeissance

A notre cher et bien ame Le Cappitaine Puset salut pour ce que entre les villes que nous desirons conserver et garder en lobeissance du Roy notre tres honnore seigneur et frere nous voulons tellement pourvoir a la seurete du chasteau dolivet que noz ennemys ny puissent faire aucune surprinse ny entreprinse sur icelle et quil soit de besoing en commettre la charge a personnaige suffisant qui ayt puissance de commander audit chasteau et gens de guerres y estans Nous aplan ? confians de votre personne et de vos se… ? suffisance loiaulte prudhommie experience et vaillance au faict des armes nous avons commis ordonne et deputte commettons ordonnons et depputtons pour commander tant aux juges officiers manans et habitans dudit chasteau dolivet que a la compaignie de gens de pied dont vous avez la charge et faire tout ce que vous verez estre necessaire pour le service du Roy notredit seigneur et frere et conservation dudit chasteau de sorte quil demeure toujours en lobeissance du Roy vous donnant de ce faire plain pouvoir auctorites et mandement special par ces presentes signees de notre main mandons et commandons tant aux juges officiers manans et habitans dudit chasteau que ausdits gens de guerre apied estant soulz votredite charge que a vous en ce faire aucune faulte refuz ne difficulte. Donné au camp de Chart… ? les Paris le ? jour de fevrier lan mil vc soixante huit.

Par Monseigneur duc danjou et de bourbonnoys fils et frere de Roy et lieutenant general dessus ».

Ordre d'Henry, frère de Charles IX et futur Henri III, pour François de Languedoue en 1568 (BNF)

D’Hozier poursuit : « Il fut aussi gouverneur d’Avênes en 1570 ; reçut plusieurs lettres des roys Charles IX et Henri III à l’occasion de diverses blessures qu’il eut à leur service et aussy au sujet de la mort de Charlotte de Châtillon sa mère ; continua de se distinguer à la tête d’un détachement des troupes royales et fit lever le siège d’Etampes assiégé par le prince de Condé ; le 25 novembre 1577 et le 28 janvier 1578 le roy lui accorda deux gratifications de mil écus d’or en considération de ses services dans les guerres depuis vingt ans particulièrement au dernier passage du duc Casimir par la Bourgogne où il reçut un coup d’arquebuse au travers du genou dont il était devenu estropié, ayant été depuis vingt deux mois comme il était encore alors entre les mains des chirurgiens pour se faire panser, dans laquelle occasion il avait consommé une partie de son bien ; il jouissait à cette dernière époque de 2000 livres de pension de la cour ; et on le trouve employé dans l’état des gentilshommes de la chambre du roy Henry III de l’an 1581 ; le duc du Maine l’envoya au mois de juin 1589 à Etampes avec 200 chevaux, et François d’Isy seigneur de la Montagne lui remit par ordre du roi le 7 de ce mois le gouvernement de cette ville qui fut prise d’assaut le 23 du même mois le seigneur de Pussay y ayant soutenu un siège très meurtrier : il mourut âgé de 80 ans le 18 septembre 1596 ». La plaque tombale dressée contre le mur de l’église de Pussay mentionne l’âge de 55 ans, ce qui est plus proche de la vérité puisque sa femme Louise de Rivaulde va rester veuve elle aussi avec des enfants mineurs.

Jean-François d’Hozier précise dans « L’impôt du sang ou la noblesse de France sur les champs de bataille » qu’il fut blessé d’abord dans les guerres de Charles IX et plusieurs fois sous le règne de Henri III ; il reçut même dans ces différentes circonstances des lettres de ces deux monarques. On lit de plus dans les comptes de l’Espagne qu’Henri III lui accorda deux gratifications de mille écus chacune, le 15 novembre 1577 et le 18 janvier 1578, en considération de ses services dans les guerres depuis vingt ans.

Dans sa thèse, Jean-Marie Constant ajoute que dans le bailliage d’Etampes, les familles Languedoue et d’Allonville faisaient figure de notables puisqu’elles étaient parvenues à faire élire l’un des leurs comme député de la noblesse aux états généraux de 1560 à 1588. En 1576 François de Languedoue est nommé aux assemblées de noblesse pour les états généraux. Cependant, parce que protégé des Guise, il laissera la place à un d’Allonville d’Oisonville dont la fidélité au roi est à toute épreuve, forgée par un siècle de services. C’est là où l’on voit jouer la fidélité à ses amis et alliances plus qu’aux idées.

En 1588, au temps des Etats Généraux, le roi Henri III et les Guise se trouvent face à face. En Beauce, comme ailleurs, les ramifications de la Ligue existent et le Roi essaie d’organiser la réplique. Après l’exécution du duc de Guise et de son frère à Blois, les villes paraissent au premier plan de la lutte ligueuse : Orléans, Chartres … Tous les gentilshommes de Beauce furent des ligueurs modérés si on les compare au radicalisme politico-religieux dont les villes sont atteintes. Aucun lignage ne se rangea complètement derrière les Guise. Chaque geste est individuel, les maladresses d’Henri III ayant certainement joué un rôle dans le développement du mouvement. Beaucoup de nobles ont été poussés dans les bras des Guise alors qu’ils avaient été indisposés par les prétentions des favoris d’Henri III. Là encore, plus que l’idéologie, les hommes et leurs qualités comptent avant tout. Le duc de Guise incarne comme François 1er, le prince chevaleresque tel que son image est imprimée dans l’inconscient de tout gentilhomme par la tradition et l’éducation nobiliaire. Et si la noblesse se reconnaissait dans le duc de Guise, elle ne se sentait aucune affinité avec la révolte des villes et elle se ralliera vite à Henri IV. La morale nobiliaire suggérait qu’on attachât plus d’importance aux hommes qu’aux idées. En méconnaissant ce type de mentalité nobiliaire, on ne pourrait comprendre pourquoi tant de gentilshommes protestants abjurèrent leur religion à la suite de leur maître Henri IV. Certes, les choix furent quelquefois difficiles à assumer pendant les guerres de religion. Des dilemmes déchirèrent les consciences nobiliaires, mais la solidarité des combattants l’emportait bien souvent sur les considérations religieuses ou politiques. Telle est l’opinion de Jean-Marie Constant, auquel nous avons beaucoup emprunté pour tenter de comprendre ces nobles que furent les Languedoue.

Cependant, à partir des années 1570, une prise de conscience se fait progressivement que cette conception médiévale est inadaptée face aux mutations et aux fractures provoquées par les guerres de religion et à l’affirmation de l’Etat moderne. Le nombre de roturiers servant dans l’armée s’élève alors que les convocations du ban et de l’arrière-ban, ne mobilisent pas la noblesse qui aurait dû l’être. Mais surtout, Louis XIV, confronté très jeune à la Fronde de ses nobles et souhaitant contrôler la société, va établir des règles précises dans tous les domaines, à commencer par la justice et le maintien de l’ordre, qui vont transformer la noblesse au 17ème siècle. Il fera même entreprendre des enquêtes de noblesse à partir de 1667 pour vérifier les titres des nobles.

Les Languedoue au temps de Louis XIV

François de Languedoue décède le 18 septembre 1596. Son fils, Jean fut, selon La Chesnaye-Desbois et Badier, officier des Chevaux-Légers de la Compagnie du Marquis de Bussy. Des lettres d’état des 29 février 1638 et 29 août 1643 le disent au service du Roi depuis 30 ans et alors capitaine des carabins sous le Duc d’Epernon. Jean décède fin 1649 ou début 1650, sans que l’on sache s’il a participé aux événements de la Fronde qui a démarré un an plus tôt, ni si son décès a un quelconque rapport avec elle. Etait-il encore au service du roi ou du prince de Condé ?

Jean et Louise du Couldrier son épouse, eurent plusieurs enfants dont trois fils : Jean Baptiste Gaston, Louis et François. Les deux premiers furent tués au service du roi, l’un était capitaine au régiment de Havart, l’autre au régiment de Meigneux. L’impôt du sang n’a jamais été un vain mot pour cette famille. Le troisième, François, est lieutenant-colonel au régiment du prince de Condé et commande l’arrière-ban de la noblesse d’Etampes, aux gages de 3600 livres. Là encore, trois fils, trois militaires. François a une vingtaine d’années au moment de la Fronde. A-t-il pris part aux combats que se livrent alors les armées de Turenne et de Condé aux portes d’Etampes ?

C’est lui qui va devoir prouver les titres de noblesse de sa famille lorsque Louis XIV va ordonner la recherche des usurpations de noblesse par son arrêt du conseil du 22 mars 1666, recherche certes indispensable, mais qui aurait probablement pu être évitée aux nobles qui ont souvent payé de leur vie leur service au roi. Voici ce qu’il répond : « A nosseigneurs les commissaires généraux députés pour la recherche des usurpations de noblesse en la généralité de Paris.

François de Languedoue chevalier seigneur de Pussay et de Bausy demeurant ordinairement audit lieu de Pussay en Beausse élection de Dourdan de la généralité d’Orléans vous re… ? très humblement que quoy que la maison de Languedoue dont il a l’honneur d’hérister soit assez connue pour estre vue des plus nobles et plus antiennes de la province de Beausse néantmoins il a esté assigné à la requeste de Mathurin de l’Orme soy disant chargé par sa majesté de l’exécution de l’arrest du conseil du 22 mars 1666 en l’estendue de la généralité d’Orléans pour rapporter par devant Monsieur de Machault maistre des requestes et commissaire départi en la généralité d’Orléans pour l’exécution des ordres du roy les tiltres de noblesse en vertu desquels il prend la qualité de chevalier ou d’escuier ce qui lui seroit très aisé de faire à lesgard de sa branche mais comme tous les tiltres antiens de sa maison au dessus de François de Languedoue son ayeul ont esté produit en vostre greffe par Charles de Languedoue escuier sieur de Dommerville son cousin issu de germain et sont maintenant entre les mains de Monsieur de la Fosse conseiller d’etat qui en est rapporteur il ne les peut point retirer pour les joindre avec ceux de sa branche et les représenter par devant ledit sieur de Machault… ». Il demande donc à être déchargé de l’assignation qui lui est faite et rattaché à son cousin Charles, ce qui sera fait le 3 novembre 1667.

Plus tard, sous Louis XV, le duc de Luynes rapporte dans ses mémoires, du camp de Compiègne, à la date du 23 juillet 1753 « Le Roi fit hier la revue de son régiment ; le jour étoit fort beau. Le Roi n’arriva au camp qu’à près de six heures, à cause du salut qu’il avoit entendu à la congrégation. La Reine y mena Mesdames ; toute la Cour y étoit, et il y avoit en tout un monde prodigieux. Le Roi trouva le régiment en bataille sur quatre lignes qui longeoit la chaussée de Venette … Le Roi a fait plusieurs grâces dans le régiment ; le lieutenant-colonel [M. de Croismare] a été fait cordon rouge ; M. de Morsins brigadier ; MM. De Languedoue et Duglas colonels ; M. Mare commission de capitaine … J’ai oublié de marquer que le Roi avoit dans son carosse M. le prince de Condé à côté de lui, M. le duc de Penthièvre, M. le prince de Dombes sur le devant. … » Un autre temps, un autre Languedoue, mais toujours le même métier.

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AVEU, FOI, HOMMAGE ET … PROCÉDURES JUDICIAIRES

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Les coutumes du royaume font un devoir au vassal, aussitôt qu’il a fait à son seigneur la foi et hommage et qu’il lui a prêté le serment de fidélité, de lui présenter l’aveu et dénombrement de son fief, à savoir une description détaillée des biens qui composent ce fief. Le plus grand nombre des coutumes ne lui donne que quarante jours pour remplir ce devoir. A Paris et dans la plupart des coutumes ce délai court de plein droit et le seigneur peut, sans sommation préalable, saisir féodalement le fief de son vassal, faute d’aveu, comme il le peut saisir faute d’hommage, avec cette seule différence que dans la saisie qui a lieu par le défaut d’aveu, le vassal n’encourt point la perte des fruits.

Le seigneur peut proroger ce délai et il y est obligé dans certains cas, on parle alors de souffrance. Le seigneur a le droit d’exiger un aveu et dénombrement de son vassal à toute mutation du fief servant mais le vassal ne le doit qu’une fois en sa vie. Ainsi, quelque mutation qui arrive dans le fief dominant, le vassal n’est tenu régulièrement qu’à une nouvelle foi et hommage. Ces définitions sont extraites de la « Collection de décisions nouvelles et de notions relatives à la jurisprudence donnée par Me Denisart », 1783.

L’inventaire des titres de la seigneurie de Chevreuse dans la série D des archives des Yvelines nous montre que le fief de Pussay relevait en partie des ducs de Chevreuse et en partie du roi à cause de son château d’Etampes. Il convenait donc de porter foi et hommage et de présenter aveu et dénombrement à toutes les parties. Cet inventaire nous offre plusieurs copies et quelques originaux d’aveux et hommages.

Aveu du 30 mai 1531

Ainsi, la copie d’un aveu de 1531 liste toutes les possessions de Claude de Languedoue à l’époque. Elle semble tronquée uniquement dans l’énumération de ses vassaux : le « premièrement » devrait logiquement être suivi, au moins, d’un « deuxièmement », qui n’y figure pas. Néanmoins, cette copie nous donne un aperçu assez complet de ses biens.

Première page de la copie de l'aveu du 30 mai 1531

« Extrait de l’adveu rendu au Roy à cause de son Chatel et Grosse Tour d’Estampes par noble homme Claude de Languedoue escuier seigneur de Pussay passé devant Cantien Genette le Jeune clair substitut juré commis au lieu d’Oysonville et environ pour l’absence de Jean Guys tabellion royal des villes et comté dudit Estampes. Appert que ledit seigneur a reconnu sa majesté pour le lieu seigneurial dudit Pussay où il y a maison couverte d’ardoise cours grange coulombier estables couvertes de tuyle autre maison couverte de tuyle cour jardin verger garenne et autres appartenances tenant d’une part à Jean le Comte et audit seigneur advouant d’autre au carrefour et rue dudit Pussay et au chemin tendant dudit lieu à Chalou la Reine aboutant d’un bout sur la Grande Rue dudit lieu et d’autre bout aux terres dudit escuier advouant.

Item la hautte moyenne et basse justice de Pussay droits de voyrie et ce qui en dépend

Item le four à ban dudit lieu de Pussay où il y a maison couverte de tuyle four et autres appartenances tenant d’une part et aboutissant d’un bout à la rue dudit Pussay et d’autre à Olive veuve de Jean Laumonier et autre bout sur ladite veuve et autres

Item le moulin à vent dudit lieu de Pussay assis sur une pièce de terre contenant un quartier de terre ou environ tenant d’une part audit seigneur advouant d’autre au chemin tendant dudit lieu à Grandville aboutant d’un bout sur plusieurs

Item une garenne … ?… close de fossés assise audit terroir contenant trois arpents ou environ tenant d’une part audit advouant d’autre aux hoirs feu Vincent Roger aboutant d’un bout sur la terre de l’église dudit Pussay et d’autre bout à Colin Langlois

Item trois muys et demy de terre assis audit terroir chantier de l’espine tenant d’une part au chemin tendant dudit Pussay à Thionville d’autre audit advouant aboutant d’un bout sur la garenne … ?… déclarée dudit seigneur advouant d’autre bout sur la terre du curé de Pussay

Item quinze septiers assis audit chantier près le moulin tenant d’une part au chemin tendant dudit Pussay à Grandville d’autre audit advouant qui est de la première pièce sy dessus déclarée aboutant d’un bout sur l’ouche de la barre appartenant audit advouant d’autre bout à la veuve Guillaume Girault

Item trois muys et demy de terre assis audit terroir tenant d’une part au chemin tendant dudit Pussay à Estampes d’autre part au chemin de Thionville et d’un bout sur la maladerie et d’autre bout sur le seigneur du Chesne

Item onze septiers de terres assis au chantier des careaux tenant d’une part au chemin d’Estampes d’autre aux hoirs de Pierre Jullien aboutant sur ledit seigneur advouant et autre bout sur plusieurs

Item trois muys et demy de terre assis au chantier des careaux tenant d’une part au chemin de Monnerville d’autre audit advouant d’un bout sur les mariettes et d’un bout sur les Hemin ? d’Estampes

Item quinze septiers assis au chantier de chaufour tenant d’une part au chemin de Monnerville d’autre aux hoirs de feu Martin Le Sour aboutant d’un bout sur les terres de la cure et d’autre sur ledit seigneur advouant

Item un lieu manoir en héritage qui consiste en maisons, granges, bergeries, estables et toyts à noriture [toits à cochons] le tout couvert de thuyle, cour jardin vigne et houche le tout contenant sept septiers de terre ou environ tenant d’une part au sieur du Chesne, d’autre aux enfants de Robine Duchon aboutant d’un bout sur les premiers quinze septiers si dessus déclarés appartenant audit advouant et d’autre bout sur le carrefour dudit lieu

Item les terres dépendantes de ladite terre ci-dessus déclarées assises audit terroir dudit Pussay et en plusieurs chantiers et pièces toutes les pièces en dépendantes se monte à douze muys onze septiers

Item un autre lieu en héritage [la métairie] qui consiste en maisons à demeurer grange bergerie estable et toit à noriture partie couverte de tuyles partie de chaumes cour jardin et houche le tout contenant deux septiers ou environ assis audit Pussay tenant d’une part aux héritiers de feu Jean Journé et Antoine Desmon ? aboutant d’un bout sur la rue dudit lieu de Pussay et d’autre sur ledit seigneur advouant

Item toutes les terres labourables dépendantes de ladite meterie si dessus déclarée se monte à sept muys deux septiers un boisseau en plusieurs pièces et divers chantiers

Item un autre lieu et manoir et meterie qui consiste en maisons à demeurer granges estables bergerie couverte scavoir la maison en tuyle et le reste en chaumes cour jardin et houche le tout contenant deux septiers ou environ assises audit Pussay tenant d’une part au mariettes d’autre au chemin tendant d’Angerville à Estampes aboutant d’un bout sur la rue dudit lieu et d’autre sur une pièce de terre appartenant audit escuier advouant

Item toutes les terres labourables de ladite meterie ci-dessus déclarée se monte à quatre muys trois mines en plusieurs pièces et chantiers sis audit terroir

Item ensuive les vassaux et hauts sujets et personnes qui tiennent dudit Claude de Languedoue escuier seigneur dudit Pussay à cause de sondit lieu et hotel seigneurial de Pussay héritage terre et autres possessions immeubles tant en fief sensive champart rentes qu’autrement et en la manière si après déclarée et lesquels héritages terres et possessions si après désignée sont reçues au charges et conditions si dessous nommées d’iceluy seigneur de Pussay advouant et qui les tient et advou à tenir en fief du Roy notre seigneur à cause de son comté tour et chatel dudit Estampes

Premièrement Guillaume Lambert lequel advou tenir plusieurs terres tant en fief que sens et champart et droit de corvées à plusieurs muys de terre labourable non nombrées par le soubsigné lequel adveu a été donné le dixième jour de may l’an mil cinq cent trente et un ».

Outre que ce document mentionne l’existence d’une « maladerie » à Pussay, dont il nous faudra aussi chercher l’utilité, il indique l’étendue du domaine des Languedoue. La superficie des terres labourables, non compris les surfaces dépendantes des maisons, s’élève à 33,5 muids et 54 setiers. Selon Charles Forteau, le muid était de 24 mines et la mine représentait 20 ares à Pussay. Par ailleurs le muid valait 12 setiers en Beauce. Le domaine faisait donc 38 muids, soit 182,4 hectares et était pourvu de deux métairies.

Ces chiffres sont tout à fait significatifs si nous les rapprochons de ceux donnés par Jean-Marie Constant dans son étude. « Les études actuelles tendent à prouver que la noblesse gagne de l’argent et s’enrichit au 16ème siècle, notamment en Beauce … Le gentilhomme campagnard y possédait en moyenne 84 hectares de terre alors que le militaire était à la tête d’un domaine de 182 hectares … De 1571 à 1590, la rente (toujours en nature) croissait de 11 %. Les derniers soubresauts du 16ème siècle et des guerres civiles virent s’écrouler ces belles perspectives. A partir de 1602, la paix stabilisa la situation sur ce front agraire jusqu’en 1635, année d’une augmentation de 4 %. La Fronde entraîna quelques mauvaises récoltes suivies d’un beau rétablissement comme pour la période qui suivit les guerres de Religion. Ce ne fut qu’en 1690 qu’on vit apparaître une crise qui allait durer jusqu’au premier tiers du 18ème siècle ». D’où l’intérêt pour nous de retrouver d’autres aveux plus tardifs afin de suivre cette évolution et de connaître également ce que le domaine a rapporté au fil du temps.

Par ailleurs, les Languedoue détenaient un four et un moulin banaux ce qui n’était pas négligeable : « leurs revenus équivalaient à celui d’une métairie d’une cinquantaine d’hectares de terre labourable ». Le four et le moulin rendaient service aux habitants et leur entretien était à la charge des seigneurs. Ils disposaient aussi de bergeries et donc de moutons. Là aussi on peut supposer qu’ils en tiraient des profits. Ceci étant, ils avaient comme on l’a vu des frais de guerre importants et des frais d’entretien de leurs bâtiments également, comme on le verra plus loin. Il reste qu’à l’époque de Claude de Languedoue, la seigneurie se porte bien. Ce n’est probablement pas un hasard si la construction du bas-côté sud de l’église date de 1536 comme indiqué sur une clé de voûte.

Clé de voûte datée de 1536 dans le bas-côté sud de l'église de Pussay

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Foi et hommage

Le plus ancien acte de foi et hommage dont nous retrouvons la trace officielle est daté du 26 novembre 1512 et il est porté par Guillaume de Languedoue (Archives nationales, P8 n°10, côte reprise dans « Hommages rendus à la Chambre de France. Chambre des comptes de Paris. Série P, XIVe-XVIe siècles. Inventaire analytique. Tome II : par J.-P. Babelon et L. Mirot »).

Foi et hommage datant du 26 novembre 1512

« Loys par la grace de dieu Roy de France a noz amez et feaulx gens de noz comptes et tresoriers a paris, au bailly destampes ou a son lieutenant et a noz procureur et receveur ordinaires audict bailliage ou a leurs substitut et commis salut et dilection. Savoir vous faisons que notre bien amez guillaume de languedoue escuier seigneur de pussay en beausse nous a le jourduy fait au bureau de notre chambre desdits comptes les foy et hommage quil nous estoit tenu faire pour raison de la haulte justice moyenne et basse dudit pussay, fronz [?], voiries, four a ban et moulin a vent dudit lieu et du fief qui fut fraville, leurs appartenances et appendances, tenuz et mouvans de nous a cause de noz chastel et conte destampes ausquelz foy et hommage ledit guillaume de languedoue a este receu sans notre droit en lautruy. Et vous mandons et a chacun de vous si comme a luy appartiendra que se pour cause desdits foy et hommage non faiz ladite haulte justice moyenne et basse dudit pussay, fronz [?], voiries, four a ban et moulin a vent dudit lieu et ledit fief qui fut fraville ou aucunes de leursdites appartenances et appendances sont ou estoient mises en notre main ou autrement empeschées, vous les luy mectez ou faictes mectre au delivre incontinant et sans delay, pourveu que dedans temps deu il en baille par escript en notredite chambre des comptes son adveu et denombrement. Et face et paie les autres droiz et devoirs pour ce deuz. Se faitz et paiez ne ledit a donné a paris le xxvime jour de novembre lan de grace mil cinq cent et douze et de notre regne le quinziesme ».

Foi et hommage datant du 27 mai 1530

C’est ensuite Claude de Languedoue qui rend foi et hommage au roi. L’acte par lequel le roi reconnaît avoir reçu les foi et hommage, daté du 27 mai 1530, ne diffère que peu du précédent. Il y est fait mention en plus du paiement de « deux solz parisis de cens sur le petit jeurre », tous les biens lui étant « advenuz et escheuz par le trespas et succession de feu guillaume de languedoue en son vivant aussi escuier son pere et par partage faict avec ses freres et sœurs ». (Archives nationales P8 n°38)

Foi et hommage datant du 25 février 1561

Jean de Languedoue rend foi et hommage au roi, le 25 février 1561, « tant en son nom que pour ses freres et sœurs enfans et héritiers de feu Claude de Languedoue leur pere et de feu Anthoine de Languedoue leur frere aisne ». (Archives nationales P8 n° 71)

D’autres actes de foi et hommage sont probablement rendus et reçus. Ils se ressemblent tous et stipulent chaque fois, que si le seigneur ne s’y soumet pas ou ne remet pas, par écrit, son aveu et dénombrement dans les délais, ses biens seront saisis.

Il y a cependant des cas de force majeure où les foi et hommage ne peuvent être rendus immédiatement, en particulier, lorsque le père décède et que les enfants sont mineurs. La situation se présente plusieurs fois à Pussay, entre autres lors du décès de François époux de Louise de Rivaulde en 1596. Voici alors ce qui se passe « … Appert que damoiselle Louise de Rivaulde veuve de deffunct François de Languedoue escuyer sieur en partie de Pussay [en partie, car il partage alors la seigneurie avec ses frères Jean et Claude] comme ayant la garde légitime et naturelle de Jean âgé de six ans ou environ Louis âgé d’un an Françoise âgée de douze ans et Jeanne âgée de onze ans Charlotte âgée de six ans Elysabette âgée de trois ans tous enfants mineurs dudit deffunct et d’elle s’est transportée au Châtel d’Estampes de présent desmoly et en ruine où estant a demander par trois fois et à haute intelligible voix si le Roy notre Sire et la Reine dame duchesse dudit Estampes ou autre pour eux ayant charge de recevoir audit lieu déclarant ladite damoyselle estre venue expres afin de leurs demander souffrance jusques à ce que lesdits mineurs ou aucun d’eux ait atteint l’âge suffisant pour valablement faire et porter la foy et hommage telle qu’ils seront tenus faire et porter à cause des droits parts et portions que lesdits mineurs peuvent déduire compter quand au château et lieu seigneurial dudit pussay que toutes les terres et seigneurie dudit lieu ses appartenances et dépendances pour regard de ce qui est tenu en fief foy et hommage dudit sieur Roy et dame Reine et duchesse à cause de leursdits châtel et grosse tour d’Estampes. Lesdits droits parts et portions appartenant auxdits enfants à cause du trepas dudit François de Languedoue leur père décédé le dix huitiesme jour septembre dernier ».

Louise de Rivaulde demande donc « souffrance » au roi et à la reine devant le château démoli en présence d’un notaire et de témoins, pour ses enfants mineurs. Elle demande un délai, le temps qu’ils soient en âge de porter foi et hommage eux-mêmes. Personne n’étant là pour lui répondre et pour cause, elle se dirige vers le domicile du procureur du roi où elle réitère sa demande, toujours en présence de notaire et témoins qui vont lui délivrer acte de ses démarches. Le procureur du roi et l’avocat présent n’ont pas pouvoir d’accorder eux-mêmes ce délai, cette « souffrance », mais ils prennent acte de la demande et vont en avertir le conseil de la reine.

Pourquoi toutes ces précautions ? Pour éviter tout simplement une saisie féodale qui pourrait priver les héritiers de leurs revenus, comme nous allons le voir maintenant.

Procédures judiciaires

Une sentence est rendue le 28 avril 1572 par la chambre de justice de Paris, suite à la saisie féodale et mainmise sur le fief de Pussay, à la requête du révérendissime cardinal de Lorraine, duc de Chevreuse, contre René Desprez, écuyer, tuteur des enfants mineurs de feu René [sic mais il s’agit de Claude] de Languedoue vivant seigneur de Pussay, et opposant à la saisie. Le jugement prononcé, qui est cette fois un original, tient compte de nombreux actes et aveux faits successivement par les seigneurs de Pussay et il est donc très intéressant en ce sens qu’il va nous permettre de remonter le temps.

Première constatation : la demande de saisie est prononcée le 3 juillet 1555 et le jugement rendu le 28 avril 1572. Le fief est saisi et « mis en la main du Roy notre Sire » par défaut d’avoir honorer l’aveu et dénombrement, ni payer les revenus en dépendant.

Lorsque Claude de Languedoue décède vers fin 1545, laissant Charlotte de Châtillon seule avec ses enfants mineurs, elle demande aussitôt « souffrance » le 9 janvier 1546, pour son fils aîné Anthoine âgé de 14 ou 15 ans, au château d’Etampes, ce qui lui est accordé en juillet 1546. Un tuteur est nommé, en l’occurrence son beau-frère René Desprez qui réitère cette demande de « souffrance » le 15 octobre 1550. Il se rend pour cela au château d’Etampes accompagné de Richard de Bourdellet, notaire royal, et « fait offre du revenu d’une année de ladite seigneurie de Pussay ou cent escus d’or selon la coutume du pays, l’adveu transcript en un cahier de parchemin baillé au Roy ou à ses officiers comme seigneur dudict Estampes par ledict deffunct Claude de Languedoue seigneur dudict Pussay faict le deuxiesme jour de may mil cinq cent trente ung recu en jugement par lesdicts officiers le septiesme fevrier mil cinq cent trente deux comme ledict fief estant tenu du Roy à cause de son duché tour et chastel dudict Estampes ».

L’aveu avait été fait dans les règles, la demande de souffrance aussi, les revenus payés au château d’Etampes. Pourquoi donc le duc de Chevreuse fait-il saisir le fief de Pussay ? Pour le comprendre, il faut reprendre les anciens actes, papiers et titres fournis par le demandeur.  Ils nous intéressent d’ailleurs beaucoup, car le premier d’entre eux nous apprend qu’en 1208, une donation est faite aux religieuses dierre [d’Yerres ?] par Jehan de Corbeil, seigneur de Pussay. Voilà qui nous explique comment le fief de Pussay est échu entre les mains de Michelle de Richebourg, mariée ensuite à Guillaume de Languedoue.

Page 10 de la sentence de 1572

Page 12 de la sentence de 1572

Page 10, il est écrit : « donation faite aux Religieuses dierre de la somme de soixante sols parisis par ledict fief de Pussay par Jehan de Corbeil en son vivant seigneur dudict Pussay dacté de l’an mil deux cent et huict, deux extraits de la prévoté dudict Chevreuse dacté des onziesme septembre mil quatre cent soixante et seize et treiziesme aoust mil trois cent quatre vingt et quinze par lesquels appert ledict fief de Pussay esté tenu et mouvant dudict Chevreuse à cause du chastel dudict lieu ».

Et page 12, il est mentionné : un aveu signé Collard de Chevreuse daté de l’an 1369, lequel a reçu huit écus d’or pour le rachat du fief de Pussay échu à damoiselle Michelle de Richebourg, un aveu de Guillaume de Languedoue porté en 1485 et un autre acte du 12 février 1538 par lequel Claude de Languedoue a rendu foi et hommage du fief de Pussay à la seigneurie de Chevreuse et payé les droits et devoirs qui pouvaient en être dus.

Au vu de toutes les pièces mises à leur disposition, les juges ont reconnu au seigneur de Chevreuse la mouvance sur une portion du fief de Pussay, ladite portion consistant en la moitié de dix muids de terre, la moitié de 24 livres parisis de cens, la moitié de 24 droitures et la moitié des champarts recueillis audit Pussay suivant les anciens aveux.

A la suite de cette sentence, le cardinal de Lorraine demande, le 5 juillet, que le fief de Pussay soit saisi et des commissaires établis pour récupérer les biens dus. En fait, les commissaires nommés, chargés et redevables du recouvrement de la dette se trouvent être trois laboureurs de Pussay : Vincent Roger, Richard Compaignon et Nicolas Tuchon. A la requête de son « tres cher cousin », le cardinal de Lorraine, le roi ordonne donc par un acte daté du 3 septembre, à son huissier ou à défaut son sergent d’assigner ces commissaires à comparaître devant ses conseillers du trésor, et si bon leur semble les seigneurs de Pussay, pour rendre compte de leur mission et « payer le reliqua audit exposant ». La tâche de ces derniers n’est donc pas simple et cette procédure donne un aperçu des relations pouvant exister entre les seigneurs et les habitants. Elles peuvent être excellentes s’ils s’entendent bien ou difficiles dans le cas contraire.

Acte du 3 septembre 1572 (un aperçu en attendant une meilleure photo)

« Charles par la grace de dieu Roy de France Au premier huissier de notre court de parlement ou aultre notre sergen sinon requis salut. De la partye de notre tres cher cousin le cardinal de Lorraine duc de chevreuse nous a este expose que le cinqe jour de juillet dernier passe il auroit par Denys Belhomme notre sergent en vertu d’une sentence donnée par noz conseillers du tresor en dacte du xxviii avril dernier faict saisir arrester et mectre en notre main le fief de pussay ses appartenances et dependances f ?ctz et grains pendans par les racines sur les heritages deppendans et estans dudit fief jusques a la quantite de la moictie de dix muids de terre moictie de xxiiii livres parisis de cens moictie de xxiiii droictures et moictie de champart recueilliz audit pussay suivant les anciens adveuz a faulte de droits et debvoirs non faicts et denombrement non baille et au regime et gouvernement dudit fief pour le regard de ce que dict est cy dessus declare estre estably commissaire Vincent Roger Richard Compaignon et Nicolas Tuchon tous laboureurs demeurant audict pussay ensemble luy seul et pour le tout lesquelz ont joui ou deu jouir de leurdite commission au moydit de quoy pour leur en faire rendre compte et reliqua nous a ledit exposant requis luy octroyer noz lettre et provision. Pour ce est il que nous te mandons et commectons par ces presentes que a la requeste de notredit cousin exposant tu adjourne lesdits commissaires a estre et comparoir a certain et competant jour pardevant nosdits conseillers du tresor a paris pour se voir condamner a rendre compte de leurdite commission et a payer le reliqua audit exposan et a ce faire contraintz luy seul et pour le tout comme deppositaires de justice et aultres voyes deues et raisonnables et procedder en oultre comme de raison et oultre y adjourner aussi les seigneur ou seigneurie dudit pussay pour assiter si bon leur semble a laudition et closture dudict compte en inthimation au cas requis en notiffiant deuement nosdits conseillers du tresor de tes exploictz et ausquelz nous mandons faire aux partyes oyer raison et justice car tel est notre plaisir donné a paris le troiziesme jour de septembre lan de grace mil cinq cent soixante douze et de notre regne le douziesme ».

Il semblerait que si c’est la première saisie féodale connue sur les seigneurs de Languedoue, ce ne soit pas la dernière. Il se pourrait que ces derniers aient été coutumiers du fait, soit par négligence, soit par intérêt et nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet.

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Procédures entre les Baron et les Languedoue

Une autre procédure s’engage plus tard entre les Languedoue et les Baron, seigneurs en partie de Pussay. Pierre Baron est correcteur des comptes, grand maître des eaux et forêts d’Anjou, Maine et Touraine (dès 1597-1605) gentilhomme ordinaire du roi (1614,1624) et de la reine, sieur de Cottainville et de Touchalou. Il achète le tiers de Pussay en 1605, le cède par retrait lignager en 1606 aux Languedoue et en fait requête en 1614 (ADY – Généalogie Pierre Baron).

Claude de Languedoue possédait la totalité du fief de Pussay, mais ce dernier fut ensuite partagé entre ses trois enfants survivants : Jean, Claude et François. C’est donc probablement l’un de ces tiers qui aurait été vendu à Pierre Baron. Le retrait lignager est un droit accordé aux parents de ceux qui ont vendu quelque héritage propre, de le retirer sur l’acquéreur, en lui remboursant le prix.

Pour le savoir, il faudrait pouvoir accéder à ces documents. Or, ils appartiennent à un fonds privé, le fonds Thoiry, et son propriétaire n’a pas donné aux archives départementales des Yvelines l’autorisation de les laisser consulter. Seule une description sommaire est disponible sur le site des archives (www.archives.yvelines.fr) et sur le site du corpus étampois (www.corpusetampois.com).

C’est dommage, car ces papiers pourraient aussi nous renseigner sur la vie de l’époque puisqu’ils renferment les comptes du fermier de Pussay, l’interrogatoire de Denis Retté receveur de Pussay, contre les Languedoue, les réparations à faire au château et la succession de Geneviève Baron, dame de Pussay, dont son testament.

Cette procédure est doublée d’une autre concernant le meurtre de Gabriel de Languedoue de Lalun, petit-fils de Claude de Languedoue deuxième du nom (Ouarville), commis en 1638 par Alexandre Baron, fils de Pierre, au château de Pussay. « Son décès occasionna de longs et disgracieux procès, qui ne furent assoupis que par les transactions passées devant Billeheu, notaire au Châtelet de Paris, ès-années 1720, 1724 & 1726, entre MM. de Languedoue d’Archambault, & d’Allonville, marquis de Louville », nous disent La Chenaye-Desbois et Badier.

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LA VIE QUOTIDIENNE DES LANGUEDOUE

(archives notariales, prévôté et registres paroissiaux)

François de Languedoue et Louise de Rivaulde

Les registres paroissiaux de Pussay commencent « le dernier jour d’octobre 1604 » où Martin Couldroy, curé de la dite église, baptise « Jehan fils de François Lausmonier et Noelle Pousineau et a eu pour parrains Jehan Bordeau et Pierre Dureau et pour marraine Jehanne Cobille ». Dès lors, ils nous livrent de précieux renseignements. François de Languedoue est décédé le 18 septembre 1596, mais sa femme Louise de Rivaulde vit toujours. Leurs enfants, Françoise, Jeanne, Jean et Charlotte, Elisabeth et Louis vivent au château et sont fréquemment parrains et marraines, de même que Claude leur oncle de Ouarville et sa fille Anne. A ces occasions, Louis et Jean sont tous deux cités comme « écuyer seigneur de Pussay en partie » ; comme en ce 6 janvier 1609 où naît Gaspar, fils du notaire royal de Pussay, Symphorien Bouchet, et de sa femme Jehanne Courtois, « et a eu pour parrains Jehan et Louis les Languedoue frères escuiers syrs de Pussay en partie ». Ils ont alors 19 et 14 ans.

Pierre tombale de François de Languedoue et Louise de Rivaulde

Epitaphe de la pierre tombale en l’église de Pussay : « Cy git noble & vertueux Seigneur François de Languedoue lequel en lage de vingt ans a porte lenseigne coronale & depuis gouverneur dausone ou le Roy Charles IX l’honora de son ordre lequel trespassa a Pussay en lage de LV ans le XVIIIe septembre Mil Vc IIIIvv XVI »

Françoise se marie à Pussay le 4 juin 1606, à 22 ans, avec « noble homme Estienne de la Vallade escuier seigneur de la Vallade », seigneur de Hanches près d’Epernon. Ils vivent eux aussi au château de Pussay ou y reviennent souvent, puisqu’une petite Anne, née le 17 juin 1607, y est baptisée le 2 septembre, ce qui est fort tardif pour l’époque. Elle a pour parrain, son oncle Jehan, et pour marraine, Anne de Rochechouart. Puis Estienne est baptisé le 3 mars 1610. Son parrain est Estienne de Cremeur, écuyer, seigneur de Gas, situé entre Epernon et Gallardon. Sa marraine n’est autre que sa grand-mère, Louise de Rivaulde, qui va décéder deux mois plus tard, le 4 mai et sera inhumée dans l’église. Estienne de la Vallade est plusieurs fois cité comme parrain, ce qui témoigne de sa présence fréquente dans les lieux.

Détail de la pierre tombale de François de Languedoue et Louise de Rivaulde

Jeanne vit également au château de Pussay ou y revient puisque son mari « noble homme » Benjamin Martin y décède le 13 juillet 1606, alors qu’elle va accoucher d’un petit Alexandre qui sera baptisé le 30 octobre. Il aura pour parrain Claude et Louis de Languedoue et pour marraine Anne de Languedoue. La vie au château semble donc animée, même si vie et mort s’y côtoie en permanence. Les parents y viennent ou y séjournent souvent et ils ne sont pas les seuls. De nombreuses visites ponctuent le cours du temps.

Le 31 janvier 1608, Honoré, fils de « noble homme Gaspar de Barbençon escuier sieur de Marmaigne et Gaubertin et de Claude de Villebresme » est baptisé en l’église de Pussay « et a eu pour parrain Honora de Rivaulde escuier syr de Rivaulde et Jehan de Languedoue escuier syr de Pussay en partie et damoiselle Françoise de Languedoue femme de monsyr de la Vallade » pour marraine.

Anne fille d’Edmée Moinville, seigneur de Moinville, capitaine des gardes du roi, demeurant à Moinville, Tillay-le-Peneux et de Thomasse Chevallier demeurant à Oinville-Saint-Liphard y reçoit également le baptême en 1612. Le parrain est Jehan Bordeau, fils de Valentin, la marraine Aulbine Leprince, sage-femme de Tillay-le-Peneux.

En 1611, François de Guiard, écuyer, seigneur d’Amilly est parrain, de même que Alexandre Benjamin, écuyer lui aussi et en 1614, Jehan Gourrault, lieutenant du bailliage de Saclas. Les amis et relations des Languedoue gravitent tout comme eux dans la sphère de l’armée. Et nous allons bientôt voir de qui ils sont parrains ou marraines. Ce lien sera approfondi au chapitre sur les villageois.

En cette même 1614, naît Louis, fils de Pierre Dureau et de Marthe Vincent. Le père est probablement déjà le meunier des Languedoue. Il l’est en tout cas trois ans plus tard en 1617. Son parrain est Louis de Languedoue, écuyer, seigneur de Baussy (Bauzy). Sa marraine est damoiselle Louise du Couldrier, femme de Jehan de Languedoue, écuyer, seigneur de Pussay (en partie). Il semblerait donc qu’alors, Louis et Jean se soient partagés les biens de leurs père et mère. Louis aurait hérité des terres de Bauzy provenant de sa mère et Jean de la seigneurie de Pussay. Louis sera encore cité quelques fois, jusque fin 1615, comme parrain et toujours sieur de Bauzy.

Jean-Marie Constant a mis l’accent sur la difficulté pour les cadets de vivre, lorsque l’aîné ne les aide pas. Au sein d’une famille noble, les plus fortes tensions, nous dit-il, « touchent la cohabitation de frères dont le traitement, lors des partages, ne sera pas égal. Tous les aînés n’ont pas la sagesse de vivre dans l’indivision avec leurs frères et sœurs sur le domaine ancestral. L’aîné allait à l’armée, capitaine dans un régiment, les cadets posaient un problème difficile et le sort honteux de ceux qui n’ont pas assez de biens pour vivre noblement leur était réservé ».

Il ne semble pas que ce fut le cas des Languedoue. Les trois fils survivants de Claude de Languedoue et Charlotte de Châtillon, Jean, Claude et François, avaient procédé à un partage en 1566 et étaient tous trois seigneurs en partie de Pussay. Il est vrai cependant qu’un compromis avait ensuite été fait en 1583, « par lequel sur les différents qu’ils avoient à cause que ledit Jean de Languedoue disoit avoir été lézé par le partage qui avoit été fait entre eux le 4ème jour du mois de septembre de l’an 1566, ils promettent de s’en rapporter au jugement de trois gentilshommes qu’un chacun d’eux nommeroit pour juger et vuider lesdits différents et adjuger telle récompense que de raison audit Jean de Languedoue s’il se trouvoit avoir été lézé par ledit partage de même qu’auxdits Claude et François de Languedoue en cas qu’ils se trouvassent avoir été aussi lézé, cet acte reçu par Etienne Pernet à Etampes ». (BNF – Nouveau d’Hozier 202). Ils s’engageaient de plus à faire estimer les biens par des experts. Le recours au jugement des gentilshommes était la règle comme on l’a déjà vu se faire entre les Languedoue et les d’Allonville et il était respecté.

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Jean de Languedoue et Louise du Couldrier


Leurs enfants

Jean de Languedoue et Louise du Couldrier se sont donc mariés en 1613.

–         Une petite Charlotte est baptisée le 26 juillet 1614. Elle a pour parrain Gilles du Couldrier, écuyer, seigneur de Guiette et pour marraine damoiselle Françoise de Baudouin, dame de la Briche et Houville. Cette dernière est la mère de Louise ; quant à Gilles, ce pourrait être son père ou peut-être un frère.

–         En 1617 apparaît Loyse. Elle naît le 2 août mais n’est baptisée que le 13. Elle a pour parrain Estienne de la Vallade et pour marraine Marie du Couldrier, femme d’un écuyer dont nous n’avons pas encore déchiffré le nom. La petite Louise est marraine dès 1622, alors qu’elle n’a pas encore cinq ans.

–         Les jumeaux, Jacques et Claude, arrivent en 1623. Leurs parrains et marraines : « Vertueux seigneur messire Jacques de Lospital chevalier baron ? comte ? de Ste Mesme et damoyselle Anne de Lospital qui fut nay le jeudy quinzième jour de juillet mil six cent vingt et un ? » et « Noble et religieuse personne frère Claude Perot chevalier de l’ordre de St Jean de Jérusalem commandeur d’Est ? et damoyselle Jeanne de Languedoue qui fut nay le samedy onzième jour de mars mil six cent vingt et un ». Les premiers sont peut-être les enfants de Anne, seigneur, puis fait comte de Sainte-Mesme par le roi Henri IV, seigneur de Menneville, vicomte de Vaux et bailli de Dourdan.

–         Le curé qui rédige l’acte du 27 mai 1624 écrit d’une façon telle qu’il est bien difficile de le lire. Il semble cependant, que la petite Françoise née ce jour-là, soit la fille de Jean de Languedoue et Louise du Couldrier et qu’elle aurait eu pour parrain et marraine, heureusement qu’ils savent signer, Jean L François Desmontiers et Louise de Languedoue. Il se pourrait qu’il s’agisse du fils de Jean des Montiers, seigneur et vicomte de Mérinville, ce dernier titre semble bien apparaître dans l’acte. Une certitude : dès 1640, une Françoise de Languedoue est marraine.

–         Charlotte, baptisée le 1er juin 1626, est assurément leur fille. Son prénom tendrait à faire croire que la première Charlotte, née en 1614, est décédée. D’ailleurs, contrairement à Louise très souvent citée comme marraine, cette première Charlotte ne l’a jamais été, ce qui ne sera pas le cas de la seconde. Elle a pour parrain Claude de Halot seigneur d’Adonville et Françoise Baudouin.

–         « Le jour St André 1628 a été baptizé par moy curé soubsigné le fils de Mr de Pussay à la maison et depuis nommé François », signé Gontard. Ce brave curé ne devait pas donner cher de la vie de l’enfant, car il a écrit ces lignes en long dans la marge du registre. Mais Jacques Gontard est un curé précieux, car il nous a laissé par ailleurs sur les villageois de l’époque, une mine de renseignements et nous l’en remercions ici, d’autant qu’il a officié à Pussay pendant douze ans. Les vicaires et curés qui l’ont précédé ne prenaient pas la peine de noter autant de détails.

–         Concernant François, il n’avait sans doute pas tort, car un autre François est baptisé le 6 janvier 1630, dans l’église de Pussay, cette fois. Ses parrain et marraine : « Révérendissime Cardinal François de Larochefoucaut, grand ausmonier de France, esvesque de Senlis abbé de ? de Tournus et Ste Geneviesve et haulte et puissante dame Isabeau de Larochefoucaut, veusve de deffunct hault et puissant seigneur Jehan Louis de La Rochefoucaut, comte de Randan, gouverneur du hault et bas peis de Lauvergne ». Certes ils ne sont pas présents en personne, mais tout de même. Le cardinal est représenté par Alexandre de Languedoue, seigneur de Saint-Aignan et la dame par Anthoine de Pissact, écuyer du lieu. Ce dernier a simplement signé A Pissact.

–         En 1642, alors qu’il est parrain et qu’il n’a que 12 ans, François de Languedoue est déjà écuyer et le curé précise qu’il est le fils aîné de Mr de Pussay. Deux ans auparavant, le curé avait simplement écrit sur le registre « honorable et discret enfant François de Languedoue fils de Monsieur de Pussay escuyer seigneur dudit Pussay », ce qui tendrait à penser que Jacques et Claude les jumeaux sont alors tous deux décédés. Il est probable que Jacques soit mort très vite après sa naissance, puisqu’il n’a jamais été parrain, contrairement à Claude cité dans les registres.

–         Marguerite arrive en 1635. Elle a pour marraine Marguerite de Hallot et pour parrain Ferry du Couldrier, écuyer, sieur du ?, homme d’armes de la compagnie du roi et frère de Louise, mère de l’enfant.

–         Curieusement, les registres de Pussay ne mentionnent pas Gaston Jean Baptiste peut-être né ailleurs. Il est toutefois parrain les 5 et 25 janvier 1645 de deux enfants prénommés Jehan Gaston. L’un est le fils de Michel Sanson, l’autre celui d’Eloy Lantien, procureur de Pussay dont nous reparlerons plus loin. Dans les deux cas, le curé précise bien qu’il est le fils de Jean de Languedoue et de Louise du Couldrier.

–         Il en est de même pour Louis, également parrain en 1645 et 1654 et dont la naissance n’apparaît pas dans les registres. Selon La Chenaye-Desbois et Badier, tous deux seront tués au service du roi.

Les nobles n’étaient pas différents des villageois quant aux joies et peines de la vie. Sur les onze enfants que Jean et Louise ont mis au monde, sept ont survécu et sont arrivés à l’âge adulte, ce qui n’est déjà pas si mal. Sur ces sept survivants, deux ont été tués au service du roi, ce n’était tout de même pas rien. Un seul garçon, François, restera pour assurer la descendance.

D’autre part, les nombreuses relations, et non des moindres, que reçoivent les Languedoue au château, sont écuyers, chevaliers, comme eux. Les mariages se font dans le même milieu : le frère de Louise, Ferry, est écuyer et chevalier, tout comme son mari. L’éducation ainsi reçue dans sa jeunesse par l’exemple de son père et de ses frères peut lui servir dans sa vie de femme et elle va devoir bientôt s’en servir.

Le rôle de la femme

Comme Charlotte de Châtillon et Louise de Rivaulde avant elle, Louise du Couldrier devient veuve en 1649 ou 1650. Les actes d’inhumation manquent dans les registres paroissiaux, mais plusieurs actes notariés permettent de situer son décès au cours de l’une ou l’autre de ces années à 59 ou 60 ans. Certes, ses enfants sont grands : François a 19 ou 20 ans, mais il est souvent absent du domaine ; il est au service du roi ou des princes.

En cette année 1651, c’est le château qui préoccupe Louise du Couldrier : les dégâts sont tels qu’elle s’adresse à la prévôté de Pussay :

« Sur la requeste faite devant nous par damoiselle Louise du Couldrier veuve de deffunct Jean de Languedoue vivant escuyer sieur de Pussay comparant en personne assistée de Prechereau son procureur nous remonstrant que du vivant dudit deffunct un an auparavant et plus qu’il serait décéddé plusieurs bastiments du chastel et lieu seigneurial de Pussay tant au corps de logis granges coulombier et aultre bastiment dudit lieu par l’influence des pluies et coups facheux seroient grandement détériorés menaçant ruine s’il ni est promptement pourvu et pour en congnoistre pour sa discharge pour monstrer et justiffier que les démolitions desdittes lieulx ne sont arrivés de sa faulte ni négligence nous requiert estre dit présentement ledit chastel et ce qui en dépend où sont arrivées lesdites démolitions seront vues et visitées par Maître Expert plus qu’il nous plaira nommé d’office pour lui servir et requérir à quelle advisera bon estre ». (ADE)

Deuxième page des réparations à faire au château

Ce texte nous apprend donc que Jean de Languedoue est décédé il y a un an et plus, comme il était encore vivant en décembre 1648, cela nous situe assez bien la date de son décès. Par ailleurs, les bâtiments du château, quelqu’ils soient, logis, granges, colombier ou autres, ont tous été victimes des pluies et « coups facheux » qui les ont « grandement détériorés ». Que s’est-il passé ? Il semblerait que des pluies excessives soient tombées pendant plusieurs années de 1648 à 1650, endommageant les récoltes. Mais les coups fâcheux sont pour le moins hermétiques. Cependant, nous sommes en pleine Fronde et la guerre favorise la recrudescence des famines et des pestes endémiques.

Des experts sont donc nommés, en l’occurrence Laurent Matthieu charpentier demeurant à Gommerville et Sulpice Charier maçon et couvreur en ardoises et tuiles à Angerville qui vont immédiatement estimer les dégâts. L’après-midi même, ils rendent compte :

En premier lieu, la tour en entrant à gauche nécessite un renfort de deux pierres de forme convenable pour soutenir la charpente. Avec la réfection de la toiture en ardoises, le tout est estimé, matériaux et main d’œuvre, à 80 livres.

La chambre haute au-dessus de la cuisine accolée à cette tour a besoin d’être garnie de douze soliveaux : matériau 20 livres, maçon et charpentier 20 livres aussi, plus 4 livres pour colmater une brèche dans la muraille.

Dans la seconde chambre jouxtant la précédente et « appelée vulgairement la chambre de la royne », il convient de réparer la lucarne, la couverture et d’autres endroits : coût des ouvriers 20 livres. Une des poutres de la chambre est pourrie et pourra coûter 60 livres.

La toiture au-dessus des 4ème et 5ème chambres nécessite quelques réparations qui emploieront trois milliers d’ardoises au prix de 12 livres le millier, soit 36 livres et autant pour la main d’œuvre.

Il faudrait garnir une petite chambre basse au-dessus de la 5ème chambre de six soliveaux : coût avec la main d’œuvre 20 livres, plus 9 livres pour colmater une brèche de trois toises.

Sur la tour située à droite en entrant, il est nécessaire de réparer deux bouts de bois pourris, mais l’appellation exacte est difficile à lire et de la recouvrir avec deux milliers d’ardoises : total avec la main d’œuvre 150 livres.

Concernant les deux autres tours donnant sur la rue de Pussay, la toiture demande six milliers d’ardoises qui coûteront salaire compris 160 livres.

La toiture du château proprement dit nécessite quatre milliers d’ardoises : 48 livres.

La maison où est logé le fermier réclame pour la couverture, la réfection du pignon et « quelques aultres choses necessaires » : 90 livres.

Dans la bergerie, la muraille est tombée et la toiture est à réparer : 50 livres.

La grange au bout de la cour vers Gommerville contenant trois espaces couverts de chaumes, doit être recouverte à neuf. Le pan d’un espace est tombé ainsi que le coin de la grange : coût 100 livres.

La grande grange couverte de tuiles est maintenant presque entièrement découverte et l’un de ses murs est presque tombé. Sa remise en état coûterait 2000 livres.

Le colombier doit être recouvert à neuf de tuiles et une brèche réparée : 150 livres.

La grange et les étables couvertes de tuiles et situées à l’est ne demandent en comparaison que peu de réparations : 25 livres.

Le pavillon en ardoises et plomb qui surmonte le puits nécessitera 30 livres.

Quant à la clôture du château et du jardin, 25 toises de muraille seraient à refaire à 30 sols la toise (approximativement 1,80 m) : 37 livres 10 sols.

A la lecture de ce rapport, on a le sentiment d’avoir vu passer une tornade. Sans compter la grande grange qui demande à elle seule 2000 livres, les réparations se montent à 1145 livres.

Plan de la ferme du château et de la moitié du château en 1832, alors que cet ensemble appartient à Louis Bertrand Gry (AD28)

Ce plan a été réalisé en 1832, alors que Louis Bertrand Gry, propriétaire de la ferme et de la moitié du château, qu’il a achetées en 1819, se propose de vendre les bâtiments de la ferme à des particuliers. Le château avait été divisé en deux en 1703, lors du partage entre les trois filles de François de Languedoue. L’habitation du fermier et d’autres dépendances se situaient dans la seconde moitié du château et le domaine s’étendait au-delà des limites tracées sur le plan. Il est cependant très parlant quant à l’étendue de la ferme et la situation des différents bâtiments. Ces derniers devaient avoir peu changé en 1832 et l’allée d’arbres qui conduisait, du chemin nord du tour du bourg, à l’entrée du château y est également bien visible, ainsi que le puits dont il est parlé dans le texte ci-dessus.

  1. « Le château contient 11 ares 51 centiares ou 22 perches 1/2 y compris la cour
  2. Bergerie de 3 espaces, contenant 13 mètres 1/2 ou 40 pieds 1/2 de large sur 7 mètres 3/10, ou 22 pieds de longueur ». 2 bis. Un toit à porc de 2,7 m en largeur sur la cour, 0,8 m sur la rue, 6,1 m en longueur
  3. Grange de 2 espaces de 5,4 m en largeur, 7,3 m en longueur, porte sur la cour
  4. Ecurie de 2 espaces 1 porte et 2 jours sur la cour, 2 jours sur la rue, de 8,6 m en largeur sur 7,3 m de longueur
  5. Etable de 2 espaces une porte 2 jours sur la cour lucarne aussi sur la cour, 2 jours sur la rue de Pussay de 9,5 m de large, sur 7,3 m de longueur
  6. Une place de terre de 7,8 m sur la cour, 10,3 m sur la ruelle en largeur, 7 m en longueur
  7. Bergerie de 2 espaces, 1 porte et 1 jour sur la cour de 9,2 m en largeur et 7 m en longueur
  8. Poulailler  et remise grenier au dessus du poulailler croisée sur la cour colombier au dessus la remise ayant ouverture sur la cour, de ensemble 9,5 m en largeur sur la cour, 5,5 m en largeur sur la ruelle, 7 m en longueur
  9. Grange de 4 espaces de 16,4 m en largeur et 8,3 m de longueur, grande porte sur la cour, jour par derrière
  10. Grange de 5 espaces de 22 m de largeur, 8,3 m de longueur, grande porte sur la cour un jour par derrière
  11. Une place de terre de 4,35 m de largeur sur 8,3 m de longueur
  12. Une place de terre de 32,5 m en longueur sur 10,5 m en largeur pour y construire 7 espaces de chacune 4,5 m de largeur
  13. Une place de terre hors la cour, 7 pieds d’un bout sur n° 6 et 8 pieds sur la rue en largeur, sur 7 m en longueur.

« Par Cintrat Arpenteur patenté pour 1831 sous le n° 17 à Angerville le 12 septembre 1832

Signé Cintrat arpenteur et instituteur ».

L’arpenteur Cintrat convertit systématiquement les mètres en pieds en prenant comme règle : 1 mètre égale 3 pieds. Nous avons supprimé cette conversion de son texte, hormis le n° 2 donné en modèle, afin de faciliter la lecture.

Déjà en mai 1628, année où Jean de Languedoue fut souvent absent, elle s’était occupée de la couverture du château avec Jehan Léger maître couvreur en ardoises demeurant à Orléans « estant de present en ce bourg de Pussay lequel confesse avoir ce jourd’huy faict marché et entrepris de damoiselle Louise du Couldrier femme et espouze de Jehan de Languedoue escuier sieur de pussay de luy duement octorizée ainsy qu’elle a dit ladite damoiselle présente / racommoder et couvrir le chasteau appartenant audit sieur tours pavillons et le pavillon du puits ou besoing et nécessaire sera / et descouvrir ou besoin aussy sera et rendre par ledit léger ledit chasteau tours et pavillons en bon estat et bien couvert en hardoise ou besoing sera comme dit est / à la charge de par ladicte damoiselle fournir de hardoises et de tout requis conviendra à faire ladicte besongne / a icelluy Léger / et consent ledit entrepreneur que lors que ladicte besongne sera faicte que ladicte damoiselle la fasse visiter par gens en congnoissance / et au cas qu’elle ne soit bien faicte sera tenu la refaire a ses propres cousts et despands et sera aussy tenu icelluy entrepreneur refaire les goustières de plong et les refondre ou besoing sera / en fournissant aussy par ladicte damoiselle de plong et de souldure et aussy faire trois petittes fenestres au pavillon du puis luy fournir avec de ce qu’il faudra / ce present marché faict moyennant la somme de vingt quatre livres tournois pour sa peyne sallaire et vacation que ladicte damoiselle luy a promis payer et bailler lors que et aultant que ladicte besongne sera faicte / est dict que en faisant ladicte besongne sy le dit entrepreneur a affaire de prix ladicte damoiselle sera tenu luy en bailler a déduire sur ladicte somme de vingt quatre livres tournois … ». (AD28)

Bien souvent, les Languedoue fournissent les matériaux, comme c’est le cas ici, pour réparer château ou murailles et payent simplement la façon, non sans prendre la précaution de faire vérifier les ouvrages par des gens de l’art. A l’article « Arts et métiers mécaniques » de l’Encyclopédie méthodique, par une société savante de gens de lettres, de savants et d’artistes, qui date de 1783, nous en trouvons l’explication : « Comme il est quelquefois difficile de vérifier l’ouvrage du couvreur, il n’a pas de peine à tromper ; il peut compter plus de tuile ou d’ardoise qu’il n’en emploie ; il peut employer de mauvases lattes et de la tuile mal féçonnée ; il peut disposer la neuve de manière qu’elle soit mêlée avec la vieille, ou qu’elle lui serve de cadre. Il n’y a que la stipulation avant que l’ouvrage commence et un examen attentif après qu’il est achevé qui puisse mettre à couvert de la tromperie ».

En 1636, un autre contrat est passé par Jean de Languedoue cette fois, pour des réparations de maçonnerie « à une grange appelée le pressoir et estables y joignans ». Ces travaux sont réalisés par Jullien Gratepin, maçon couvreur demeurant à Pussay, auquel tous les matériaux nécessaires seront là encore fournis, pour la somme de 45 livres tournois, qui lui seront payées au fur et à mesure de l’état d’avancement des travaux. Si le besoin s’en fait sentir, il devra remplacer les lattes de bois et tuiles endommagées, non sans les avoir préalablement montrées « audit sieur ». Les Languedoue surveillent étroitement leurs travaux. Ce contrat nous informe également qu’ils possédaient un pressoir et faisaient leur vin, ce qui n’est pas étonnant puisqu’un vigneron figure au nombre de leur personnel. (AD28)

L’entretien de ce château revient fréquemment parmi les tâches menées par Louise du Couldrier, tout comme la prisée et inventaire du moulin lors des changements de meuniers. Sa location ne se fait apparemment pas sans mal et nous aurons l’occasion de nous en rendre compte au chapitre sur les meuniers. Elle traite et signe les contrats autant, voire plus, que son mari, comme celui-ci donné ci-dessous à titre d’exemple, mais nous en verrons d’autre au chapitre des villageois.

Le 14 avril 1660, elle « baille et delaisse des maintenant pour toujours à tiltre de nouveau cens et rente annuelle et perpétuelle à André Bruneau cordonnier demeurant audit pussay a ce present et acceptant audit tiltre pour luy ses hoirs et ayant causes à ladvenir c’est a scavoir deux espaces d’héritages en l’une desquelles il y a une cheminée et non plancheyée sinon qu’il y a en cour quelque peu de soliveaux et l’aultre espace qui est de grange le tout a demi couvert de chaulmes et a demi usé cour devant ou il soulloit avoir une estable estant a present en masure et devant laquelle il y a un petit jardin … », moyennant un boisseau de blé froment mesure de Pussay chaque année au jour et fête de Saint-André, quatre ?? de litte ? un chapon et un denier de censive.

Dans l’ensemble, ces femmes sont opiniâtres à récupérer leur bien et défendre leurs intérêts. Jean Haillard, sa femme et leur fils Pierre devaient la somme de 62 livres à Louise, de l’époque où Jean Haillard avait été son meunier, charge qu’il avait quittée en février 1628. Louise obtient raison en juin 1660 du bailli d’Etampes à l’encontre des héritiers de Jean Baillard, cependant elle accepte en juin 1662 de ne recevoir que 47 livres qui lui seront effectivement payées. (AD28)

Elles n’hésitent pas non plus à réclamer, au besoin, leur douaire à leur fils, comme Charlotte de Châtillon envers Claude, seigneur de Pussay en partie, de la Barre et de Saint-Aignan. Le 8 décembre 1581, Claude « passa transaction en qualité d’héritier en partie de feu Claude de Languedoue son père avec damoiselle Charlotte de Châtillon sa mère pour raison du douaire que ladite damoiselle sa mère prétendoit avoir sur la seigneurie de Pussay et auxdits héritages et biens immeubles dudit deffunt son mari et par ladite transaction fut accordé que ladite damoiselle sa mère jouirait, tant que douaire auroit lieu en forme de douaire de la somme de trente trois escus d’or et de trente escus quarante huit sols huit deniers de rente viagère à prendre par chacun an sur les biens dudit Claude excepté huit escus un tiers à prendre sur ladite rente que ledit Claude son fils réserve pour la pension de Marie fille dudit Claude pour la mettre en religion ». (BNF – Cabinet d’Hozier 206)

De la même façon, Françoise de Baudoin, mère de Louise du Couldrier intentera un procès à son fils François en 1636. D’une certaine façon, ces femmes sont énergiques, signent contrats et baux et gèrent les affaires en l’absence de leurs époux. Leurs filles, nous le verrons plus loin, n’ont rien à leur envier et défendent de même leurs intérêts. Il est cependant une tâche qu’elles ne peuvent remplir à la place de leur époux : recevoir foi et hommage de leurs vassaux ; elles ne peuvent que prendre la copie que le notaire accompagnant les vassaux leur remettra. Mais là encore, il est intéressant de constater la présence au château de nombreux écuyers.

Le 28 juillet 1627, Charles Langlois, laboureur demeurant à Pussay, se rend, accompagné du notaire de Pussay, Jacques Sergent, devant la principale porte et entrée du château et « lieu seigneurial dudit Pussay appartenant à Jehan de Languedoue escuier sieur dudit lieu, là estant en son debvoir de vassal aiant la teste nue un genouil en terre sans sainture espee ny esperon, a baise le jambage d’icelle porte et entrée dudit chasteau et lieu seigneurial, et a demandé par troys diverses [fois] et a haulte voy sy ledit sieur estoit en sondit lieu seigneurial ou aultre pour luy qui aye plain pouvoir charge et puissance de recevoir lesdits vassaux dudit lieu en foy et hommage que tenu est de faire et porter, déclarant qu’il est ausdit lieu venu expres pour faire et porter lesdits foys et hommage, et offre paier les proffits et rachapts quil doilt pour raison d’un septier de terre labourable à prendre en cinq mines assises au terroir dudit pussay chantier des grand hayes tenant d’une part audit advouant et d’aultre part à Jehan Barbottain le jeune à cause du reste de la piece, en bout sur les Gastellier, tenu en plain fief foy et hommage dudit seigneur à cause de sondit chasteau et lieu seigneurial dudit pussay a tous et tels droits debvoirs proffits de fief que le fief doilt et peult debvoir touteffoy et quant que le cas escheps suivant la coustume du bailliage destampes audit advouant mouvant et appartenant à cause de lacquisition quil en a cy devant faict dudit Jean Barbottin le jeune vigneron demeurant à pussay par contract passé soulz les mesmes seing et sel cy dessus du dix huitiesme de juillet apres midy mil six cent vingt sept et pour cest effet a offer et offre comme dit est paier le proffit et rachapt d’icelle acquisition, a quoy s’est aparu ledit sieur qui a dit apres avoir veu ledit contract de vente qui luy a esté présenté par ledit advouant quil est pres de le recepvoir en foy et hommage, ledit sieur presentement paye et satisfait dudit droit de fief proffit et rachap a cause d’icelle acquisition dudit advouant dont il en acquitte et quitte sauf son droit en lautruy en touttes aultres choses … ». Ce contrat est passé par le notaire, Jacques Sergent, en présence d’Eloy Lantien, procureur fiscal de Pussay et d’Anthoine Dardilly, écuyer, sieur d’Orlu. Jean de Languedoue est présent cette fois-là, mais des écuyers se trouvent au château, même en l’absence du maître des lieux. (AD28)

Ainsi, pour chaque acquisition de terre relevant du château, les propriétaires étaient tenus de porter foi et hommage au seigneur du lieu et de lui payer un droit de rachat. Quand le seigneur n’était pas présent sur son domaine, sa femme apparaissait à sa place, mais ne pouvait le recevoir en foi et hommage : « a quoy s’est aparu damoiselle Louise du Couldrier femme et espouze dudit sieur de Pussay qui a faict response que ledit sieur son mary n’est a present en sondit lieu seigneurial ny aultre pour luy qui eusse plein pouvoir et puissance de recepvoir les vassaux en sondit lieu en foy et hommage touttefoys que luy laissant coppie des presentes elle les fera tenir audit sieur son mary pour apres faire ce quil advisera bon estre … ».

Le cas se produit pendant l’année 1628, période pendant laquelle Jean de Languedoue est très souvent absent du château, même s’il est présent en mai et juillet. Il se peut que son absence ait eu un rapport avec le siège de La Rochelle, place forte des protestants, que les troupes de Louis XIII et du cardinal de Richelieu assiégeaient. Louise du Couldrier n’est cependant jamais bien seule. En avril Charles Langlois rend à nouveau foi et hommage au château pour une mine de terre achetée à Marin Planson. Il offre « paier lesdits proffits et rachapts deubs a cause de ladite acquisition par or et argent a desterminer le revenu de lannee de ladite mine de terre ou le dire de deux prudhommes le tout au choix et obtion dudit sieur ». Louise est accompagnée de Henry de Cafardel, écuyer, sieur de Jarmignonville « estant de present audit pussay ». (AD28)

Quand Marin Chaussier, laboureur à Monnerville, se présente à la porte du château en novembre, en raison de cinq boisseaux de terre reçu en héritage de la succession de Fiacre son père, c’est encore Louise qui apparaît avec son frère Ferry, écuyer également. (AD28)

Parfois aussi, les filles ou une servante du château répondent à la place des maîtres du lieu. Le 16 juin 1628 toujours, Laurent Planson, laboureur à Pussay, accompagné du notaire de Pussay, rend foi et hommage au château, au nom et comme procureur de « noble homme messire Pierre Bredet lieutenant en la gabelle destampes et de lui fondé de lettres de procuration », pour un septier de terre labourable acquis de Cantien et Jehan Fanier le 27 mai 1628. Jean de Languedoue est absent et Catherine Adenie ? servante domestique du château répond pour lui et prend copie de sa déclaration. (AD28)

Plus tard, le 9 juillet 1660, le curé de Pussay veut rendre foi et hommage au château pour une pièce de terre, Louise de Languedoue apparaît à la place de sa mère, son père Jean est alors décédé, et fait réponse que « ladite damoiselle sa mère n’est à présent en son château et lieu seigneurial ni autre pour elle qui eut plein pouvoir pour recevoir les vassaux ». (AD28)

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Succession de Jean de Languedoue

« Par devant Jacques Sergent notaire royal … sont comparus personnellement François de Languedoue escuier sieur de Pussay Bausy et aultres lieux Louis de Languedoue Jehan Baptiste [Gaston] de Languedoue ses frères, damoiselles Louise et Charlotte de Languedoue leurs sœurs usans et jouissans de leurs droits franchises et libertés tous anffans de deffunct Jean de Languedoue vivant escuier sieur dudit Pussay et damoiselle Louise du Couldrier demeurante audit Pussay leur père et mère, lesquels de leurs bonnes vollontes sans contrainte ont accordé et accordent par ces presentes que incessamment il soit proceddé aux partages et divisions des chasteaux boys terres labourables censives rentes et droits seigneuriaux a eux appartenant a cause et comme heritiers de la succession dudict deffunct sieur de Pussay leur père en ce qui leur en peult appartenir par esgalle portion après que ledit sieur François de Languedoue aura pris son droit dainesse, et aussy viendra a partage avez eux damoiselle Françoise de Languedoue leur sœur a laquelle ladite damoiselle Louise de Languedoue a promis faire avoir pour agreable le contenu en ces presentes, et ce rapporter pour faire lestimation desdites choses et particullierement des boys et terres labourables a Eutrope Peschard laboureur demeurant à Domarville et Simon Langlois laboureur a Pussay et pour faire les arpentages desdits boys et terres aussusdits et soulzsigne arpenteur et veullent aussy que ausdits partages Pierre de Furet escuier sieur de Cenay leur cousin germain y soit present en passeront par ou il dira et promettent ne venir contre ce que en sera par luy faict a peyne de tous despans dommages et interests aux contrevenans et acorde encore que iceluy sieur de cenay prenne une personne capable avceq luy sy bon lui semble …Fait et passé au chasteau dudit pussay … en presence dudit sieur de Cenay et Sébastien Bauldon serviteur chartier demeurant audit chasteau tesmoins … ».

Deuxième page de l'acte, avec les signatures des enfants Languedoue (AD28)

Ainsi, le 16 mai 1660, les enfants de Jean de Languedoue et Louise du Couldrier demandent qu’il soit procédé instamment au partage de leurs biens, par égale portion entre eux, après que leur frère, François, ait pris ce qui lui revient en tant qu’aîné. Ils y comprennent leur sœur Françoise, qui vit alors à Paris et s’en rapportent à deux laboureurs de Pussay, Eutrope Peschard et Simon Langlois, pour faire l’arpentage des bois et terres. Ils demandent et reconnaissent Pierre de Furet, leur cousin germain, seigneur de Cernay, comme arbitre si nécessaire.

A la suite de quoi, un bail à moitié est passé le 21 août 1660, par les trois frères : « furent présents en leur personne François de Languedoue, chevalier seigneur de Pussay Bausy et aultres lieux Louis et Jean Baptiste de Languedoue ses frères tous demeurant audit Pussay », qui louent pour trois ans à Marin Thuron, laboureur à Pussay, huit muids quatre septiers trois mines de terre labourable au terroir de Pussay en plusieurs pièces et divers chantiers « dont en appartient audit seigneur de pussay six muids et ausdits Louis et Jean Baptiste de Languedoue chacun quatorze septiers troys boisseaux ». Pendant les trois années, les bailleurs fourniront la moitié de blé méteil et le preneur l’autre moitié. Ce dernier fournira par contre ce qu’il convient pour la saison de mars. A la récolte d’août, les grains seront partagés à la gerbe sur le champ, par moitié pour le blé méteil et les deux tiers au preneur pour le mars. Les terres sont franches de droits excepté la dîme que le preneur paiera. Il fournira également un agneau par an aux bailleurs à la Saint-André. De plus, il devra livrer avec ses chevaux et harnais les grains des bailleurs dans leurs granges au château, lesquels lui fourniront une grange pour mettre ses grains propres. Les faucheurs seront nourris et payés à frais communs par moitié. Le preneur prendra une partie des fumiers pour la première saison, mais laissera les pailles et fourrages de la dernière récolte. Quant aux labours qui sont déjà faits sur les terres, les bailleurs les cèdent au preneur moyennant une somme qui sera estimée par des gens de l’art sous quinzaine. Rien n’est laissé au hasard.

Ce type de contrat est assez rare chez les Languedoue qui préfèrent généralement affermer leurs terres. Cependant, celui-ci précise bien le partage fait entre les trois frères ; seul l’aîné détient le titre.

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François de Languedoue et Marie Leroux, sa première femme

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Son contrat de mariage avec Marie Leroux est daté du 18 juillet 1660 selon La Chenaye-Desbois et Badier et le 7 novembre 1661, le curé de Pussay, Hilaire Chandeboys, certifie sobrement sur son registre « avoir inhumé dans l’église de Pussay damoiselle Marie le Roux en son vivant dame dudit Pussay ». Les archives notariales sont plus explicites et le notaire écrit dans son livre à la date du 5 novembre :

Acte de décès et testament de Marie Leroux (AD28)

In nomine dominis amen

Aujourd’hui cinquiesme jour de novembre apres midy lan mil six cent soixante et ung en la présence et par devant moy Jacques Sergent notaire royal au bourg de Pussay et ce qui en deppand soulz le tabellion royal destampes et des tesmoings soulz sceings fut present en sa personne dame Marye Leroux femme et espouze de Messire François de Languedoue chevallier seigneur de Pussay Bausy et aultres lieux de luy octorizee par leffet des presentes a ce present laquelle estant de present dans le château de Pussay leur demeure et gisant au lit malade touttefoys sayne desprit et dentendement recongnoissant quil ni a rien de plus certain que la mort ni rien sy incertain que lheure dicelle ne desirant partir de ce monde sans avoir dispose de ce que dieu luy a pleu donner de bien apres quelle avoit participe comme bonne crestienne aux saints sacrements de leglise et recommande son ame a dieu le createur a la benoiste vierge Marye et a Monsieur saint Michel Lange et a tous les saints de paradis et de sa bonne volonte sans contrainte voullu declare et teste ainsy quil ensuit pour sa derniere vollonte

Premièrement elle desire que son corps soit enterre et inume dans leglise Monsieur Saint Vincent de Pussay et quil soit dict des services funeraulx pour jusques a la somme de deux cent livres tournois pour le repos de son ame ou aultres la… ? pieulx et charitables

Item la dicte dame a declare que ledit seigneur de Pussay son mari a aporte et fait entrer a leur comunaulte la somme de huit mil livres tournois ainsy quil est oblige par leur contract de mariage et pour satisfaire aux clauses dicelluy

Item elle a donne et donne par ces presentes audit seigneur de Pussay son mary tout ce que les coustumes où ses biens sont scituees luy permet de donner

Item elle a donne et donne a Messire Pierre de Furet chevallier seigneur de Senay pour la bonne amityë quil luy apporté pendant son mariage la moitye des biens qui se trouvent luy appartenir

Item a donne et donne a leglise dudit Pussay la somme de cent cinquante livres qui sera employee en fontz dheritages pour luy es… ? des services annuellement ?

Et pour acomplir le present testament ladite dame a pryé et prye humblement Messire Henry dezmasis chevallier seigneur du Tronchet demeurant paroisse Saint Mars de lacepter sellon sa forme et tesneur auquel elle a donné tout plein pouvoir et octoritte den faire et sest demise de demet entre ses mains de tout et un chacun ses biens meubles et immeubles jusque a laccomplissement des presentes lequel present testament et ordonnance desdites vollonte a este par ladite dame testatrice ainsy dicte et nommée par moy notaire susdit et soulsigne requis en la presence des tesmoings soulz signes a que sellon la coustume le requiert a elle lu et relu mot apres aultres qui a dict les bien savoir et entendre vus et entendus … ».

L’acte est signé de Languedoue, Marie Leroux, Hilaire Chandeboys prêtre et curé de Pussay, Marin Thuron laboureur, Maistre Jean Retté praticien, personne qui connaît le droit et Simon Lausmonier boucher demeurant à Pussay.

Se sachant malade et mourante, Marie Leroux souhaite recevoir les sacrements de l’église et faire son testament. Celui-ci nous apprend que François de Languedoue a apporté 8000 livres à leur communauté pour satisfaire aux clauses de leur contrat de mariage. Elle lègue à son époux tous ce que les coutumes du lieu où sont situés ses biens lui permet de donner, et à Pierre de Furet, en réalité seigneur de Cernay-la-Ville, la moitié de ses biens, pour la bonne amitié qu’il lui a témoigné pendant son mariage. Elle nomme Pierre Desmazis, seigneur du Tronchet pour son exécuteur testamentaire. Pierre de Furet, cousin germain des Languedoue, semble très apprécié d’eux. Les frères et sœurs Languedoue, François, Louis, Jean Baptiste Gaston, Louise et Charlotte, s’en étaient déjà remis à lui pour régler la succession de leur père Jean le 16 mai 1660.

Marie Leroux n’aura pas vécu longtemps à Pussay. Elle a cependant eu le temps de signer elle aussi quelques contrats :

A suivre

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François de Languedoue et Hélène de Compans-Becquet, sa seconde femme

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François de Languedoue n’avait pas eu d’enfant de son premier mariage avec Marie Leroux. Quatre ans après son décès, le 28 juin 1665, le curé de Pussay lui délivre un certificat « pour aller espouser dame Hélène de Compans Bequet veusve de Mre Jacques de Fitte vivant chevalier seigneur du parc de la paroisse de Sours ». Seules trois filles survivront de ce mariage. Jean-Marie Constant nous explique que « la façon la plus apparente de quitter la scène de l’histoire pour un lignage, était de s’achever par des filles. Henri de Villeneuve, maître des comptes puis conseiller d’Etat, par testament en 1645, donna sa terre et seigneurie d’Ouarville à son neveu, à condition qu’il accolât le nom de Villeneuve au sien. Désormais la famille de Languedoue ajouta à son illustre patronyme qui remontait aux alentours du 13ème siècle, celui bien récent d’un robin. Ils se nommèrent tous ensemble Villeneuve-Languedoue ».

A suivre

Sources :

Archives nationales – Séries J et P

Archives départementales des Yvelines – Dossier D 1488

Archives départementales de l’Essonne – Dossier B 2617 – Prévôté de Pussay

Archives départementales de l’Eure-et-Loir – archives notariales 2 E 34

Bibliothèque Nationale de France – Cabinet des titres – Cabinet d’Hozier 206, Nouveau d’Hozier 202, Manuscrits français Fr 32872, Pièces Originales 1644

Dictionnaire de la noblesse de La Chenaye-Desbois et Badier

Jean-François d’Hozier dans « L’impôt du sang ou la noblesse de France sur les champs de bataille », 1876

Jean-Marie Constant – « La société française aux 16ème, 17ème, 18ème siècles » – Synthèse & Histoire – OPHRYS,  » La vie quotidienne de la noblesse française aux 16ème et 17ème siècles » – HACHETTE, « Nobles et paysans beaucerons aux 16ème et 17ème siècles » – Thèse – Lille III – 1981

Ernest Menault – Angerville la Gate

site www.histoweb.fr/higeal.htm pour la famille d’Allonville

Les côtes précises des documents d’archives cités sont à la disposition des personnes intéressées qui nous en feront la demande

4 réponses à “Les seigneurs de Languedoue”

  1. Rousseau dit :

    Bonjour,
    Une rectification s’impose, à savoir :
    Article : Jean III de Languedoue,
     » 3.et Olive, femme de Renaud de Gouffier, Chevalier de l’Ordre du Roi, « fils de Claude, Grand Ecuyer de France, Gentilhomme de la Chambre du Roi, « dont elle eut Marguerite de Gouffier, Dame de Réclainville, Terre qu’elle porta en mariage, avec 200 francs d’or (dont le Duc de Bourgogne avoit gratifié Catherine Chenard, sa grand’-mère), à Jean d’Allonville, tige de toutes les branches de cette Famille. »
    Renaud Gouffier est peut-être le fils de Claude Gouffier, mais en aucun cas de Claude, Grans Ecuyer de France, étant donné que ce dernier est né en 1501 et décédé en 1519.
    Cordialement

    • admin dit :

      Bonjour,

      Merci pour votre commentaire et toutes vos précisions. Comme vous avez pu le constater, nous n’avons fait que reproduire ce que La Chesnaye-Desbois et Badier avait écrit dans leur dictionnaire de la noblesse. Nos recherches personnelles dans les archives ne commencent qu’avec Guillaume de Languedoue, puisque nous nous limitons à Pussay. Nous serions donc ravis de connaître vos sources d’une part et de savoir si vous possédez par ailleurs des compléments d’information sur les Languedoue.

      Cordialement

      Anne-Marie et Jean-Luc Firon

  2. Clause dit :

    Bonjour,

    je suis personnellement intéressé par Marie Anne, fille de Claude et Anne Le Gros. En effet elle épouse un Jean-Jacques Langlois sieur de Cisery, dont le fils pourrait être un cousin dans une généalogie descendante parisienne.

    • admin dit :

      Bonjour,
      Le Claude de Languedoue dont vous parlez fait partie de la branche des Languedoue de Dommerville, Plessis-Saint-Benoît, Saint-Aignan. Il a épousé Anne Le Gros effectivement par contrat passé le 12 février 1689 devant Morlon et Caillet, notaires au Châtelet de Paris, information issue du dictionnaire de la noblesse de La Chesnaye-Desbois. Je n’ai donc pas d’information relative à ce Languedoue puisque je ne me suis intéressée jusqu’à présent qu’à la branche des Languedoue de Pussay, mais vous pourriez peut-être en trouver dans le contrat de mariage (les notaires de Paris sont en ligne, mais il faut ensuite aller consulter l’acte aux AN). Je sais par ailleurs qu’il y a des informations sur les Languedoue à la BNF, mais je n’ai consulté que celles relatives à Pussay.
      Cordialement
      Anne-Marie Firon

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