Mariages

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La tradition veut que la noce au grand complet, mariés en tête, défile dans les rues après la cérémonie à l’église, précédée d’un violoniste et d’un trompettiste. Les deux musiciens figurent d’ailleurs sur la photo du mariage.

Défilé de la noce de Georgine Gaultier et Julien Michau en 1912. Les musiciens sont Albert et Aristide Boulommier.

 

Le 10 novembre 1917, mariage à Gommerville de Marius Rebiffé et de Fernande Ronquant

 

Le 15 novembre 1919, mariage à Pussay de René Lamazure et de Abélia Maraby et de

 

Le 17 novembre 1919, mariage à Pussay de Abel Julien Hatton et de Suzanne Drouet

 

Le 20 mars 1922, mariage à Pussay de Robert Souvay et de Thérèse Rebiffé

 

Le 4 octobre 1924, mariage à Pussay de Raymond Julien Mayer et de Madeleine Henriette Pillet

 

Le 5 mars 1925, mariage à Ligny le Ribault de Jacques Félix Samson et Raymonde Yvonne Leroux

 

Le 30 mai 1925, mariage à Pussay de Abel Paul (Roger) Péan et de Renée Fernande Pillet

 

Le 24 juillet 1926, mariage à Pussay de André Lucien Marquiant et de Germaine Louise Pillet

 

6 octobre 1930 – mariage Rebiffé Jacques et Dorge Isabelle

 

Le 7 septembre 1953, un mariage dans la tradition défile dans les rues de Pussay. Les toilettes des jeunes filles sont de couleur claire, celles des dames plus âgées sont de couleur sombre, mais quelles qu’elles soient elles sont superbes et reflètent la mode de l’époque. Le défilé est lui aussi traditionnel : il part de la maison de la jeune fille pour aller jusqu’à la mairie puis l’église.

Mariage de César Leblanc et de Simone Pillet

 

Mariage de Marcel Morère et de

 

mariage

 

Mariage de

 

Mariage

 

Mariage de André Lorillard et de

 

Mariage de

 

Mariage de

 

Mariage de

 

Mariage de

 

Mariage 23

 

Mariage 24 -

 

Mariage Pichard - Ronquant

Mariage Pichard – Ronquant

 

Mariage Sevestre - Ronquant

Mariage Sevestre – Ronquant

 

 

Les registres de Pussay commencent le 31 octobre 1604, mais seuls les baptêmes y sont régulièrement inscrits. Quelques mariages sont mentionnés de 1605 à 1609, puis en 1637 et 1638, mais ce n’est qu’à partir de 1660 qu’ils sont enregistrés de façon suivie, encore qu’une interruption survienne de 1679 à 1682. Le tableau ci-dessous montre sur la période considérée, le nombre de mariages célébrés et la moyenne de mariages par an :

Période                        Nombre de mariages               Moyenne

1660 à 1678                           48                               2,53

1683 à 1699                           57                                3,35

1700 à 1724                           73                               2,92

1725 à 1749                           81                               3,24

1750 à 1774                           101                             4,04

1775 à an 7                             122                             4,88

An 8 à 1824                            131                             5,04

1825 à 1849                           169                             6,76

1850 à 1874                           196                             7,84

1875 à 1899                           305                             12,20

L’évolution se fait progressivement jusqu’au dernier quart du 19ème siècle qui voit le nombre des mariages et la population de Pussay exploser, en raison de l’industrialisation du bourg, les jeunes mariés venant de toute la France et principalement du Cantal et de la Corrèze. Ces chiffres, lissés sur un quart de siècle, cachent cependant quelques disparités : il faut ainsi noter une diminution sensible des mariages sur la période 1700-1724 et même un peu plus.

On se marie peu de 1706 à 1738, un, voire deux, quand ce n’est pas aucun mariage. Le début du 18ème siècle est difficile : hivers extrêmes ou grande sécheresse, récoltes aléatoires et épidémies sont la cause de décès en dents de scie, auxquels les mariages emboîtent le pas. Quelques années font exception : 1711-1712, consécutives à de très forts décès les années précédentes, 1719 avec 8 mariages qui ne s’expliquent pas trop, une légère augmentation de 1725 à 1727 suite à une mortelle année 1724 (30 décès), suivie à nouveau d’un pic inexpliqué en 1731 (6 mariages).

Une des explications à ce phénomène est la compensation qui s’opère naturellement après de forts décès : il faut renouveler la population. C’est le cas de l’année 1669 qui enregistre 5 mariages après 22 décès alors qu’il n’y a eu qu’un seul mariage en 1668 et de l’année 1695 qui enregistre 8 mariages après 35 décès en 1694, « grand hiver », récolte catastrophique, épidémies. C’est aussi le cas des années 1711 et 1712 après les terribles hivers 1708, 1709 où 24 et 28 personnes décèdent alors que la moyenne est à l’époque de 16 décès par an, et surtout 1710, année de très grand froid où 74 personnes décèdent à Pussay. Le même phénomène s’observera en 1834 après le choléra des années 1832-1833.

Par contre, cette explication ne s’applique plus pour les années 1719 (8 mariages), 1731 (6 mariages), 1777 (8 mariages) et 1791-1792 (9 et 10 mariages).

Les années 1742 et 1743 semblent marquer une charnière : les mariages sont nombreux, 7 mariages sur chacune de ces années. Il est vrai que les décès, 27 et 29, excèdent la moyenne, mais ces années arrivent aussi après une longue période où il y a eu peu de mariages et semblent annoncer une période plus faste. A partir de 1750, les mariages augmentent et les décès diminuent légèrement. Trois exceptions : l’année 1770, un mariage et 30 décès, l’an 3, un mariage mais il y en avait eu 9 et 10 en 1791 et 1792 et l’an 7 aucun mariage. C’est également l’époque où les métiers du bas prolifèrent. Les jeunes mariés vivent à Pussay, alors que leur famille et leurs parents n’en sont pas originaires, même si cette origine reste encore très proche de Pussay. il est de plus en plus souvent précisé dans les registres que l’un ou l’autre sont domiciliés à Pussay depuis plus de 6 mois ou parfois moins ou encore demeurent de fait à Pussay mais de droit à tel autre endroit.

Sur les six époux de 1752, aucun n’habite Pussay : ils viennent de Monnerville, Méréville, Outarville, Gommerville, Mérouville et Mérobert. Cela reste la proche région, mais atteste d’une certaine circulation. Beaucoup de jeunes femmes sont domestiques à Pussay, étant nées ailleurs, leurs parents étant décédés ou résidant et travaillant dans la ville où elles sont nées. A l’inverse, d’autres parents sont venus travailler à Pussay comme ouvrier en laine, après la naissance de leurs enfants.

Le 19ème siècle est caractérisé par une évolution constante et soutenue des mariages jusqu’à l’explosion des années 1893.

Au début du siècle, cinq années sont à marquer d’une pierre blanche : 1813 à 1817 avec respectivement 12, 1, 9, 11 et 8 mariages, alors que la moyenne de ce début de siècle n’excède pas 5 mariages par an, l’année 1814 s’en démarquant avec un seul mariage. Ce n’est probablement pas un hasard sachant que cette période correspond aux guerres napoléoniennes qui nécessitent depuis quelque temps déjà un nombre important de conscrits.

Au début de l’Empire, le contingent annuel de conscrits se divisait en deux fractions de 30 000 hommes, l’une active et l’autre de réserve. De 1805 à 1809, la conscription appela un nombre encore limité de jeunes gens. A partir de 1810-1811, il augmenta et les années 1812-1813 furent les plus lourdes. Le 1er septembre 1812, un senatus-consulte mobilise 120 000 hommes. Le 11 janvier 1813 un autre senatus-consulte mobilise 350 000 hommes. La loi Jourdan-Delbrel votée par la Révolution, régissait toujours la conscription. Elle avait établi le service obligatoire pour tous les célibataires de 20 à 25 ans. Il semble cependant que sous l’Empire, le mariage devait avoir eu lieu avant la date de promulgation de la levée de la classe.

Cette année-là plusieurs jeunes hommes de 19 et 20 ans se marient ce qui n’est tout de même pas l’habitude chez les garçons à l’époque. Or pour deux d’entre eux, les registres précisent que ce sont des conscrits de 1813 : Germain Marchand, né le 9 novembre 1793, manouvrier, se marie le 9 juin avec Marie Anne Roulleau, 19 ans, domestique ; Jean-Pierre Breton, né le 29 août 1793, ouvrier en laine, se marie le 16 décembre avec Amable Sophie Lemaire, 20 ans.

L’année suivante, il y avait forcément moins de monde à marier et elle illustre ce que nous allons voir s’accentuer ensuite : les soldats, porteurs d’un congé de réforme, renvoyés dans leur foyer comme soutien de famille ou avec une autorisation du sous-préfet pour se marier et parfois même sans permission, se marient. Napoléon abdique en avril 1814 et les conscrits sont libérés. C’est le cas du mariage de 1814, de 5 mariages sur les 9 de 1815 et de 5 également sur les 11 de 1816. L’âge des maris est alors nettement plus élevé qu’en 1813.

Le pic de 1822-23 serait-il lié lui aussi à l’expédition d’Espagne menée en avril 1823 pour rétablir Ferdinand VII sur son trône ou au rétablissement de la conscription par la loi Gouvion-Saint-Cyr de 1818 ? A moins de justifier d’une situation particulière et d’être exempté ou remplacé, le conscrit devait effectuer une période de six ans, portée à sept en 1832 et pendant ce temps il ne pouvait se marier.

Les 14 mariages de l’année 1834 succèdent, quant à eux, à l’hécatombe provoquée par le choléra en 1832-33. Les pics de 1842 et 1846 se constatent sans plus d’explication.

A partir de 1850, le brassage de population déjà constaté s’accentue : les époux peuvent être nés à Pussay mais travailler ailleurs, comme ils peuvent venir d’ailleurs travailler à Pussay. Le profond changement qui s’opère, c’est que ces derniers viennent maintenant de toute la France et même parfois de l’étranger, quelque soit leur sexe, entraînant une augmentation de la population et par conséquent des mariages. Il n’est pas rare de voir un jeune homme débarquer une année de sa province et de constater les années suivantes qu’un ou plusieurs autres, jeunes hommes ou jeunes femmes, arrivent du même coin, voire de la même ville. Ce phénomène est directement lié à l’industrialisation du bourg, puisque ces jeunes sont ouvriers ou ouvrières en laine ou en cuir.

Les pics de mariage des années 1862-63, 1866-67 et 1873 peuvent être liés à des décès plus importants que la moyenne les années les précédant. Ensuite, la population s’accroît considérablement et fait même un bond à partir des années 1890. En 1893 sur les 25 époux, 16 sont ouvriers bonnetiers ou cordonniers, les usines travaillaient à la fois la laine et le cuir. A côté d’eux il y a un musicien dont les bals sont très populaires dans la région, un boulanger, deux charretiers, un clerc de notaire fils d’un ancien fabricant reconverti, deux journaliers, un charcutier, un menuisier. Huit jeunes femmes ont entre 17 et 19 ans. 11 d’entre elles sont ouvrières en laine, 3 sont domestiques, une lingère, une journalière, la profession des autres n’étant pas mentionnée. D’où viennent ces jeunes gens, nous allons tenter d’y répondre.

L’ORIGINE DES ÉPOUX

L’année 1605 voit 3 mariages, dont celui de Jehan Bordeau d’Angerville avec Marie de la Fosse de Pussay, et 3 « congés baillés » à Lucas Compaignon, pour se marier à Jacquette Lesage de la paroisse de P……… ; à Denis Lesage, pour se marier à Jehanne Peigné de Thionville et à Louis Lancien pour se marier à Magdaleine Omoe de Saint-Martin d’Etampes.

5 mariages sont notés en 1606, dont celui d’Estienne de la Vallade avec Françoise de Languedoue et celui de Laurent Lantien de Pussay et Jehanne Leblanc de la paroisse de Saint-Paul d’Orléans dont il est dit qu’il a été administré audit Orléans.

Un mariage en 1607, mais quatre dans le premier semestre 1609, dont ceux de Mathurin Pelletier et de Yolande de Forges en la paroisse de Denonville et de Lubin Geny avec Gillette Leprince d’Intréville.

Dès le début du 17ème siècle, les mariages ne sont donc pas confinés à la paroisse de Pussay, les habitants circulent et les époux peuvent aller se chercher assez loin, la plus grande distance étant Orléans à 50 km. Cela nous rappelle la plainte portée par les habitants auprès de François 1er, dans laquelle ils indiquaient que leur bourg était situé en un pays fertile et bon « auquel y a grand quantite de peuple et plusieurs marchans y affluans et demeurans ». Nous étions en 1546 et les marchands affluaient déjà.

Ensuite l’enregistrement des mariages fait défaut, excepté en fin de l’année 1637 et au début 1638, où 14 inscriptions ont échappé à l’oubli : 9 mariages et 5 certificats pour aller se marier à Gommerville, Janville, Monnerville et Oysonville. Deux époux viennent de Thionville, tout à côté, et un autre est originaire de la paroisse de Bausy, diocèse d’Orléans, autre seigneurie appartenant aux Languedoue et d’ailleurs Jean de Languedoue est présent au mariage.

Dans tout ce qui suit, seule l’origine des époux se mariant à Pussay est prise en compte, ce qui ne reflète bien sûr pas la population entière du bourg. De même que les époux allant généralement se marier dans la ville de leur épouse, peuvent revenir s’installer à Pussay là où se trouve leur travail, de même les époux venant se marier à Pussay peuvent retourner dans leur pays, comme aussi rester sur place. Cette étude permet simplement de constater que la circulation des hommes se fait très tôt et qu’une évolution très nette va se produire au 19ème siècle.

Période 1660-1699

Les registres paroissiaux mentionnent 105 mariages sur cette période, mais ne donnent pas toujours la provenance des époux. Celle-ci est omise pour 28 époux et 33 épouses. Parmi les 77 hommes restants, 31 sont de la paroisse de Pussay, alors que 46 viennent d’une autre paroisse :

–         23 sont originaires de villes de l’ancienne Seine-et-Oise généralement très proches de Pussay, Angerville ou Méréville, mais il faut noter également Authon-la-Plaine, Etampes, Villeconin ou Allainville pour les plus éloignées ;

–         18 sont originaires de l’Eure-et-Loir, toute proche ;

–         5 viennent du Loiret également très proche, Autruy ou Boisseaux.

Les épouses sont essentiellement originaires de Pussay, mais ce n’est guère surprenant puisque, généralement les mariages se font dans la paroisse de la femme. Seules 4 d’entre elles viennent de paroisses voisines : Angerville, Méréville, Andonville et Rouvray-Saint-Denis. L’origine des époux et des épouses reste donc encore très locale.

Le curé de Pussay délivre des certificats à ceux qui se marient dans une autre paroisse, mais peu sont notés dans les registres. Il en remet quatre en 1664 : trois à des hommes pour se marier à Angerville, Gommerville, Monnerville et un à une femme pour Allainville. En 1665, il en délivre à trois hommes pour Moulineux, Intréville et Sours où François de Languedoue épouse en secondes noces Hélène de Compans Becquet. Et en 1666, il en délivre deux : l’un à une femme veuve pour Intréville et l’autre à un homme pour Méréville.

Période 1700-1749

Cette période connaît 154 mariages et toujours quelques provenances inconnues pour 22 époux et 23 épouses. Sur le nombre restant, 74 époux sont de Pussay et 58 arrivent d’ailleurs :

–         ils sont cette fois-ci plus nombreux à venir de l’Eure-et-Loir : 34, mais restent très proches de Pussay : Gommerville, Grandville-Gaudreville, Oysonville ;

–         21 arrivent de Seine-et-Oise, dont 6 de Monnerville, les villes les plus éloignées étant Etampes et Allainville

–         3 du Loiret encore très proche.

Pour les mêmes raisons, les épouses sont essentiellement de Pussay hormis 11 d’entre elles :

–         6 de Seine-et-Oise : La-Ferté-Alais, Châlo-Saint-Mars et Richarville pour les plus éloignées ;

–         3 de l’Eure-et-Loir et 2 du Loiret.

L’origine reste toujours très localisée, presque plus qu’au 17ème siècle.

Période 1750-1799

Le nombre de mariage augmente sensiblement : 223 sur cette période, l’origine des époux étant inconnue pour 16 d’entre eux et 19 d’entre elles. 111 d’entre eux résident à Pussay et 96 viennent de l’extérieur, à savoir :

–         53 de l’Eure-et-Loir, principalement Grandville-Gaudreville, Gommerville, Oysonville, Intréville, Maisons, Oinville-Saint-Liphard, Rouvray-Saint-Denis, Sainville ;

–         39 de Seine-et-Oise, Angerville et Méréville bien sûr, mais aussi Etréchy et Etampes

–         2 du Loiret.

Petite nouveauté qui va s’amplifier sur le demi-siècle suivant : 2 époux viennent de la province, de Nemours et Larrazet près de Montauban. En 1769, André Delpech, chirurgien, résidant de droit dans la paroisse de Larrazet diocèse de Montauban et de fait à Pussay et ci-devant à la Magdeleine en la cité à Paris épouse Marie-Anne Billarand, résidant de droit dans la paroisse d’Oysonville et de fait à Pussay et ci-devant à la Magdeleine en la cité à Paris. Elle est la sœur de Jean-Jacques, instituteur à Pussay et les époux resteront à Pussay au moins jusqu’en 1775.

Le second, Simon Valentin Masson, épouse en 1790 Marie Rosalie Rousseau. Il réside de droit et de fait dans la paroisse de Saint-Jean-Baptiste de Nemours, elle réside de droit et de fait dans la paroisse d’Auneau et le curé de cette dernière a permis de célébrer le mariage à Pussay, où Marie Rosalie est liée à la famille Dujoncquoy. Lorsqu’il est témoin à la naissance de Joséphine Dujoncquoy en 1795, Simon est marchand mercier à Pithiviers.

Ces deux couples ne sont pas restés très longtemps à Pussay, mais les choses vont évoluer très vite au siècle suivant.

Concernant les femmes, 19 sont d’origine inconnue, 187 résident à Pussay et 17 viennent de l’extérieur, savoir :

–         9 d’Eure-et-Loir,

–         7 de Seine-et-Oise : 3 de Mérobert, 2 d’Etampes, 1 de Longjumeau et 1 d’Etréchy,

–         1 du Loiret.

Thérèse Lemaire réside de droit et de fait à Longjumeau quand elle épouse Louis Jérôme Breton, apprêteur de bas à Pussay, le 23 février 1778. L’acte ne dit malheureusement pas ce qu’elle y fait, mais ses parents habitent Pussay où son père est également apprêteur de bas. Le couple s’installera définitivement à Pussay. A l’époque du mariage, l’époux est soldat provincial de la levée de 1775 pour la paroisse de Pussay, élection de Dourdan, et a reçu de l’intendant d’Orléans la permission de se marier en date du 31 décembre 1777.

Période 1800-1849

Cette période compte 300 mariages, toujours en progression par rapport à la période précédente. Sur les 300 époux, 173 habitent Pussay et 127 ailleurs. Les épouses habitent en quasi-totalité Pussay, excepté 23 d’entre elles. Quelle est donc l’origine de ces 127 hommes qui prennent femme à Pussay :

–         Ils arrivent à égalité de l’ancienne Seine-et-Oise et de l’Eure-et-Loir voisin, 51 époux pour chacun de ces départements : Angerville, Méréville, Monnerville, Congerville et Chalou-Moulineux restent les voisines privilégiées, mais Etampes est maintenant la principale pourvoyeuse avec 9 époux en provenance de cette ville. Côté Eure-et-Loir, Intréville et Oysonville lui font concurrence avec chacune 8 époux, suivies par Grandville Gaudreville et Gommerville à deux pas de Pussay, plus une multitude d’autres villes.

–         Toujours peu d’époux en provenance du Loiret

–         Mais les maris commencent à arriver de plus loin : Chevreuse, Dreux, Chartres, Orléans, Châteaudun, le Calvados et Paris avec 6 époux. Deux d’entre eux habitent Paris, mais sont nés, l’un à Arcis-sur-Aube et l’autre au grand-duché de Bade. En 1832, Louise Anne Sophie Belzacq, fille de fabricant de bas, épouse à 24 ans, Joseph Pfaff. Il a 27 ans et il est horloger à Paris, étant né à Schoenwald au grand-duché de Bade. L’un de ses frères, Mathias, est aubergiste à Etampes, l’autre, Antoine, horloger à Janville. L’un des frères de Louise, Louis Ambroise, 28 ans, est fabricant de bas comme son père, l’autre, Pierre Louis, 25 ans, est commis bonnetier à Paris. Toujours en 1832, Louise Clémentine Dujoncquoy, 18 ans, née à Mérouville de Jean-Pierre, fabricant de bas, fils de Pierre-Paul Dujoncquoy, épouse Louis Auguste Gillain, 31 ans, né à Arcis-sur-Aube, où sa mère réside toujours, et marchand de bas à Paris.

Pour la petite histoire, Marie Adélaïde Gatineau, 33 ans, se marie en 1822 avec Jean Hasik, 38 ans, né à Tura Luka en Hongrie. Jean avait habité pendant plusieurs années le hameau de Liphard chez le sieur Thirouin, fermier, puis était resté trois ans à Chalou-Moulineux et il était maintenant depuis trois mois à Pussay. Il n’avait pu fournir d’acte de naissance pour son mariage, seulement un acte de notoriété.

Deux phénomènes se font ainsi jour sur cette période :

–         les Pussayens bougent, voyagent et les relations entre l’Aube, Paris et Pussay concernant la bonneterie et établies depuis longtemps, s’accroissent, de même que les fabriques qui donnent du travail aux ouvriers ;

–         par ailleurs, cette activité amène un nombre croissant d’hommes à venir s’installer à Pussay : artisans, commerçants et aussi du personnel de maison.

Parmi les 173 époux habitant Pussay, 23 sont nés ailleurs, principalement dans l’Eure-et-Loir, mais l’un vient d’Orléans, un autre de Rambouillet et un troisième est né à Anzême dans la Creuse où ses parents sont enterrés : Antoine Picaud, 25 ans, ouvrier maçon épouse, le lundi 19 mai 1834, Adélaïde Hortense, 21 ans, fille de Jean, maçon à Pussay. La Creuse fournira plusieurs maçons à Pussay.

A l’inverse, seulement 2 époux nés à Pussay, habitent ailleurs : l’un à Oysonville, le deuxième à Viabon où il est charron, son frère de 37 ans l’étant déjà à Pussay. Les hommes n’ont donc pas tendance à partir de Pussay, car ils trouvent du travail sur place et bien au contraire, un flux important de jeunes hommes y arrive, attirés par cette activité industrielle.

Les jeunes femmes ne sont pas en reste :

–         les 23 « étrangères » se répartissent également, comme les hommes, entre l’ancienne Seine-et-Oise, Angerville et Etampes, et l’Eure-et-Loir d’un peu partout, plus trois du Loiret ;

–         41 de celles qui habitent à Pussay sont nées ailleurs, dont 35 dans l’Eure-et-Loir ;

–         6 nées à Pussay sont parties travailler ailleurs, où elles ont parfois trouvé leur mari. C’est le cas de Marie Julie Douce, 24 ans, née à Pussay, travaillant comme domestique à Intréville dans l’Eure-et-Loir où elle rencontre son mari Pierre François Chapard, journalier, soldat au 3ème régiment de tirailleur et autorisé, en cette année 1815, à se marier par le sous-préfet d’Etampes.

En 1816, Marie Geneviève Belzacq, 23 ans, née à Pussay, domestique à Saint-Cloud, épouse Jean-François Méry, 20 ans, ouvrier en laine de Pussay. Quant à Rose Eugénie Bertrand, elle est femme de chambre à Paris en 1827 quand elle épouse à 25 ans, Thomas Alexandre Modeste Baranton, instituteur à Pussay, lui-même né à Congerville. Beaucoup de ces jeunes femmes étaient domestique, lingère, couturière, cuisinière que ce soit à Pussay ou ailleurs.

Un mariage annonce peut-être le bouleversement qui va s’opérer sur la période suivante : Antoine Prach épouse en 1842 Clémence Belzacq, fille d’un fabricant de bas décédé. Il habite Etampes où il est fabricant de parapluie, mais il est né à Servières-le-Château où demeurent ses parents, en Corrèze. Etait-ce le premier d’une longue lignée ?

Période 1850-1899

En cette seconde moitié du siècle, les mariages font un bond à Pussay et atteignent le chiffre de 501. 318 époux habitent Pussay, les 183 autres viennent d’ailleurs :

–         73 de l’Eure-et-Loir, de villes très proches de Pussay pour la plupart, au premier rang desquelles Gommerville et Grandville-Gaudreville, mais aussi Mérouville, Rouvray, Auneau, Ardelu, Baudreville et plusieurs autres ;

–         50 de la Seine-et-Oise, de villes là encore très proches de Pussay, comme Monnerville, Méréville, Angerville, Congerville, Etampes

–         18 de la Seine-et-Oise, de villes plus éloignées comme Arpajon, Corbeil, Longjumeau, voire Argenteuil

–         18 de Paris

–         13 du Loiret, dont 7 d’Orléans

–         11 des autres départements dont deux de Suisse et d’Alger. Notre époux suisse est né dans l’Oise où ses parents sont toujours domiciliés et il exerce la profession de comptable à Lucens dans le canton de Vaud. Comment a-t-il connu sa future dont les parents sont cafetiers à Pussay, mystère ?

A noter que seuls, dix de ces époux sont nés à Pussay. Le brassage de population est donc très important. L’un est employé de chemin de fer à Tivernon, un autre, journalier à Chalou-Moulineux, un troisième, tailleur d’habits à Ouarville, il y a également un limonadier à Paris, un instituteur public à Paray-Douaville, un boucher à Arpajon, qui se marient tous les six à des filles de Pussay et repartent exercer leur métier dans leur ville respective. Le cocher qui réside à Méréville épouse une jeune femme de Pithiviers. Le clerc de notaire qui exerce à Orléans se marie à une Pussayenne née à Troyes dont la famille est en relation avec les fabricants de bonneterie de Pussay. Le mécanicien établi à Orléans épouse une Parisienne, dont le père, originaire de la Sarthe puis charcutier à Sèvres avait épousé en 1866 une Pussayenne originaire d’Etampes. Enfin, le clerc de notaire parti à Alger se marie à une Pussayenne et restera à Pussay.

Il n’y a donc pas là de bouleversement important, si ce n’est le nombre plus élevé d’époux en provenance de l’extérieur, nombre lié à l’accroissement de l’activité industrielle. Ce qui change profondément, c’est l’origine des 318 époux habitant maintenant Pussay. Sur la période précédente, sur les 173 époux habitant Pussay, seuls 23 étaient nés ailleurs, soit 13 %. Sur cette période, sur les 318 époux habitant Pussay, 121 sont nés ailleurs, soit 38 % :

–         l’Eure-et-Loir fournit toujours un gros contingent : 29,

–         suivi de l’ancienne Seine-et-Oise et Paris : 21

–         puis du Loiret : 13,

–         la nouveauté tient au fait que 58 époux arrivent de 18 autres départements, parmi lesquels il faut distinguer le Cantal et la Corrèze qui fournissent chacun 10 époux. Ceux-ci montent à Pussay année après année et les épouses vont suivre. Ces nouveaux venus travaillent comme ouvriers en laine, apprêteurs ou fouleurs dans les usines, tandis qu’en règle générale les jeunes hommes qui n’habitent pas Pussay quand ils se marient et qui s’y implantent sont plutôt artisans ou commerçants. Cependant, parmi ces derniers, beaucoup ne s’installeront pas à Pussay et repartiront dans leur lieu de résidence après le mariage.

Cet accroissement de main d’œuvre nécessite une infrastructure nouvelle et, par exemple, un médecin venu du département du Nord s’installe à Pussay, deux maçons montent de la Creuse en 1857 et 1858, un maréchal ferrant et un chaudronnier ferblantier du Maine-et-Loire, un menuisier du Cher.

Côté femme, 460 sur 501 habitent Pussay, seules 41 viennent de l’extérieur :

–         13 de Paris, dont 10 sont nées à Pussay,

–         11 de l’ancienne Seine-et-Oise, dont 6 d’Etampes, 3 étant nées à Pussay,

–         4 du Loiret,

–         3 de l’Eure-et-Loir,

–         les autres arrivant de Seine-et-Marne, et, fait nouveau, du Cantal et de la Corrèze.

Là encore, le changement se produit au niveau des 460 résidentes à Pussay, qui y résident d’ailleurs parfois depuis moins de six mois, car 106 d’entre elles sont nées ailleurs :

–         42 dans l’Eure-et-Loir,

–         24 dans l’ancienne Seine-et-Oise y compris Paris,

–         9 dans le Loiret,

–         mais 31 dans 15 autres départements, dont 8 pour chacun des départements du Cantal et de la Corrèze et 3 pour l’Aube.

Les jeunes femmes ont précédé ou suivi ceux qui allaient devenir leur époux à Pussay. Ils sont ouvriers en laine ou en cuir, apprêteurs ou fouleurs, elles sont ouvrières en laine comme eux. Le 15 janvier 1898, Denis Meyrou, 24 ans, ouvrier cordonnier à Pussay, originaire de Soursac en Corrèze où ses parents sont décédés, épouse Amélie Aubert, 19 ans, ouvrière en laine, née et résidant encore à Soursac. Leurs témoins sont des amis et un beau-frère ouvriers bonnetiers à Pussay.

LES DISPENSES

Des dispenses étaient accordées pour empêchement de consanguinité ou d’affinité, pour non publication des trois bans consécutifs, pour faire les fiançailles en même temps que le mariage ou pour se marier pendant le temps prohibé de l’Avent. L’un des préceptes de l’Eglise préconisait de ne pas célébrer de mariages à l’époque de l’Avent et du Carême, c’est-à-dire du premier dimanche de l’Avent à l’Epiphanie et du premier jour de Carême à l’octave de Pâques. Leur célébration n’était pas interdite, mais il convenait de ne pas les célébrer de façon solennelle pendant ces périodes consacrées à la pénitence et à la prière.

Il ne se trouve aucune dispense dans les registres de Pussay pour le temps du Carême. Par contre, en 1756, pour la première fois, deux mariages sont célébrés en décembre et ont obtenu une dispense. « L’an mil sept cent cinquante six vingt neuf décembre, après les fiançailles faites en cette église, et les bans publiés par trois jours de dimanches et fêtes non consécutifs entre Ambroise Bestault fils majeur de feu Antoine Bestault et de deffunte Marie Bordier d’une part, et Marie Anne Buret majeure veuve de Louis Bourdeau d’autre part sans qu’il se soit trouvé aucun empêchement civil ou canonique au futur mariage des susdites parties, vu la dispense accordée de Monseigneur l’évêque de Chartres à cause du tems de l’Avent sous le seing de Monsieur M… vicaire général en datte du vingt huit du présent mois et an que dessus signé M… vic. gen. et contresigné Guillard avec paraphe, nous curé de Pussay soussigné avons procédé à la célébration du mariage desdites parties… ».

Il est ajouté pour le second mariage : « L’an mil sept cent cinquante six le mercredi vingt neuf décembre après les fiançailles faites en cette église et deux bans publiés seulement parce qu’on a obtenu dispense du troisième en même tems celle à cause de l’Avent … ». Ce mariage a bénéficié d’une dispense pour le troisième ban et le temps de l’Avent et, comme le précédent, il est célébré un mercredi, ce qui est rare pour l’époque.

Juste avant, la même année, une dispense pour affinité au quatrième degré est également octroyée : « L’an mil sept cent cinquante six le cinquiesme jour d’octobre après les fiançailles et publications de bans faites dans cette paroisse par trois jours de dimanche à la messe paroissiale et consécutifs, comme il nous l’est apparu par la dispense de Monseigneur notre evesque de Chartres en datte du premier aoust présente année qui permet à Mr le curé de Pussay de célébrer le mariage de Charles Langlois et d’Anne Bourdeau nonobstant un empêchement d’affinité découvert entre les parties au quatrième degré dans laquelle dispense délivrée à Compiègne est signée P.A.B. Ev de Chartres et plus bas par Monseigneur Maranzac nous soussigné Prêtre curé de Gaudreville et de Thyonville muni des pouvoirs de Mr Chauvin prêtre curé de ce lieu certifions avoir receu ce jourd’huy en face l’Eglise par parolles de présent la promesse de mariage … ».

Lorsque la consanguinité parvenait au deuxième degré, il était nécessaire d’obtenir une dispense du pape. C’est ainsi qu’en 1789, Jacques Chaudé, maréchal et Marie Victoire Chaudé « ont reçu la bénédiction nuptiale de mr Maillard licencié de la faculté de théologie de Paris après avoir vu le bref de la cour de Rome qui dispense d’un double empêchement de consanguinité au second degré … ». Ce cas reste cependant rare dans les registres et unique semble-t-il.

Quelquefois, le lien de parenté se découvre trop tard et une dispense permet de réhabiliter le mariage. Ce n’est cependant pas fréquent et se produit à une époque où les gens ne connaissent pas toujours leur lien de parenté, comme en 1702 où deux réhabilitations ont lieu. « Le dix septyeme jour de juin l’an mil sept cent deux suivant la commission de monseigneur de Chartres a nous donnée après sa visite faitte dans l’église de Pussay le douzyeme dudit mois et en vertu d’une dispense par luy accordée au sujet du mariage d’entre Emery Baudisseau et Louise Rabaudry qui étoit nul a cause d’un empêchement d’affinité au quatryeme degré qui s’est trouvé entre les partyes, lesquelles cependant avoient consommé leur mariage de bonne foy n’en ayant aucune connaissance et ladite Rabaudry nous ayant déclaré qu’elle n’avoit point été contrainte ny ravye par ledit Baudisseau et que ce n’avoit été qu’à cause de la bonne amitié qu’ils avoient l’un pour l’autre qu’ils avoient contracté leur mariage en face de nostre mère la Ste Eglise présence du sieur curé de Pussay dont il est issu plusieurs enfants qu’ils reconnaissent aujourd’huy pour leurs légitimes et présomptifs héritiers, veu donc l’empeschement levé par ladite dispense accordée par mon dit seigneur de Chartres dattée du cinqyeme jour d’avril mil sept cent deux nous prestre soussigné desservant la dite cure de Pussay, suivant et conformément à la dite dispense nous avons réhabilité et fait consentir tout de nouveau le dit Baudisseau et la dite Rabaudry à l’entretien de leur mariage présence de Mre Antoine Lepreux clerc tonsuré et de Pierre Bourdeau maistre d’eschole dudit lieu de Pussay qui ont signé au présent aveq le dit Baudisseau et de nous signé ce jour et an que dessus ». Ils s’étaient mariés le 10 novembre 1692, il était temps de s’en rendre compte ! Tout comme Jean Dupont et Jacquette Geny mariés le 21 juillet 1692 et réhabilité le deux juillet pour un empêchement d’affinité au troisième degré.

Un autre cas se produira en 1755 entre Pierre Gager, charron, et Marguerite Bourdeau, qui se marient le 1er juillet. Or il se trouve un empêchement d’affinité au quatrième degré, levé par une dispense de l’évêque de Chartres le 31 août et le mariage est réhabilité le 4 septembre 1755. Le délai aura cette fois été plus rapide.

Deux empêchements par affinité spirituelle, à savoir que le parrain (ou la marraine) ne pouvait épouser la mère (ou le père) de l’enfant, se trouvent également dans les registres. Le 26 juin 1730, François Ménard, veuf de Perine Duparc, épouse en secondes noces Etiennette Bouton. Le mariage est célébré « sans qu’il y ait eu aucune opposition ni autre empêchement que celui de cognation spirituelle provenant de ce que ladite Bouton avait tenu sur les fonts un des enfants du premier mariage dudit Ménard et Perine Duparc sa première femme dont lesdites parties ont obtenu dispense de Mgr l’évêque de Chartres ». L’inverse se produit en 1743, lorsque Jeanne Laigneau, veuve de Cantien Courtois, épouse Louis Dupart.

L’ÂGE DES MARIÉS

L’âge des époux n’est régulièrement donné dans les registres de Pussay qu’à partir de l’an 2. Il est donc difficile de s’en faire une idée avant cette période :

–         de 1794 à 1824, la moyenne d’âge est de 25,6 pour les hommes et 24,3 pour les femmes,

–         de 1825 à 1849, elle est respectivement de 25,3 et 23,5

–         de 1850 à 1874, elle est de 25,5 et 22,4

–         de 1875 à 1899, elle est de 25,8 et 22.

La moyenne d’âge des hommes au mariage ne varie donc pas beaucoup, tandis que celle des femmes évolue régulièrement à la baisse, gagnant plus de deux ans en un siècle. Seuls les premiers mariages ont été pris en compte dans le calcul de ces moyennes, les remariages en ayant été exclus. Ces moyennes se révèlent assez basses, les auteurs donnant généralement une moyenne de deux ans plus élevée, tant pour les hommes que pour les femmes. L’activité industrielle du bourg en est probablement la cause. Cependant de larges écarts se font jour.

De la plus jeune mariée à la plus âgée

Le 10 décembre 1833, Marie Madeleine Thomin, dont le père est fouleur de bas à Pussay, épouse Pierre Bertrand Mornas, manouvrier de 29 ans et berger sur les actes suivants, dont les parents sont décédés. Elle a 15 ans et met au monde Pierre Bertrand Théophile le 30 janvier 1834. Il vivra et sera suivi de nombreux frères et sœurs à un an d’intervalle.

Une autre jeune femme, Louise Berthe Chignon, est également âgée de 15 ans quand elle épouse, en 1886, Charles Paul François Clouzeau, un cordonnier de Méréville âgé de 20 ans. Le couple s’installe probablement à Méréville car nous n’en avons plus ensuite de nouvelles dans les registres. Son père est maréchal ferrant et sa mère est dite cultivatrice.

Après ces deux plus jeunes mariées, cinq autres ont 16 ans et, pour certaines d’entre elles, travaillent déjà comme Isabelle Gaget, originaire de Vaujours en Seine-et-Oise, dont le père est décédé et qui est ouvrière en laine à Pussay. Elle épouse, en 1896, Michel Bourgeix, 19 ans, né à Chalvignac dans le Cantal et dont le père de 42 ans est ouvrier bonnetier à Pussay, comme son fils. Ou encore Rose Juliette Guillin, ouvrière en laine née à Soize dans l’Eure-et-Loir d’un père journalier, qui épouse, en 1898, Louis Edouard Drouet ouvrier bonnetier de 27 ans. En 1811, Marie Catherine Morize, dont la profession n’était pas mentionnée mais dont le père était cultivateur, avait épousé François Peltier, 20 ans, ouvrier en laine de Pussay, dont le père était apprêteur de bas.

Mais parmi ces jeunes femmes de 16 ans, nous trouvons également deux filles Dujoncquoy : Thérèse Euphrasie en l’an 6 et Marie Sophie en l’an 13, dont le père Pierre-Paul est fabricant de bas et qui se marie respectivement à un marchand de bas d’Etampes de 21 ans, Charles Henry Boyard et à un fabricant de bas de l’Aube de 25 ans, François Bazin. Elles sont ensuite beaucoup plus nombreuses à avoir 17, 18 ou 19 ans. En règle générale, les filles de fabricants de bas se mariaient jeunes.

A l’autre bout de l’échelle des âges, Marie-Anne Marcault d’Angerville épouse, en 1832, à 39 ans Barthélémy Renard, cultivateur de Pussay de 35 ans, ni l’un ni l’autre n’étant veuf. Marguerite Adélaïde Lecomte, 35 ans, dont les parents sont décédés et dont le père avait été ouvrier en bas, épouse en l’an 11, Louis François Fillau, ouvrier en bas de 39 ans. Ou encore Marie Albertine Gastineau, lingère de 35 ans, épouse en 1899 Félix Donat Gouache, 32 ans, épicier à Pussay, dont les parents sont cultivateurs à Levesville-la-Chenard. A 69 ans, son père est ouvrier bonnetier et sa mère âgée de 67 ans est également lingère.

Du plus jeune marié au plus âgé

Le plus jeune marié a 17 ans, il s’appelle Jacques Bouthemard, son père est marchand et cultivateur à Gommerville et il épouse le 25 ventôse an 4 (15 mars 1796), la fille d’un cultivateur et marchand de bas de Pussay, Marie Louise Delanoue, 25 ans. A la même époque, le 13 ventôse an 4 (3 mars 1796), le frère de Marie Louise, Jean-Baptiste Delanoue fait publier les bans de son mariage à Gommerville avec Marie Thérèse Anne Bouthemard, sœur de Jacques. Il a 18 ans, elle en a 19. Voilà le plus jeune double mariage de frères et sœurs.

En 1857, Louis Victor Deniseau, 18 ans, fabricant de bonneterie comme son père décédé et dont la mère âgée de 50 ans est « rentière », épouse Léonie Louise Buffetault, 20 ans, fille de Lambert Augustin, fabricant de bonneterie. Et en 1884, Aristide Jules Boulommier, professeur de musique de 18 ans, dont les parents sont entrepreneurs de bals à Pussay, épouse Louise Rosalie Quinton ouvrière en laine de 17 ans, dont les parents sont journaliers à Pussay.

On trouve encore André Méland en 1815, dont le père est maître charron et qui épouse à 18 ans Marie Adélaïde Boudon, 24 ans, dont la mère est décédée et dont le père est ouvrier en laine et Jean Pierre Hardy apprêteur de bas en l’an 5 qui épouse Henriette Hardy, 22 ans.

Le plus âgé, Louis Philéas Peltier, a 49 ans quand il épouse en 1880, Amantine Victorine Hardy, lingère de 31 ans. L’époux est dit « sans profession » dans l’acte, mais son père Louis Alexandre décédé en 1876 était fabricant de bonneterie et sa mère dite « rentière » était décédée en 1879. A l’époque il était lui-même cultivateur et son frère un an plus jeune que lui était fabricant de bonneterie. Il est d’ailleurs cultivateur quand naît leur fils Louis Alexandre en 1881.

En 1891, c’est un ouvrier bonnetier de 44 ans qui épouse une domestique de 28 ans originaire d’Alsace. Ensuite l’âge tombe à 43 ans puis 40 ans. Il s’agit là bien sûr de premier mariage et non de remariage, car dans ce cas les âges peuvent être bien plus élevés.

L’ÉPOQUE DU MARIAGE

Le mois choisi pour se marier évolue au fil du temps. Au 17ème siècle et dans la première moitié du 18ème siècle, les mois d’hiver sont préférés aux mois d’été, en raison des travaux des champs qui laissent à ces époques-là plus de temps, hormis les mois de décembre et mars en raison de contraintes religieuses liées au temps de l’Avent et du Carême. Par contre la seconde moitié du 18ème siècle et le 19ème siècle inversent la tendance pour privilégier au final les mois du printemps, l’année 1756 marquant à Pussay une rupture avec la période prohibée de l’Avent.

Quant au jour de la semaine, il n’est pas réellement choisi : le dimanche était réservé au culte, le vendredi, jour de jeûne et d’abstinence n’était pas conseillé, le samedi et le jeudi situés juste avant ces deux jours n’étaient donc pas non plus retenus. Restaient les trois premiers jours de la semaine et il faut reconnaître que la quasi totalité des mariages à Pussay se célébraient le lundi ou le mardi. Le même type d’évolution que pour les mois va se produire.

Quel mois choisit-on pour se marier ?

La première courbe, tout en bas en bleu foncé, correspondant à la période 1660-1678, fait apparaître le mois de novembre comme privilégié pour les mariages : 13 mariages sur un total de 48, suivi par le mois de janvier : 7 mariages et juin : 6 mariages, février et octobre : 5 mariages chacun. Les mois d’hiver sont donc préférés aux mois d’été : octobre, novembre, janvier, février cumulent 63 % des dates de mariage. A noter l’absence de mariage en décembre, mois de l’Avent et le peu d’enthousiasme pour les mois de mars, époque du Carême et août, époque de la moisson : un mariage chacun.

La seconde courbe en rose, correspondant à la période 1683-1699 met en évidence un premier changement : si le mois de novembre arrive toujours en tête avec 13 mariages sur un total de 57, il est cette fois suivi par le mois de juillet avec 10 mariages, puis février : 9, janvier : 8 et juin : 6. Les mois d’été avec 28 % des mariages entament le privilège des mois d’hiver : 53 %, les autres mois étant délaissés pour les mêmes raisons.

La période suivante, 1700-1749, en jaune sur le graphique, accentue encore cette tendance. Si novembre voit se célébrer 26 mariages, janvier et février 24 chacun, juillet en voit 19, juin 15 et surtout, les mois de mai, septembre et avril qui étaient délaissés jusqu’à présent en voit célébrer 11, 10 et 9. Un début de lissage s’amorce.

Sur la période 1750-1799, les mois d’hiver retrouvent la faveur des mariés avec 60 % des célébrations, janvier et février arrivant loin devant novembre. Mais surtout, pour la première fois en 1756, nous l’avons évoqué plus haut, des mariages sont célébrés en décembre : au total 10 sur la période et cette tendance ira en s’accentuant.

La courbe mauve représentant les années 1800-1849, conforte un nivellement dans l’époque des mariages, qui ont lieu désormais toute l’année hormis en mars et août. Cette tendance est confirmée par la dernière courbe représentant la période 1850-1899, qui voit 501 mariages, contre 300 sur la période précédente, les mois d’avril et mai sont définitivement adoptés pour se marier, toujours suivis des mois de janvier, novembre, octobre et juin, mars juillet et août fermant la marche.

Quel jour choisit-on pour se marier ?

De 1660 à 1749, 169 mariages sur 259 sont célébrés un lundi, soit 65 %, 71 un mardi, soit 27 %. Les 19 autres mariages se répartissent sur les autres jours de la semaine, à savoir : 4 le mercredi, 4 le jeudi, 1 le vendredi, 5 le samedi et 5 le dimanche. Le lundi est donc largement plébiscité, suivi du mardi, 7 % seulement des mariages se célébrant les autres jours de la semaine.

Les lundis et les mardis sont toujours retenus de 1750 à 1799, mais curieusement un basculement s’opère entre ces deux jours. Le mardi est préféré au lundi : 132 mariages contre 74 pour le lundi sur un total de 223 mariages, ce qui ne laisse que 8 % pour les autres jours de la semaine : un seul mariage un dimanche, 3 les vendredi et jeudi, 4 le samedi et 6 le mercredi. Ce changement démarre à partir des années 1730 et s’intensifie nettement à partir des années 1750. La période révolutionnaire n’apporte pas vraiment de bouleversement dans le choix du jour du mariage, pas plus qu’elle n’en avait apporté dans le choix du mois.

La période 1800-1849 compte 300 mariages qui se répartissent cette fois plus régulièrement sur les trois premiers jours de la semaine : 113 mariages ont lieu un lundi, 95 un mardi, 58 un mercredi, jour jusque-là délaissé par les époux et le jeudi fait une timide apparition avec 19 mariages. Cette évolution se fait jour à partir des années 1810 et va en s’accentuant.

Elle ne se démentira pas sur la période suivante, 501 mariages, bien que le lundi revienne en force et surtout que le samedi fasse son entrée avec 88 mariages. Ils sont timidement célébrés à raison d’un par an de 1884 à 1889 puis grimpent en flèche ensuite. L’apparition du samedi coïncide avec l’industrialisation du bourg, mais ne lui est pas véritablement liée. Qu’ils soient ouvriers bonnetiers, artisans, commerçants, journaliers ou laboureurs, ils choisissent aussi bien le lundi que le samedi. Le choix du jour n’est pas lié à la profession.

MARIAGES MULTIPLES

Il arrive que des frères et sœurs se marient le même jour ou à un jour d’intervalle ou encore la même année à quelques mois d’écart. Les trois sœurs Gry se marient les 20 mai, 1er juillet et 21 juillet de l’année 1783 : Marie Catherine avec un laboureur de Rouvray-Saint-Denis, Marie Magdeleine avec un laboureur de Levesville-la-Chenard et Jeanne Isidore avec le fils d’un laboureur d’Etréchy. Leur père, Pierre, est laboureur à Pussay.

C’est également le cas des trois sœurs Dujoncquoy les 25 janvier, 23 avril et 25 octobre 1813. Marie Victoire, 22 ans, Henriette, 20 ans et Victoire Julie 17 ans se marient toutes trois avec des marchands : un épicier d’Orléans âgé de 24 ans, un marchand de blé d’Orléans âgé de 30 ans et un marchand bonnetier de Paris âgé de 19 ans. Leur père Pierre-Paul, décédé en 1802, était fabricant de bas à Pussay, mais leur mère avait continué l’exploitation aidée ensuite par leur frère Charles Alexandre.

Les sœurs Fillau se marient à un jour d’intervalle. Marie Julienne, 24 ans, dont la profession n’est pas mentionnée mais dont le père est fouleur de bas à Pussay, épouse le dimanche 20 avril 1834, Baptiste Aimable Thomin, journalier de 25 ans à Pussay. Sa sœur Ester Hyacinthe, 21 ans épouse le lendemain, lundi 21 avril, Désiré René Minos, 26 ans, apprêteur de bas à Intréville. Ce cas n’est pas isolé. Les frères Perchereau en font autant l’année suivante.

Les deux sœurs Delanoue choisissent quant à elles le même jour pour se marier : le 20 mai 1806. Leurs frère et sœur, Marie-Louise et Jean-Baptiste étaient déjà coutumiers du fait s’étant tous deux mariés très jeunes en 1796 (voir plus haut âge des mariés). Mais cette fois, Marie Euphrasie et Marie Victoire ont 32 et 34 ans. Leur père est toujours cultivateur et fabricant de bas et elles épousent deux veufs, tous deux marchands de laine, l’un à Chevreuse âgé de 46 ans et l’autre à Dreux âgé de 35 ans.

Tout comme les frères Dujoncquoy, apprêteurs de bas, dont le père n’est pas Pierre-Paul mais Antoine Nicole, ouvrier en bas à Pussay. Le lundi 26 septembre 1836 à 7 heures du soir, Etienne Nicole épouse Victorine Ernestine Hardy, couturière de 22 ans, dont le père est également apprêteur de bas et à 7 heures 30, son frère, César Augustin Firmin, épouse Elisabeth Alexandrine Troufleau lingère de 22 ans dont les parents étaient décédés en 1822 et 1832. La mère des deux frères était elle aussi décédée en 1830. Il est très fréquent qu’un des parents soit décédé au mariage de leurs enfants.

Ces mariages multiples se retrouvent assez souvent dans les registres. Les doubles mariages de frères et sœurs comme celui des Delanoue-Bouthemard sont plus rares, mais il en existe un autre, celui des Catry-Savouré. Le mardi 8 avril 1834, Grégoire Napoléon Jules César Catry, les prénoms ne s’inventent pas, 29 ans, né à Santeau, dans le Loiret où ses parents sont décédés, et bourrelier à Pussay, épouse Marguerite Anastasie Savouré, 22 ans, fille de Louis Sulpice, fabricant de bas à Pussay. Jean, frère de l’époux est vigneron à Santeau, Jean Grégoire, son parrain est charron à Santeau. Marguerite a un frère de 28 ans, Louis Vincent, fabricant de bas comme son père qui se marie le lundi 2 juin 1834 avec Eugénie Emélie Catry, 26 ans, sœur de Grégoire Napoléon Jules César.

LE CONTRAT DE MARIAGE

Les contrats de mariage sous l’Ancien Régime

Sous l’Ancien Régime, il n’était pas rare qu’un contrat de mariage soit établi quelque soit la catégorie sociale des époux. Les notaires de Pussay recourent à peu près tous à la même rédaction et donnent pour commencer la filiation des époux, énumèrent les parents et amis dont ils sont assistés et précisent les clauses et conditions du mariage relatives à la dot ou apport de la femme et au douaire consenti à son épouse par le mari. Le cas échéant, ils stipulent les dispositions particulières liées à la situation du couple et, entre autres, aux enfants provenant d’un précédent mariage. Ces contrats ont donc l’énorme avantage de nous faire connaître la situation sociale et matérielle des couples, comme dans l’exemple ci-dessous :

« Du vingt quatre iesme jour d’octobre apres midy l’an mil six cent soixante douze

 

Furent presens en leur personne Pascal Mortagne berger demeurant a pussay d’une part et Claire Popot a presens sa femme de luy deuement et suffisamment octorizée pour l’effet des presentes fille des deffunts Charles Popot vivant laboureur demeurant a Pussay et de Marye Bajoue ses pere et mere d’aultre part lesquelles partyes ont dit s’estre ce jourdhuy marié ensemble en fasse deglise nostre mere audit pussay aux conditions par eux accordez qu’ils ont euz et ont encore pour agreable ferme et stable en la presence et du consentement de leurs parans et amis dont ils sont encore assistez assavoir ledit Pascal Mortaigne de Louis Gaultier peigneur de leyne demeurant a pussay son beau frere a cause de defunte Jeanne Mortagne sa femme, Jean Dauvergne cordonnier demeurant a Angerville La Gaste son cousin germain du costé maternel et Jean Chaulmette tailleur d’habits demeurant audit pussay son cousin re…… ? de germain du costé maternel et ladite Claire Popot de Denis Chariot laboureur demeurant a Paneciere son beau frere a cause de Marye Popot sa femme et André Fanier laboureur demeurant audit pussay son cousin germain a cause de Gabrielle Retté sa femme, Jean Retté garsson fils de deffunt Noël Retté et Philippe Fanier ses pere et mere son cousin re…… ? de germain du costé maternel lesquelles clauses et conditions sont que lesdits Pascal Mortaigne et Claire Popot seront ungs et commungs en tous biens meubles qu’ils ont de presens et auront a l’advenir acquests et conquests d’immeubles qu’ils feront entre eux durant et constant leurdict mariage pour en jouir par eux suivant la coustume du bailliage destampes au desir de laquelle leurs propres retourneront du costé souche et ligne d’où ils seront venus et issus et laquelle femme Mortaigne a declare avoir apporter a leur presente communaute la valleur de la somme de soixante livres dont ledit Mortagne son mary s’en est contente present lesdits parans susnommes et pour consommation dudict mariage icelluy Mortagne a dict avoir doué et doue par ces présentes ladite Popot sa femme de la somme de quarante cinq livres de douaire …… ? a lez avoir et prendre par elle sy tost que douaire aura lieu et sur les plus clairs et aparans que ledit Mortaigne delaissera apres son décès et apres partage faicts sans rapport et hors part et s’il y a hoirie ledit douaire diminuera de moitye et ne sera plus que de la somme de vingt deux livres dix sols a les avoir et prendre comme dessus et sera louisible a ladite femme Mortagne en cas quelle le survive renoncer a leur communaulte en remportant franchement et quittement ladite somme de soixante livres avecq sondit douaire sans quelle soit tenue paié aulcune debtes combien qu’elle y fusse obligée ou condampnée ; est stipullé que les anffans mineurs dudit Mortaigne et de deffunte Macée Ganisse vivante sa femme seront nourris aux frais et despans de leurdite communaulte jusques a ce qu’ils ayent acquis chacun laage de quatorze ans pour ce qui leur peult appartenir de biens meubles de la succession de ladite deffunte Ganisse leur mere et les immeubles a eux appartenant aussy a cause de ladite succession leur appartiendront et leur seront rendus franches et quittes de tous droits et jouiront iceux Mortaigne et sadite femme desdits immeubles qui sont de peu de valleur jusques a ce que lesdits anffans ayent acquis ledit aage sans leur en paier aulcuns revenus ny qu’ils en puisse pretendre ny demender car ainsy …… fait et passé audit pussay en lhostel ou demeure a presens lesdits Mortagne et sadite femme en presence desdits parans et amis, Jean Robert tailleur d’habits et Pierre Bourdeau garson fils de François Bourdeau marchans demeurant audit pussay tesmoins. Lesdits Mortaigne et sadite femme leurs parans et amis ont declare ne savoir signer de ce requis …… ». Signé Robert et Bourdeau les témoins, Denis Chariot l’un des parents et Sergent le notaire.

Dans le cas présent, le contrat est rédigé le jour même du mariage, après la célébration, puisque Claire Popot est à présent la femme de Pascal Mortagne, ou Mortaigne selon les passages. D’autres contrats sont rédigés avant le mariage ou quelque temps après le mariage.

Pascal Mortagne est berger et veuf de Macée Ganisse. Les registres paroissiaux nous disent par ailleurs que Macée Ganisse est décédée le 24 février 1672 et qu’à l’époque quatre enfants existent : Jeanne 10 ans, Jacquette 7 ans, Marin 5 ans et Michel 3 ans. Pascal Mortagne est également témoin, mais le lien qui les relie n’est pas précisé, au décès de Charles Ganice, berger comme lui, le 12 mai 1671, lequel a donné une mine de terre à l’église de Pussay sise auprès du méchant muid, à la charge de lui dire une messe basse tous les ans au jour de son décès. Enfin il décèdera à 86 ans le 21 octobre 1704, il a donc environ 54 ans à l’époque du mariage.

Les parents de Claire Popot sont décédés à l’époque. Son père est dit « laboureur » mais ce terme recouvre parfois une réalité différente de celle d’aujourd’hui. Denis Chariot son beau-frère est lui aussi laboureur dans cet acte, mais dans un autre, il est manouvrier, ce qui ne veut pas non plus dire qu’il ne possède rien. Elle décède elle-même le 4 février 1685 à l’âge de 50 ans. Elle a donc environ 37 ans à l’époque du mariage. Elle apporte à la communauté la « valleur de la somme de soixante livres », ce qui représente en général le linge et les meubles. De son côté, Pascal Mortagne lui consent un douaire de 45 livres qui sera diminué de moitié si des enfants naissent de leur union et qu’elle prendra le cas échéant, après son décès et après partage, sur les biens qu’il laissera.

La clause particulière de ce contrat concerne les enfants mineurs de Pascal avec sa première femme. D’une part, ils seront nourris aux frais de la communauté jusqu’à ce qu’ils atteignent chacun l’âge de 14 ans. D’autre part « les immeubles a eux appartenant aussy a cause de ladite succession [celle de leur mère Macée Ganisse] leur appartiendront et leur seront rendus franches et quittes de tous droits et jouiront iceux Mortaigne et sadite femme desdits immeubles qui sont de peu de valleur jusques a ce que lesdits anffans ayent acquis ledit aage sans leur en paier aulcuns revenus ny qu’ils en puisse pretendre ny demender ». Autrement dit, la maison, qui a apparemment peu de valeur, mais qui les abrite tout de même, fera l’objet de la succession de leur mère le jour où les enfants auront tous atteint l’âge de 14 ans. En attendant Pascal et Claire pourront y vivre sans que ces mêmes enfants puissent leur demander quoique ce soit.

Les registres paroissiaux viennent à notre rescousse et nous apprennent que Jeanne est décédée à 45 ans en 1706 sans avoir été mariée. Marin et Michel ne sont plus cités dans les registres. Sont-ils partis ailleurs ? décédés ? Quant à Jacquette qui ne s’est pas mariée non plus, elle décède à 66 ans en 1733 et l’inventaire de la fabrique de 1774 nous apprend qu’elle a vendu à Gabriel Darblay, curé de Pussay, une maison située à Pussay par contrat passé devant maître Toussaint Fresne le 25 février 1728.

Contrat entre domestiques du château

Estienne Gauscher est « serviteur domestique au chasteau de Pussay y demeurant ». Il est le fils de feu Pierre Gauscher de son vivant « serger », ouvrier qui fabrique des serges, demeurant à Chartres, rue Berchot et de Louise Leveau. Le 5 septembre 1664, date à laquelle est rédigé le contrat, Denise de la Haye est sa femme depuis trois mois. Elle est la fille des défunts Estienne de la Haye, également serger à Ylliers et de Felisse Foucher.

Estienne Gauscher est assisté de sa mère et Denise de la Haye de Vincent Bourdeau laboureur à Pussay son ami et Laurant Jouanet, serviteur vigneron demeurant au château également son ami. Ce contrat nous offre de surcroît un instantané de la vie au château et une preuve de la circulation des hommes et des relations avec la ville de Chartres.

L’époux doue sa femme de la somme de 30 livres, toujours diminuée de moitié en cas d’héritiers qu’elle prendra au cas où il décède sur les biens qu’il laissera après partage. Elle peut toujours renoncer à sa succession en reprenant ce qu’elle a apporté à leur communauté qui est « la valleur de 60 livres avecq ses habits et linges sans quelle soit tenue paier aulcune debte…… ».

Contrat entre un laboureur veuf et une servante

Le contrat de mariage conclu le 5 avril 1660 entre Vincent Bourdeau, laboureur demeurant à Pussay et veuf de Cantienne David et Gabrielle Bathereau, fille des défunts Simon, laboureur de son vivant à Méréville et Jeanne Delonge et elle-même servante à Pussay, est déjà plus complexe, mais les sommes en jeu sont pratiquement identiques.

Vincent Bourdeau est assisté de Simon et Marin ses frères, marchands demeurant à Pussay, de Louis son neveu fils de Marin et de Charles Sergent greffier de la prévôté de Pussay son neveu du côté maternel. Gabrielle Bathereau est assistée de Louis Delonge charretier demeurant à Pussay son oncle, de Jeanne Bathereau sa tante, veuve en dernière noce de Jean Bestault demeurant à Pussay et en première de défunt Jean Lauran, laboureur à Arrancourt, de Pierre et Charles, enfants de Jean Bestault et de Jeanne Bathereau, ses cousins germains et de Charles Sergent aussi son cousin germain.

Cette fois, le mariage n’a pas encore eu lieu et le contrat précise, pour le cas où un empêchement au mariage se trouverait exister aux yeux de l’Eglise « Tous issy presents ont promis et promettent par ces presentes lesdits Vincent Bourdeau et Gabrielle Bathereau futurs espouz ce prendre et avoir l’un l’autre par foy et loyaulte de mariage si dieu et nostre mere Sainte Eglise ce y consentent et accordent au plus tost que faire ce poura et quil sera delibere entre eux leurs parens et amis pour estre ung unys et comungs en tous biens meubles qu’ils ont de present et auront a ladvenir acquest et conquest d’immeubles qu’ils feront a ladvenir durant et constant leur futur mariage…… ».

Jeanne, la tante de la future, a promis aux époux la somme de 60 livres, à savoir 30 livres en deniers comptants au jour et fête de Saint-Michel prochain et 30 livres qu’elle emploiera à faire le « banquet nupcial diner futurs ». On ne sait pas s’il y a un banquet et un dîner ou un banquet qui tient aussi lieu de dîner, toujours est-il que s’il reste de l’argent sur les 30 livres une fois les comptes faits, elle s’engage à leur donner le surplus et s’acquitter ainsi de tous les services que Gabrielle leur a rendu à elle et son défunt mari jusqu’à présent. Elle s’engage par ailleurs, ainsi que ses enfants, à ne rien demander pour la nourriture et « gouvernance » qu’ils lui ont prodiguées pendant ce temps.

Quant à l’époux il doue sa future épouse de la somme de 60 livres, toujours diminuée de moitié si des enfants existent lors de la dissolution du mariage. Il est également tenu de faire faire l’inventaire des biens de la succession de sa femme Cantienne David, pour connaître la part qui doit en revenir à Charlotte leur fille mineure et pour cela de faire nommer un tuteur et curateur pour y assister et ce dans la quinzaine de ce jour. Enfin, il accorde à sa future épouse, si elle lui survit, la jouissance sa vie durant de tous ses « immeubles » à la charge de bien les entretenir et d’acquitter les droits dus aux seigneurs dont ils dépendent, lesquels « immeubles » reviendront après le décès de sa future épouse, à ses enfants ou héritiers.

Contrat entre deux veufs

Ce contrat précède de peu le mariage : il est rédigé le 19 juillet 1665, alors que le mariage sera célébré le 27. Il est passé entre Charles Lebeille, marchand chaussetier, veuf de Marye Bourdeau, et Marye Bertrand, veuve de Anthoine Imbault de son vivant manouvrier. Les registres paroissiaux ne nous permettent pas de connaître l’âge de Charles, par contre Marye décède le 30 avril 1698 à 70 ans, ce qui lui donne environ 37 ans à l’époque du contrat. Leur conjoint sont décédés : Marye Bourdeau le 21 octobre 1664 et Anthoine Imbault le 2 mai 1662.

Ils sont bien sûr assistés de leurs parents et amis au nombre desquels Jean Retté « praticien », Georges Bertrand maçon, Nicolas Bertrand « tireur d’estain », Jean Laquier « marchant toillier », ou encore Charles Tessier « Me hardoisier ». Nous aurons l’occasion de revenir sur ces professions qui sont un autre aspect de la richesse de ces contrats. Celui-ci précédant le mariage, les précautions d’usage relatives à son éventuel empêchement y sont rappelées.

La future déclare qu’elle apportera à la communauté la somme de 60 livres « tant en deniers qu’en meubles » et le futur la doue de la somme de 90 livres. Jusqu’à présent, la somme apportée par l’épouse varie peu dans son montant : 60 livres, même si sa composition est plus fluctuante : habits, linges, meubles, deniers. Par contre le douaire de l’époux va de 30 à 90 livres et il peut aller bien au-delà.

Les époux déclarent de plus savoir qu’ils ont chacun de leur côté des enfants ; deux du côté de Charles : Jean âgé de 7 à 8 ans et Louise âgée d’environ 14 mois ; un du côté de Marye : Denis âgé de 11 ans ou environ ; « lesquels ils seront tenus et se sont obligés nourir coucher et entretenir tant sein que malade jusques a ce qu’ils ayent acquis laage de chacun quatorze ans », moyennant quoi les meubles qui reviennent aux enfants de par la succession de leur parent défunt, resteront et appartiendront aux futurs époux. Ils sont là encore de peu de valeur, mais le contrat stipule cependant qu’un inventaire devra être fait de part et d’autre d’ici un mois. Enfin Charles Lebeille promet de payer à chacun de ses enfants au jour de leurs 14 ans, la somme de 50 livres à déduire sur ce qu’il leur appartiendra de la succession de leur mère, « si tant il se monte ».

Un second acte notarié passé cinq jours après fait état des comptes établis entre Jean Bourdeau et son gendre Charles Lebeille, relativement :

–         à ce que le premier avait promis verbalement au second lors du mariage de sa fille Marye,

–         à la nourriture et « gouvernement » que Jean Bourdeau et sa femme ont prodigué à leur petite-fille Louise depuis le décès de leur fille,

–         à l’apprentissage que Charles a donné chez lui au fils de Jean pour lui « montrer tirer de l’estain de layne ».

Au bout du compte, Jean Bourdeau devait à Charles Lebeille un lit de plume, couette, coussin et couverture de laine blanche et un coffre de bois de chêne fermant à clef, qu’il ne pourrait lui donner que sur les biens qu’il laisserait après son décès et encore, à condition que Louise et Jean ne décèdent pas avant leurs grands-parents, car sinon Charles, leur père, ne pourrait plus y prétendre.

Le contrat de Marin Lemaire, boulanger fournier

L’histoire de Marin Lemaire est racontée dans le chapitre sur les seigneurs de Languedoue, au paragraphe sur les villageois. Nous reprenons ici succinctement son contrat de mariage afin de donner un point de comparaison avec les précédents contrats. Sa femme décède le 30 juin 1662. Un inventaire de leurs biens est fait le 24 juillet et dans la foulée, le 7 août, il se remarie avec Marie Martin, fille des défunts Denis Martin, boulanger de son vivant et de Marie de la Rue. Marie travaille probablement au château, puisque François de Languedoue qui assiste au mariage est dit son maître.

Marin est assisté de ses frères Estienne et Pierre, laboureurs à Gommerville, de sa sœur mariée à un laboureur de Baudreville, de Jacques son oncle paternel laboureur à Bierville, de Thibault Dupart marchand à Bierville et oncle maternel, ainsi que de Anthoine Hemant maréchal, René Dauvillier marchand et Pasquer Mestiver laboureur ses amis demeurant à Gommerville.

Marie est assistée de « Messire François de Languedoue chevallier seigneur de Pussay Bausy et aultres lieux son Me », de Claude marchand et Jacques Me menuisier à Etampes, ses frères, de Claude Pinet Me bonnetier à Etampes beau-père de Jacques, d’« honneste homme » Louis Fagnou et de Vincent Bourdeau laboureur à Pussay ses amis. Elle apporte à la communauté la somme de 370 livres, dont 127 livres en hardes et meubles lui appartenant et le reste provenant de la succession de ses père et mère que ses frères s’obligent à présenter aux futurs époux à leur première requête, mais que ces derniers leur cèdent « pour en jouir et disposer comme a eux appartenant ».

Le contrat stipule que Magdeleine Lemaire, fille mineure de Marin, sera « nourye gouvernée entretenue couchée enseignée a prier dieu et apprendre cousture aux despans de ladite comunaulte jusques a ce quelle aye attaint laage de seize ans moyennant que lesdits futurs espouz jouirons et disposerons des revenus des immeubles de ladite mineure … et des deniers qui lui appartiennent de l’inventaire fait de la succession de ladite deffunte Mignau sa mère pendant ledit temps ». Quant à Marin il doue sa femme de la somme de 460 livres, diminuée de moitié si des enfants existent au jour de son décès. L’acte est passé au château, en présence de tous les parents et amis déjà cités et de Jean Plonier serviteur domestique audit château et Laurant Joignet vigneron, témoins.

D’une part, les sommes mentionnées dans ce contrat sont bien plus élevées que dans les contrats précédents : Marie apporte 370 livres à la communauté, dont 127 livres en hardes et meubles soit le double des autres et Marin la doue de 460 livres. D’autre part, nous voyons bien là que les dots et douaire, bien que stipulés noir sur blanc devant notaire n’étaient pas toujours honorés ni exigés par les parties. Marie peut exiger les 243 livres qui lui reviennent de la succession de ses père et mère, mais elle et son époux n’en feront probablement rien.

Les contrats des deux filles du maréchal-ferrant

Les contrats cités jusqu’à présent concernent des veufs, mais ils n’étaient pas les seuls à passer devant le notaire. Les deux filles du maréchal-ferrant Jehan Roger et d’Anthoinette Séjourné se marient en 1627, l’une le 20 avril, l’autre le 13 juin. Entre temps Anthoinette leur mère est décédé peu de temps après la naissance de Blaise en 1610, puisqu’en 1612 Jehan Roger est remarié avec Lubine Colet qui met au monde Jacqueline.

La première, Jehanne, née le 2 décembre 1604 épouse Jehan Gaultier fils de Jehan, manouvrier et de Sébastienne Meusnier. L’époux est assisté de son père et d’« honneste personne Jehan Hardoin recepveur et fermier de la terre et seigneurie des héritiers de feu Monsieur de Cottainville son parens ? et ami ». Jehanne est assistée de son père, de sa belle-mère Lubine Colet, de Jacques Roger manouvrier son oncle, Mre Elloy Lantien procureur fiscal de la prévôté de Pussay son oncle a cause d’Anne Roger sa femme, de Sébastien Séjourné laboureur son oncle, d’Estienne Capperon manouvrier son oncle à cause de Denise séjourné sa femme et de Jehan Bourdeau laboureur son oncle à cause de Rémye séjourné sa femme.

Le père de l’époux a promis aux futurs mariés la somme de 60 livres payable « la moitye le lendemain desdites espousailles desdits futurs espouz et l’aultre moitye du jour des espousailles en vingt un et oultre ce ung lit garni de couette coussin et couverture de laine blanche quatre draps de lit de toille de chevre quatre nappes et quatre serviettes de pareille toille payable ledit trousseau le lendemain desites espousailles ». Difficile de comparer avec les contrats précédents dans la mesure où nous sommes 40 ans plus tôt, mais cela semble être conséquent pour un manouvrier. L’époux doue sa future épouse de 45 livres et « pour le regard du festin nupsial se fera moitye par moitye entre ledit Gaultier père et lesdits futurs espouz ».

Bien différent est le contrat passé deux mois plus tard, entre sa sœur Anne, née le 10 décembre 1606, et Philippe Daniel laboureur à Pussay, fils des défunts Philippe Daniel de son vivant laboureur à Congerville et de Catherine Potain.

L’époux est assisté de Paul Fraslon laboureur à Congerville son beau-frère à cause de Toussainte Daniel sa femme, Charles David marchand chaussetier son cousin, Nicolas Chaulmette manouvrier son cousin et « honneste personne Jehan Hardoin recepveur son maistre ». Il n’est pas impossible que Jehan Gaultier l’époux de sa sœur ait également été au service de Jehan Hardoin et il est bien difficile de savoir ce qui distingue un laboureur d’un manouvrier dans l’esprit des gens de l’époque. Il est clair que tous ceux qui sont appelés « laboureur » ne possèdent pas les chevaux qui leur permettraient d’être indépendants et de labourer. Il est clair aussi qu’un même homme peut être appelé « laboureur » dans un acte et « manouvrier » dans un autre. Qu’est-ce qui distingue les deux appellations ?

L’épouse est assistée de son père, de Jehan Gaultier laboureur son beau-frère, il était manouvrier dans son propre contrat deux mois plus tôt, de Jacques Roger chaussetier son oncle, de Sébastien Séjourné laboureur son oncle, d’Estienne Capperon et Jehan Bourdeau manouvriers, ses oncles.

Le futur époux doue sa future épouse de 45 livres et cette fois, le contrat s’arrête là.

Les contrats de mariage au 19ème siècle

En cours

LES REMARIAGES

Les contrats cités plus haut peuvent laisser penser que les remariages sont nombreux et fréquents sous l’Ancien Régime, parce que la mortalité est élevée et qu’il est bien souvent indispensable d’être deux pour faire face aux difficultés de la vie. Ceci dit tout le monde ne se remarie pas forcément et les remariages diminuent même nettement aux alentours de 1750 :

–         sur les 48 mariages enregistrés pendant la période 1660-1678, seuls 1 homme et 2 femmes sont signalés veufs, mais l’information relative au veuvage n’étant pas mentionnée systématiquement, cela ne signifie pas grand-chose ;

–         les enregistrements de la période suivante, 1683-1699, sont déjà plus fiables et sur 57 mariages, 14 hommes sont veufs et 6 femmes sont veuves, soit 24,5 % et 10,5 % de remariage ;

–         1700-1749 : 39 hommes et 15 femmes, soit 25,3 % et 9,7 %

–         1750-an 7 : 29 hommes et 20 femmes, soit 13 % et 9 %

–         an 8- 1849 : 28 hommes et 10 femmes, soit 9,3 % et 3,3 %

–         1850-1899 : 42 hommes et 32 femmes, soit 8,4 % et 6,4 %.

Si un quart des hommes se remariait à Pussay jusqu’aux alentours de 1750, seuls 10 % des femmes le faisaient et après cette date, le remariage ne cesse de chuter, pour remonter chez les femmes après 1850.

La période de veuvage fluctue énormément :

–         elle va de 3 semaines à 8 ans pour les veufs et de 2 mois à 14 ans pour les veuves de 1700 à l’an 7 ; mais au cours de cette période, le nom du conjoint et la date de son décès ne sont pas toujours mentionnés

–         elle va de 2 mois à 18 ans pour les hommes et de 10 mois à 13 ans pour les femmes sur la période an 8-1899 ; mais là, il faut distinguer la première et la seconde moitié du siècle, car si dans la première moitié du siècle le durée moyenne de veuvage était de 9 mois pour les hommes et 2 ans pour les femmes, dans la seconde moitié du siècle, elle passe à 2 ans pour les hommes et 3 ans et demi pour les femmes.

En règle générale, les veuves attendent plus longtemps que les veufs pour se remarier.

Les années 1740, marquées par des décès et des maladies plus élevés qu’à l’ordinaire, voient un fort pourcentage de remariage :

–         1740, 4 mariages, 4 veufs dont la période de veuvage a été de un an et dix mois, sept ans, sept mois et demi et huit ans, donc un spectre largement étalé ;

–         1742, 7 mariages, 2 veuves et 2 veufs, 7 mois et 8 mois pour les veuves, cinq mois trois semaines et deux ans deux mois pour les veufs ;

–         1747, 3 mariages, 2 veuves et 2 veufs, trois ans et quatre mois trois semaines pour les veuves. Concernant les veufs, le nom du conjoint et/ou la date du décès n’ont pas été mentionnés.

Le 21 novembre 1740, 7 mois et demi après le décès de son épouse Marie Rabaudry survenu le 8 avril, Nicolas Bertrand l’aîné, marchand de bas, se remarie avec Marie Louise Thomin. Entre temps deux de ses enfants sont décédés : Nicolas, 9 mois, le 15 avril et Catherine, 6 ans, le 28 avril.

La même année, le 8 août, Louis Planson, bonnetier et veuf de Charlotte Gatineau, se remarie avec Marie Anne Caperon, laquelle décède à son tour le 3 janvier 1742. Si la première fois il avait attendu un an et dix mois pour se remarier, ce n’est pas le cas cette fois-ci et six mois plus tard il épouse Catherine Lescot. Sa première femme, Charlotte Gatineau était décédée à 35 ans, deux jours après avoir mis au monde une petite Marie, qui elle-même décèdera le 7 novembre. Sa seconde épouse, Marie Anne Caperon avait accouché d’une petite fille le 13 septembre 1741, qui décèdera le 4 mai 1743. Au 18ème siècle, beaucoup de mères meurent encore des suites de l’accouchement, ce qui est moins le cas au 19ème siècle et peut en partie expliquer la chute des remariages.

Nous avons déjà évoqué le cas de Marie Marguerite Randouin, épouse de Nicolas Barbier, receveur de la ferme des d’Archambault, qui décède très jeune, à 26 ans, le 14 mars 1742, tout juste un an après la signature de son bail. Huit mois après son décès, le 13 novembre 1742, Marie Marguerite se remarie avec Jean Duguet de Pannecières dont le père est laboureur et ce dernier devient receveur de M. d’Archambault. Entre temps, elle exploite la ferme puisqu’elle est dite fermière. Deux enfants naissent Jean en 1745 et François en 1747, puis son mari décède à 32 ans le 5 avril 1749. Elle attend un peu plus longtemps cette fois et se remarie le 21 juillet 1750 avec Jacques François Delaporte, 26 ans, originaire de Toury. Elle est présentée dans l’acte comme « receveuse » de M. d’Archambault et son mari le devient tout naturellement ensuite. Il est probable qu’elle n’a pas le choix si elle veut assumer le bail de la ferme. Elle décèdera le 8 octobre 1777 et son veuf ne se remariera que beaucoup plus tard le 21 février 1781.

Marie Catherine Drapier épouse Michel Baillard marchand de bas en 1743. Ce dernier décède le 6 janvier 1746 à 30 ans de maladie. Elle se remarie le 4 juillet 1746, 6 mois plus tard, avec un autre marchand de bas, Pierre Lubin qui décède à son tour à 20 ans le 22 décembre 1746. L’année suivante, le 15 mai, moins de 6 mois plus tard, elle épouse Pierre Rouleau lui-même veuf de Marie Catherine Michau. Elle n’a que 27 ans.

1759 est également marqué par les remariages : quatre mariages dont deux veufs et deux veuves. Georges Bertrand, âgé de 53 ans, est veuf en troisièmes noces de Marguerite Pichot quand il épouse le 23 juillet, Marie Barbe Cadort, 54 ans, elle-même veuve de Jacques Vacherot.

Ils ne détiennent cependant pas le record du remariage des plus âgés. Il appartient à Jacques Séjourné et Jeanne Françoise Bertrand, tous deux veufs, qui se remarient le 27 novembre 1764 à l’âge, tous deux, de 61 ans.

Le plus long veuvage est celui d’Adolphe Brinon, veuf de Bathilde Boyard, petite-fille de Charles Boyard, fondateur de la manufacture Boyard en 1796, qu’il a épousé en 1855 et qui est décédée en 1864. Il attendra 1882 pour se remarier avec Rose Belzacq elle-même veuve depuis 1871, de Louis Buret autre fabricant de Pussay, et concrétiser ainsi le rapprochement de leurs deux sociétés.

L’intérêt professionnel n’est bien sûr pas exclu de ses remariages. Le 1er mai 1889, Lucien Eugène Mignon, 45 ans, veuf de Pauline Alexandrine Douce décédée le 23 mars 1888, se remarie avec Camille Augustine Martin, 32 ans, veuve de Désiré Denis Pillet décédé le 14 mai 1888. Il est boucher, elle est bouchère. Maurice Louis Mignon dernier-né âgé de 5 ans ne survit pas à la mort de sa mère et meurt le 21 août 1888, tandis que sa sœur Marie Léontine âgée de 21 ans se marie, un mois après le remariage de son père le 3 juin 1889, avec Gustave Hippolyte Lesage né à Pussay, mais établi à Arpajon comme … boucher.

LES DIVORCES

Il n’y a en tout et pour tout que cinq divorces dans les registres de Pussay jusqu’à 1899 et il faut bien sûr attendre l’après Révolution pour trouver le premier, celui des époux Bordier-Couturier le 29 pluviôse an 2 (17 février 1794). Marie Geneviève Couturier était veuve de Pierre Alexis Vilette décédé de maladie depuis 6 mois, quand elle épouse le 30 novembre 1792 Jean Pierre Bordier sorti de Moustiers diocèse de Chartres depuis 6 mois. Le divorce a lieu un peu plus d’un an après pour cause d’injures et mauvais traitement.

Le 11 vendémiaire an 10 (3 octobre 1801) François Boudon et Marie Catherine Victoire Bertheau se séparent. L’acte de non conciliation dressé le 22 floréal an 9 par huissier, constate que les citoyens convoqués par le maire le 19 germinal n’ont pu se concilier. Ce jour-là les époux avaient demandé à profiter du bénéfice de la loi sur le divorce par consentement mutuel. François a 39 ans, est apprêteur de bas originaire de Pussay, Marie Catherine a 33 ans, est originaire de Mondonville-Saint-Jean dans l’Eure-et-Loir et réside à Orléans. Le 11 vendémiaire, « lesdits époux persistant dans leur première résolution ont demandé à haute voix la dissolution de leur mariage en présence de François Babaut âgé de soixante ans notaire public domicilié en la commune de Saclas, de Pierre Joseph Romet jury consulte à Orléans âgé de cinquante ans, de Mathurin Michau quarante ans domicilié à Mondonville-Saint-Jean et de Louis Colas âgé de vingt huit ans domicilié en la commune de Pussay commis marchand. Après quoy moi Pierre Paul Dujoncquoy maire de la commune de Pussay faisant les fonctions d’officier public de l’état civil ai prononcé qu’au nom de la loi le mariage de François Boudon et Marie Catherine Victoire Bertheau est dissous » et tout le monde a signé.

Il faudra ensuite attendre 1884, 1895 et 1897 pour trouver les trois autres divorces qui sont consignés dans les registres à la suite de jugements des tribunaux civils compétents.

Sources :

Registres paroissiaux et d’état civil de Pussay

Archives départementales de l’Eure-et-Loir : 2E34

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