Le château au XIXe siècle

ÉVOLUTION DU CHÂTEAU AU XIXe SIÈCLE

Nous avons exposé à l’article « Partage du château en 1703 », la répartition des biens de François de Languedoue et d’Hélène de Cmpans-Bequet entre leurs trois filles, Hélène, Françoise et Charlotte et nous avons suivi leur parcours jusqu’à la Révolution. A ce moment-là, la seigneurie de Pussay est partagée entre Jacques François d’Archambault pour un tiers et Jacques Thorin de la Tanne pour les deux autres tiers.

Ce dernier vend ses biens le 8 février 1791 aux sieur et dame Lenoir-Debalay moyennant 120 000 livres, dont 20 000 ont été payées par le contrat. Quant aux 100 000 livres restantes, réduites à 40 000 d’après l’échelle de dépréciation du papier monnaie, elles ont été payées le 1er brumaire an 12 avec des deniers appartenant à Mesdames Siraudin et Dorigny.

François Etienne Lenoir-Debalay et Marie-Jeanne Delamoninary s’étaient mariés le 20 décembre 1740 à Paris et avaient eu deux filles Marie-Sophie, mariée à Nicolas Casimir Julien Dorigny, caissier de la monnaie de Paris, et Amélie Henriette, mariée à Jean Claude Eugène Siraudin, lieutenant de la gendarmerie royale. A la mort de son mari, Marie-Jeanne a vendu le 18 frimaire an 12 la nue propriété de ses biens, sous réserve de l’usufruit pendant sa vie, à ses filles, pour se libérer envers elles de la somme de 92 839 francs qu’elle leur devait sur la succession de son mari. A sa mort en 1808, elles en sont devenues entièrement propriétaires.

Ce sont ces biens que se partagent le 26 mars 1819 Louis Nicolas Bourgeois, propriétaire à Paris, et Louis Bertrand Gry, cultivateur à Pussay. Ils s’étaient rendu coacquéreur, pour moitié chacun, de la ferme de Pussay les 3 et 9 mars 1819, pour la somme de 160 000 francs. Le fils de Louis Bertrand Gry fera démolir en 1842 cette moitié de château pour y construire la maison bourgeoise qui subsiste aujourd’hui et dont l’histoire va devenir celle de la fabrique Forteau-Gry. (Voir l’histoire de cette fabrique à la rubrique « Travail de la laine », l’article « Essor des manufactures au 19ème siècle »).

 

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A droite, la moitié restante du château. Dans son prolongement se situait l’autre moitié, démolie en 1842 et remplacée par cette maison style 19ème siècle.

 

Quant à l’autre moitié du château, propriété des d’Archambault, elle va connaître le sort des biens d’émigrés pour ses 2/5èmes, lesquels sont mis en vente par l’administration centrale du département de Seine-et-Oise le 25 fructidor de l’an 4 (13 septembre 1796), « vente faite par la République représentant deux héritiers émigrés de Jacques-François Darchambault père » et acquis par Jeanne Françoise Gautron, veuve de Jean Denizeau. Les 3/5èmes restants sont conservés par la famille d’Archambault non émigrée. (Voir le détail de la procédure engagée par Jacques François d’Archambault pour se faire rayer de la liste des émigrés sur laquelle il a été inscrit par négligence de sa part et récupérer 12 ans plus tard, le 8 pluviôse an 13 (28 janvier 1805), la totalité de ses biens, à l’article « La Révolution »).

 

APPARAISSENT JEAN-PIERRE DELANOUE ET LOUISE CATHERINE SEJOURNE

 

Cette moitié de château aurait pu disparaître. Elle est restée debout et s’est trouvée un propriétaire unique. Sur la demande de Jean Simon Denizeau, cultivateur à Pussay, et Marie Françoise Denizeau, veuve d’Adrien Pierre Venard, propriétaire et cultivateur à Barmainville, héritiers de Jeanne Françoise Gautron, le château est mis en vente et le 17 août 1809 est adjugé pour la somme de 9725 francs à Jean-Pierre Delanoue, cultivateur à Pussay, un corps de ferme composé

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« d’un bâtiment servant d’habitation couvert en ardoises sur un comble à l’antique, terminé aux deux bouts par deux tourelles. Le rez-de-chaussée consiste en une entrée, deux grandes chambres à feu, un cabinet circulaire, une entrée au bout de laquelle est un cabinet étant au-dessus de l’entrée dudit rez de chaussée, ledit cabinet appartient au voisin et est indépendant dudit bâtiment ; trois greniers au-dessus dudit premier étage ; cave sous ledit bâtiment ; un escalier de fond en comble » ; d’une bergerie en grande partie en ruine ; une grange ; une étable et écurie ; un fournil et poulailler ; un colombier en ruine ; « une grande cour close de murs, avec porte charretière, dans laquelle il y a puits commun avec le voisin qui y a droit d’entrée dans ladite cour pour y puiser de l’eau seulement » ; « un jardin clos de murs (couverts en chaume) en très mauvais état, et en friche, dans lequel il y a quatorze pièces d’arbre d’essence de cerizier, un noyer et un houe… tenant d’un côté du midi à la grande rue, du nord au bois de la communauté, du levant à une ruelle et du couchant aux héritiers de Madame Lenoir. Le tout estimé… à la somme de 4 000 francs ».

Les cultivateurs de Pussay, bien souvent aussi marchands de bas, étaient suffisamment aisés pour acheter les biens des nobles émigrés ou d’autres d’ailleurs, puisque, avant les biens d’émigrés, avaient été vendus les biens nationaux et ceux de la fabrique de Pussay en particulier.

 

APPARAISSENT JEAN-BAPTISTE DELANOUE ET MARIE THERESE ANNE BOUTHEMARD

 

Jean-Pierre Delanoue et Louise-Catherine Séjourné avaient six enfants, dont Jean-Baptiste et Jean-Pierre, l’aîné, prénommé comme son père, marchand et fabricant de bas, marié à Marie Anne Catherine Marcille.

Le 18 ventôse de l’an 4 (8 mars 1796), s’était célébré le mariage de Jean-Baptiste Delanoue avec Marie Thérèse Anne Bouthemard. Elle était la fille mineure de Louis Bouthemard marchand et cultivateur demeurant à Gommerville et de Jeanne Françoise Thérèse Victoire Guy. La dot du futur était constitué de 7 000 livres dont 500 livres en la valeur de ses habits, hardes et linge à son usage et 6 500 livres en argent clair. La dot de la future était de 7 000 livres dont 1 000 livres en la valeur d’un trousseau composé de meubles, effets, habits, hardes et linge tant à l’usage de la future que pour l’entretien et usage de sa maison et 6 000 livres en deniers et argent clair. « Pour l’accomplissement dudit futur mariage, ledit futur époux a doué et doüe laditte future épouse de la somme de 3 600 livres de douaire », voilà l’origine du mot douairière : c’était en fait des biens que le mari assignait à sa femme pour en jouir si elle lui survivait.

En cette année 1810, Jean-Pierre Delanoue père vend à chacun de ces deux fils restés à Pussay, une maison.

A Jean-Pierre, il vend, pour 8 000 francs, « une ferme sise à Pussay consistant en une maison, chambre, fournil, grenier au-dessus, écuries, étables à vaches, granges, bergeries, poulailler, toit à porcs, cour au milieu desdits bâtiments, grande porte charretière et poutil pour entrer en icelle, sur le carrefour de Pussay, une autre porte charretière du côté des terres labourables, aujourd’hui un chemin faisant le tour dudit Pussay avec un jardin derrière les granges, clos de murs et les autres aisances et dépendances de ladite ferme, tenant le tout d’une part vers le midi, à la dame veuve et enfants Dujoncquoy d’autre part vers le septentrion à une cour commune, d’un bout vers l’occident sur le chemin et tour du bourg de Pussay et d’autre bout vers l’orient sur le carrefour dudit Pussay… appartenant audit sieur Jean-Pierre Delanoue… par contrat passé…. le 31 mars 1777 provenant de la succession de dame Rose Peigné veuve du sieur Louis Bertrand marchand de bas à Pussay ».

A Jean-Baptiste, il vend, pour 6 000 francs, « une maison… » qui n’est autre que la moitié du château. Il payera cette maison et la ferme qui en dépend le 9 décembre 1818 et le 20 juillet 1819. Déjà, celui-ci possède ou afferme une importante quantité de terres. Lors d’un partage entre les filles de Jacques-François Darchambault, deuxième du nom, nous apprenons que 30 hectares de terres, en 46 pièces, lui sont louées par elles depuis 1811 « moyennant la somme de 1 600 francs en argent et 10 kg de beurre fondu mis dans des pots de grès ». A la même époque, il veut faire construire un bâtiment dans sa cour, dont « l’égout doit être du côté du pignon commun de la grange de ladite dame Dujoncquoy appellée la petite ferme ». Ils font donc tous deux appel, le premier à Louis Roulleau, charron, la seconde à Denis Bertrand Drot, maître-maçon, « comme expert à l’effet de régler et déterminer la distance » entre le bâtiment neuf de l’un et la grange de l’autre.

En 1814, Jean-Baptiste Delanoue est toujours cultivateur, fabricant de bas, il est devenu maire de la commune et il achète sur adjudication 6 hectares de terres en 10 pièces, pour 10 000 francs. Ces terres étaient exploitées par « Marie Madeleine Fagueret, veuve de Louis Eusèbe Félix Duret, laboureuse, demeurant à Pussay suivant le bail qui a été fait à elle et à feu son mari de la totalité de la ferme… le 3 germinal an 12 [24 mars 1804] ».

 Cette même année, lors d’un bail passé entre Jean-Pierre Delanoue père et son fils Jean-Baptiste sur 21 hectares de terre, il est précisé pour la première fois « de bien et duement labourer, cultiver et ensemencer lesdites terres en tems et saisons convenables, suivant l’usage des lieux sans pouvoir les doubler ni surcharger mais bien les dessaisonner pour y faire des prés artificiels… ».

De la succession de sa femme, il reçoit en 1815 18 hectares de terres en 23 pièces autour d’Angerville. Les deux filles de Jacques-François Darchambault, Gastonne Marie Julienne et Marie Marguerite Florence, lui signent, l’une le 3 mai 1816, l’autre le 24 août 1817, un bail pour 12 ans, pour respectivement 17 et 11 hectares, moyennant l’un 789,50 francs et 5 kg de beurre fondu mis dans des pots en grès et rendus à Chartres, l’autre 740 francs et aussi 5 kg de beurre. En 1828, Jean-Baptiste Delanoue et Louis Théodore Isambert, propriétaire demeurant à Saint-Péravy-Epreux, achèteront ces mêmes terres des héritiers de Marie Marguerite Florence Darchambault.

Jacques-François Darchambault, deuxième du nom, avait épousé le 27 février 1745 Marie Julienne Detremault. Trois filles étaient nées de cette union, Marguerite décédée le 24 vendémiaire an 13 (17 octobre 1804), Gastonne et Florence qui vivaient à Chartres comme leurs parents. Marie Julienne Detremault était décédée le 8 mars 1785 à Chartres et n’avait donc pas vécu la Révolution. Jacques-François Darchambault l’avait vécu, mais n’ayant pas émigré, il avait conservé sa part des biens qui lui revenaient de son père, après un partage fait entre lui et ses neveux et nièces le 11 fructidor an 11 (29 août 1803). Ce sont ces biens, considérablement réduits, dont avaient hérité les deux soeurs à la mort de leur père le 18 janvier 1810. Il ne leur restait d’ailleurs plus que des terres puisque le château avait été vendu sur adjudication, à la demande des héritiers Denizeau, le 17 août 1809. Pour autant elles n’étaient pas démunies d’argent, puisque les terres étaient soit vendues soit affermées, généralement à Jean-Baptiste Delanoue. Florence Darchambault était décédée le 5 février 1827 et ses héritiers, cousins et cousines puisque les deux soeurs n’étaient pas mariées, vendaient ces mêmes biens.

Peu à peu Jean-Baptiste Delanoue rachetait les terres des Darchambault. Il y avait là 28 hectares de terres labourables empaillées en 42 pièces, vendus pour la somme de 45 000 francs, dont 22 500 francs payés comptant. Monsieur et Madame Isambert allaient revendre leur part à Jean-Baptiste Delanoue en 1829.

Mais revenons à ce 17 février 1818 où Jean-Pierre Delanoue et Louise Catherine Séjourné font donation et partage de leurs biens entre leurs six enfants, dont Jean-Baptiste. Ce dernier reçoit alors 16 hectares de terres labourables et une petite maison, le tout représentant une valeur de 8 539 francs. L’énumération des terres mentionne encore à cette époque, la présence du moulin et la construction très probablement de la route de Dourdan : « Article 15 – 30 ares 62 centiares (3 minots ou 60 perches) autrefois un setier (la perte est causée par la construction de la grande route qui en emporte un minot) terroir de Pussay, près le moulin à vend, d’un long le sieur Denizeau, d’autre long Pierre Chaudé, d’un bout le sieur Dargère, d’autre bout le chemin de Pussay à Grandville section G n°122 … Article 20 – 15 ares 31 centiares champtier du chemin dudit lieu à Grandville, d’un long les héritiers Thirouin, d’autre long Charles Séjourné, d’un bout Arnoult Ballot et d’autre bout le chemin de Grandville. Cette pièce est près du moulin de Pussay ».

Quant à la maison, elle est « sise audit Pussay donnant sur la ruelle du four vers Angerville, composée d’une chambre à feu, grenier dessus, droit de communauté à une cour, petit jardin en face de ladite maison, le tout se tenant, joignant d’un côté Monsieur Raimberd et autres, d’autre côté Eutrope Bertrand, d’un bout le sieur Renard, et d’autre bout le chemin du tour, estimés deux cent quarante francs ».

En avril 1821, Louis Bertrand Gry qui s’était rendu acquéreur en 1819 de l’autre moitié du château des héritiers Lenoir, renonce à la communauté du puits et au passage de la porte qui communique de sa cour pour aller au puits dans celle de Jean-Baptiste Delanoue, lequel pourra faire boucher et clore de murs le passage de la porte.

Se trouvant maintenant à la tête d’un certain nombre d’hectares, Jean-Baptiste Delanoue loue ses terres à des cultivateurs de Pussay. Il passe un bail avec Hypolite Plé et Marie Euphrasie Morize son épouse pour 10 arpents et 88 perches en 23 pièces, pour 10 ans, à compter des guérêts de Pâques 1831, moyennant la somme de 324 francs de fermage annuel, moitié à Noël, moitié à Pâques.

Il passe un autre bail avec Jean Pierre Barthélémy Renard, cultivateur et aubergiste à Pussay, pour un fermage annuel de 1008,30 francs, à raison de 12 francs la mine de terre, plus le voiturage d’une corde de bois et la livraison de deux chapons à la Saint-Vincent. « A la fin de sa jouissance, le sieur Renard sera tenu de laisser 10 mines de prairie artificielle, moitié d’un an, moitié de l’année ». Ce bail sera résilié le 14 mars 1833 à partir des guérêts de Pâques. Le sieur Delanoue reprend ses droits « sauf la récolte à faire en la présente année par le sieur Renard sur les terres qui seraient ensemencées en blé et à mettre mars au moyen de cette récolte ».

 

APPARAISSENT MARIE STEPHANIE DELANOUE ET VINCENT ALEXANDRE BALLOT

 

De l’union de Jean-Baptiste Delanoue et Marie Thérèse Anne Bouthemard étaient nés Thérèse Florence, Thérèse Adélaïde, Marie Stéphanie et Auguste Désiré. Thérèse Florence avait épousé le 13 février 1822 Joseph Victor Desforges cultivateur à Tivernon, Thérèse Adélaïde avait épousé Jean Baptiste Désiré Abraham Denizeau cultivateur à Monnerville, Auguste Désiré était avoué à Rouen et en ce jour du 24 janvier 1831 Mademoiselle Stéphanie Delanoue épouse Monsieur Vincent Alexandre Ballot. Elle est âgée de 22 ans, n’exerçe aucune profession et demeure avec ses père et mère. Il est le fils de Vincent Arnoult Ballot, fabricant de bas demeurant à Pussay et de Marie Anne Agathe Cochin, est âgé de 22 ans et employé au commerce de bas. L’apport de l’époux se compose d’une somme de 10 000 francs, celui de l’épouse d’une somme identique constituée de 1 000 francs « en la valeur d’un trousseau composé des habits, linge, hardes, bijoux à son usage et de bons effets de ménage » et de 9 000 francs « en espèces d’argent et monnoies ayant cours« .

Vincent Alexandre Ballot a une soeur, Adèle Virginie, qui a épousé le 5 novembre 1823, un marchand épicier avec lequel elle demeure à Saint-Père, commune de Méréville, : Jean Désiré Hutteau. Deux garçons étaient nés du mariage et un troisième ne tarderait pas à naître, dont le nom restera attaché à l’histoire des fabriques de Pussay.

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Marie Stéphanie DELANOUE (1808-1888)                                            Vincent Alexandre BALLOT (1808-1889)

 

En 1823, Alexandre est séminariste à Chartres. C’est sa grand-tante, Marie Catherine Bertrand, qui nous lègue cette information dans son testament du 8 décembre 1823. Le grand-père d’Alexandre, Claude Arnoult Ballot avait épousé Véronique Bertrand ; Marie Catherine était sa soeur. Elle ne s’était pas mariée et vivait à Chartres jusqu’à ce jour du 25 janvier 1826. Son testament précise :

« 1 – Je donne et lègue à Simon Bertrand, mon frère, demeurant à Pussay, près Angerville, une rente annuelle et viagère, sur sa tête, de cinquante francs, franche de retenue qui courra du jour de mon décès

2 – Je donne et lègue à Adélaïde Virginie Ballot, ma petite nièce, soeur de mon légataire universel, une somme de douze cents francs, en argent, qui ne sera exigible par elle qu’à l’époque où mon légataire universel aura l’âge de vingt cinq ans, sans intérêts

3 – Je donne et lègue à Marie Louise Bertrand, ma soeur demeurant à Pussay, la somme de trois cents francs, en argent, qui sera comme la précédente, exigible lorsque mon légataire universel aura vingt cinq ans, sans intérêts

4 – Je donne et lègue au séminaire de Chartres, la somme de mille francs qui sera exigible comme les précédentes

5 – Je désire que mon inhumation ait lieu à l’heure des messes et être portée par les orphelins des bureaux qui recevront chacun un franc cinquante centimes pour leur peine

6 – Je veux qu’il soit acquitté, le plutôt possible, après mon décès, à Pussay près Méréville, deux annuels de cinquante messes basses dont un à mon intention et à celle de ma famille et l’autre à l’intention de MM Chauvin anciens curés du lieu, plus à mon intention, un annuel de cinquante messes basses à la chapelle des Carmélites à Chartres – un annuel de cinquante messes basses à la chapelle du monastère de la Visitation rue Avedan à Chartres et quatre autres annuels de cinquante messes basses, soit dans la chapelle du séminaire, soit ailleurs au choix de M le Supérieur du séminaire. Chaque annuel sera payé cinquante francs. Mon légataire déposera les sommes nécessaires, savoir pour Pussay, es mains de M le Curé Julien, pour les Carmélites es mains de la Supérieure, pour la Visitation es mains de la Supérieure et pour le séminaire aussi es mains de M le Supérieur ».

Le 14 novembre 1837, Vincent Arnoult Ballot, propriétaire demeurant à Pussay et dame Agathe Cochin sa femme vendent à leur fils Vincent Alexandre, fabricant de bas, 30 ares de terre labourable, moyennant 30 francs. Cette vente serait tout à fait banale si la pièce de terre n’avait pas une histoire sortant de l’ordinaire. Cette pièce appartenait à Vincent Arnoult en qualité de seul et unique héritier de Claude Arnoult Ballot son père, en son vivant maçon à Pussay. Ce dernier la possédait au moyen du défrichement opéré en l’année 1786, pour jouir du bénéfice accordé par la loi en vertu de l’ordonnance du 13 août 1766.

En effet, « Aujourd’hui samedy onze février mil sept cent quatre vingt six, dix heures du matin, est comparü au greffe du bailliage royal d’Etampes, Claude Arnoult Ballot, maçon en gros murs demeurant à Pussay, lequel a dit que pour profiter du bénéfice accordé par sa majesté à tous cultivateurs de terres incultes par la déclaration du treize août 1766, il a commencé, et entend faire défricher trois minots de terre sis au terroir de Pussay, champtier du fond de la vallée, tenant d’une part à la veuve Boudon, d’autre part faisant sommiere, d’un bout sur le chemin de la corvée (chemin d’Angerville à Dourdan), d’autre bout sur plusieurs, lesquels trois minots de terre sont incultes et en friches depuis un tems immémorial, et notamment depuis plus de quarante ans, de laquelle déclaration ledit Ballot a requis acte à lui octroié, et a signé en cet endroit des présentes ».

Et afin que nul n’ignore l’intention de Claude Arnoult Ballot, avis en était donné à la population de la façon suivante : « L’an mil sept cent quatre vingt six le lundy dix sept avril feste de Paques, issüe de la messe paroissiale cejourd’hui dite chantée et cellebrée en l’église St Vincent dudit Pussay, à la requête de Claude Arnoult Ballot maçon en gros murs demeurant audit Pussay où il a élu son domicile je me suis Charles Echer huissier garde en la prévôté générale des monnayes de France résidant à Angerville Lagâte soussigné exprès transporté audit Pussay au devant de la porte et principale entrée de l’église dudit Pussay, où étant les habitants et paroissiens sortans de ladite église, assemblés au tour de moy, en grand nombre, j’ai en leur présence à haute et intelligible voix, publié et fait lecture des déclarations faites par ledit Ballot, aux greffes du bailliage royal d’Estampes et de l’élection de Dourdan le onze février dernier, à ce que du contenu auxdites déclarations nul n’en prétende cause d’ignorance, ce fait j’ay dans l’instant affiché copie tant desdites deux déclarations susdattées que du présent contre la porte de ladite église en présence desdits habitans qui se sont retirés sans vouloir signer lesdits jour et an dont acte ».

Vincent Arnoult Ballot décède le 31 décembre 1843 et Jean Désiré Hutteau le suit de près, le 30 janvier 1844. Le frère et la soeur procèdent alors au partage des biens dépendant de la succession de leur père et de la donation de leur mère. Vincent Alexandre Ballot reçoit à ce titre la somme de 11 000 francs, 6 hectares de terre et « une maison sise à Pussay, rue du jeu de paume, composée de quatre pièces par bas, grenier au dessus, cour et jardin en face, une petite maison à l’angle de la cour, étable en appentis, plus deux espaces à prendre au levant à la suite de ladite principale maison dans une grange de trois espaces, cour devant autant qu’en emportent lesdits deux espaces jusqu’à la ruelle de l’église, le tout tenant d’un long au premier lot, d’autre long à Napoléon Villette, pignon mitoyen avec lui, et encore au même avec mur mitoyen jusqu’à hauteur de clôture et enfin à Villette Dufresne, aussi mur mitoyen avec lui jusqu’à hauteur de clôture, d’un bout à la rue du jeu de paume, d’autre bout à la place de l’église, sur laquelle existe une sortie. Il a été dit qu’il serait construit à frais communs pour séparer les deux lots et pour demeurer mitoyens un pignon dans la grange de soixante six centimètres d’épaisseur et un mur de trois mètres de hauteur et cinquante centimètres d’épaisseur. Et un jardin sis à Pussay en face de ladite maison, clos de murs, tenant d’un long au sieur Boudon mur de séparation mitoyen jusqu’à hauteur de clôture, d’autre au sieur Meslan, avec même mur de séparation, d’un bout au sieur Louis Haillard aussi mur de séparation mitoyen entre d’autre à la rue ».

Sa sœur, Adèle Virginie Ballot veuve Hutteau, reçoit l’autre moitié de la maison, l’ensemble formant ce qui sera plus tard la fabrique, puis la cité Hutteau, près de l’église, où se trouve aujourd’hui la place de la fontaine. La maison appartenait en propre à Vincent Arnoult Ballot et lui provenait de ses père et mère. La grange et d’autres bâtiments échus à Madame veuve Hutteau avaient été construits par la communauté sur un jardin cédé à titre d’échange par Jean Simon Denizeau le 7 mai 1813, lequel était propriétaire du jardin comme héritier pour moitié de Jeanne Françoise Gautron, sa mère veuve Jean Denizeau à laquelle il avait été adjugé par les administrateurs du département le 23 juillet 1796.

Le 30 avril 1849, Jean-Baptiste Delanoue et Marie Thérèse Anne Bouthemard procèdent au partage anticipé de leurs biens entre leurs quatre enfants : Thérèse Florence, Thérèse Adélaïde, Marie Stéphanie et Auguste Désiré. Il est grand temps, car Jean-Baptiste Delanoue va décéder le 21 mai 1849 et Marie Thérèse Anne Bouthemard le 7 janvier 1850. La valeur des biens donnés s’élève à 109 380 francs, à savoir une somme de 68 000 francs en argent, des bâtiments, cours, jardin, dépendances composant l’ancien château et la ferme en dépendant et 51 hectares de terres labourables en 96 pièces. Les donataires feront aux donateurs « une rente et pension annuelle et viagère alimentaire incessible et insaisissable de 1 425 francs… en bonnes espèces d’or ou d’argent ayant cours en quatre termes et paiemens égaux fixés aux premier août, premier novembre, premier février, premier mai de chaque année à partir du premier mai 1849… jusqu’au décès du dernier vivant ».

De ce partage, il échoit à Marie Stéphanie « un corps de batimens composé d’une vaste maison dite l’ancien château de Pussay consistant : au rez de chaussée en plusieurs chambres et cabinets carrelés et au premier étage, aussi en plusieurs chambres et cabinets, carrelés, grenier sur le tout couvert en ardoises.

Escalier en pierre pour monter au premier étage et au grenier dans une tourelle situé à droite dudit château, grosse tour ronde à l’angle nord est dudit château.

Ce château d’ancienne construction à quatre entrées dont deux au nord et deux au midi avec perron à chaque entrée.

Cour au midi dudit château ayant sa sortie sur la rue de Pussay par une porte charretière et par une porte bâtarde toutes deux arquées.

Autre cour au nord dudit château se tenant à la première par un passage qui est à l’est dudit château, dans cette cour puits à eau presqu’au milieu.

Dans le fond à droite poulailler petit batiment à côté ayant un premier étage auquel on arrive par un escalier en pierres (ce petit batiment sert à la fabrique de bas) bucher et autre petit batiment à côté le tout construit sur la superficie du jardin.

Dans le fond à gauche de ladite cour lieux d’aisances et remise construits sur la superficie de la cour.

Mur séparatif entre la ferme ci après et les dépendances ci dessus indiquées du château lequel mur va toujours en obliquant plus ou moins à droite à partir de la porte charretière de la première cour du château pour aller aboutir au mur séparatif du jardin à la hauteur du pan est du poulailler sus indiqué sur ce mur ont été construits en face du château deux petits batimens servant à la fabrique de bas. Ces deux batimens font hache sur la cour de la ferme ci après.

plan1849  Les bâtiments servant à la fabrique sont ceux du fond de la cour, avec l’escalier et ceux situés à cheval sur le mur de séparation. A côté de la porte charretière donnant sur le jeu de paume, se trouve l’ancienne maison d’école.

 

Jardin derrière la cour et derrière les dépendances de la ferme, lequel jardin planté d’arbres à fruits et autres, de vigne, et garni d’espaliers est entouré de murs et à une porte de sortie dans le mur nord à l’angle nord ouest, et droit de passage par cette porte sur la propriété de M Dujoncquoy pour aller dudit jardin au chemin du tour de Pussay, lequel passage est d’une largeur de quatre vingt seize centimètres dans toute sa longueur.

Etant en l’acte extrait expliqué que pour séparer la portion de jardin qui appartient aux dépendances du château d’avec celle réservée aux dépendances de la ferme, il serait construit un mur à frais commun entre les donataires qui auraient ces deux propriétés …

Le tout estimé douze mille francs.

Les deux tiers indivis dans un autre corps de batimens comprenant la ferme consistant en : deux maisons d’habitation formant l’une une chambre à coucher et l’autre une cuisine, deux granges en retour d’equerre, à l’angle est de ladite maison, étable devant ces granges.

Bergerie et étable et écurie aussi en retour d’equerre, et faisant face à la maison, cour au milieu de ces batimens autre cour derrière la maison poulailler au fond à gauche, loges et hourdis.

Porte charretière donnant sur le jeu de paume. Passage ou couloir allant de la première cour à la rue de Pussay et jardin derrière la cour deuxième lequel jardin sera composé de la portion ci devant indiqué. Tous les batimens couverts en tuiles.

Le tout tenant d’un long couchant M Gry murs mitoyens de ce côté d’autre long M Dujoncquoy, le jeu de paume, l’ancienne maison d’école et une rue d’un bout le chemin dePussay et plusieurs d’autre bout nord M Dujoncquoy.

Lesdits deux tiers indivis desdits batimens estimés six mille francs ».

Le passage avait été cédé à M et Mme Delanoue par Jean-Pierre Dujoncquoy le 16 septembre 1828.

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En-tête de facture de la fabrique Ballot-Delanoue

 

Cinq ans plus tard, Joseph Victor Desforges, cultivateur à Tivernon et sa femme Thérèse Florence Delanoue, soeur de Marie Stéphanie, lui vendent ainsi qu’à son mari Vincent Alexandre Ballot, la totalité de ce que Madame Desforges avait reçu en partage, à savoir le tiers de la ferme dont Marie Stéphanie avait reçu les deux tiers, pour la somme de 3000 francs et les terres moins ce qu’ils avaient vendu précédemment, pour la somme de 15000 francs. Marie Stéphanie a ainsi reformé l’ensemble constitué par l’ancien château et la ferme qui en dépend.

Cette ferme était affermée depuis le 25 décembre 1839 à Auguste Désiré Parrait, cultivateur, et Louise Marguerite Thomin son épouse. Le 15 janvier 1859, ce bail est prolongé pour 18 années qui commenceront par la levée des guérêts de 1859. Il s’agit d’un corps de bâtiment faisant partie de l’ancien château composé d’un logement, grange, deux appentis, grange, toit à porcs, bergerie, écurie, cour et grange neuve de cinq espaces prise dans le jardin des bailleurs, poulailler, lieux d’aisance et terres labourables, pour un loyer annuel de 2 435 francs. Deux articles du bail obligent les preneurs, l’un « de cultiver, labourer, fumer, ensemencer les terres labourables dans les temps et saisons convenables suivant l’ordre des soles établies lors de leur entrée en jouissance, sans pouvoir les désoler, surcharger de semence ni effriter et de les rendre en fin de bail en bon état de culture et par soles » ; l’autre « de ne pouvoir réclamer des bailleurs aucune diminution sur le fermage pour cause de grêle, sécheresse, inondation, feu du ciel et autres cas prévus ou imprévus ».

A la même époque, le 20 janvier 1859, Vincent Alexandre Ballot et sa soeur Adèle Virginie, veuve Hutteau demeurant à Saint Père, échangent une partie de leurs biens. Vincent Alexandre cède à sa soeur la maison rue du jeu de paume et le jardin situé en face et en échange, Adèle Virginie lui cède ses terres labourables. Adèle Virginie est probablement venue s’installer avec ses enfants à Pussay après la mort de son mari en 1844. Au recensement de 1846 elle habite avec sa mère, veuve elle-même, et ses trois enfants, Désiré 21 ans, Léon 20 ans et Alfred 11 ans ? . Le 19 juillet 1847, Désiré, apprêteur de bas et célibataire, décède. Au recensement de 1851, elle habite toujours avec sa mère, mais cette fois il ne reste plus qu’Alfred, 16 ans ? , apprenti fabricant de bas, car elle a entretemps établi Léon et lui a remis à ce moment ce qui lui revenait dans les successions de son père et de son frère. En 1860, il est mercier rue Montmartre à Paris, lorsque son frère Alfred épouse Marie Louise Désirée Parrait, la fille des fermiers du château. Alfred est alors fabricant de bonneterie et il a sans doute besoin d’agrandir la fabrique, ce qui expliquerait l’échange auquel procède sa mère et son oncle en 1859.

cpcha4 Le château avec le mur de séparation à droite

 

APPARAISSENT MARIE STEPHANIE ALEXANDRINE BALLOT ET GUSTAVE GABRIEL EDMOND BURET

 

Vincent Alexandre Ballot et Marie Stéphanie Delanoue avaient eu plusieurs enfants, mais seule avait survécu Marie Stéphanie Alexandrine née le 27 février 1845. Et en ce jour du 30 mai 1864 elle épousait Gustave Gabriel Edmond Buret, fabricant de bonneterie né à Pussay le 27 octobre 1836.

marieballotedmondburet 
Marie Stéphanie Alexandrine BALLOT (1845-1905)                                   Gustave Gabriel Edmond BURET (1836-1921)

 

Pénétrons un instant dans l’intimité du château. Une petite feuille volante, tel un aide-mémoire, datée d’octobre 1856, récapitule « le trousseau pour Marie » : « Une timbale et un couvert d’argent. Trois paires de draps, douze serviettes, six serviettes de toilette, douze chemises, douze mouchoirs de poche blancs, cinq jupons dont trois blancs. Six cols d’uniforme et un brodé, six fichus de nuit, six chemises de nuit, six paires bas pour l’hiver, un peigne fin et une brosse, un déméloir, une brosse à tête, idem à habits, à dents, à ongles, un parapluie en soie et une ombrelle en soie. Une robe blanche, deux robes noires de mérinos, un chapeau de peluche noire garni de rubans de satin noir et rose et un autre chapeau plus commun. Deux pantalons noirs en mérinos aussi, deux mouchoirs blancs pour servir la nuit. Une couverture en laine blanche, une paire bottine et une paire de botte et une paire de caoutchouc, deux bonnets du jour et une frileuse noire, un cache-nez blanc, un livre de messe, une boîte à nécessaire, deux chemises en coton, deux pantalons blancs, un foulard en soie, un chapeau de paille.

J’ai acheté à Orléans un autre livre de messe,

un petit jeu de dames, deux manchons donc il y en a un neuf.

? paires manches blanches, 4 bonnets de nuit et un bonnet noir. ? tabliers à manches noirs, une autre paire de bottine que j’ai acheté à Orléans et une paire de chaussure que j’ai acheté à Pussay.

Lundi 20 avril 1857, j’ai acheté à Orléans deux robes, noire pour Marie, robe d’été.

Jeudi 4 juin, une paire bottine noire et une blanche, 6 paires bas blancs.

Vendredi 4 décembre 1857, j’ai acheté à Orléans une robe noire pour l’hiver et une paire de caoutchouc.

Octobre 1858, deux cols noirs, pour Marie, et une paire de manches noires et aussi une paire bottine pour l’hiver, deux paires bas noirs en laine et une blanche en laine aussi.

Jeudi 9 février 1860, j’ai acheté à Orléans pour Marie, une chemise de coton et une robe pour l’été ».

Rien ne prouve que la liste se soit terminée là. Toujours est-il que le trousseau fut commencé en octobre 1856, alors que le mariage ne fut célébré qu’en mai 1864.

Depuis 1861, de nombreux travaux avaient été effectués dans le château par Vincent Alexandre Ballot. D’autres travaux avaient certainement dus être entrepris par les propriétaires précédents, mais la trace en a été perdue, car à l’époque où Jean Pierre Delanoue acquiert la moitié du château, les Languedoue l’ont abandonné depuis plus de cinquante ans et la Révolution n’a pas arrangé son état.

Entre 1861 et 1863, Vincent Alexandre Ballot engloutit 14 277 francs en travaux de charpente, couverture, maçonnerie, menuiserie, peinture, vitrerie, serrurerie, fumisterie, pavage. Pour parachever l’oeuvre, il fait appel au tapissier – marchand de meubles « Delêtre Fils » à Etampes. Une facture datée de 1863 fait état d’une dépense de 2 229,81 francs en meubles, tentures, rideaux, tapis, pour aménager le salon, l’antichambre, la salle à manger, la chambre d’amis, la chambre de Madame et la chambre de Mademoiselle.

Ensuite, les dépenses seront moins élevées. Il s’agit de dépenses d’entretien de la maison certes, mais surtout de réparations des communs : granges à blé et à avoine, étable, écurie, bergerie. Cependant, en 1879 et 1880, le chaudronnier Leloutre-Boulommier démonte, répare et place les gouttières « du grand bâtiment » et de l’enformage. Voilà qui ne laisse aucun doute sur la présence, dans l’enceinte même du château, d’une manufacture.

C’est sa fille, Marie, qui fait donation le 9 février 1894, à titre de partage anticipé, de l’ancien château à ses trois enfants :

– Adrienne Buret, épouse de Charles Henri Brinon manufacturier à Pussay, mariés le 26 juillet 1885

– Gustave Etienne Henri Buret, clerc de notaire demeurant à Pussay,

– Anne Clotilde Hélène Buret, célibataire, majeure, sans profession.

Entre temps ses parents sont décédés, Marie Stéphanie Delanoue le 4 novembre 1888 et Vincent Alexandre Ballot le 26 décembre 1889.

Les immeubles donnés ne pouvant être partagés « en raison de ce qu’ils constituent une unique propriété dont la division serait une cause de dépréciation et qu’il est nécessaire dans l’intérêt de tous d’en faire l’attribution en totalité à un seul de ses enfants. En conséquence Madame Buret-Ballot attribue à titre de partage anticipé par une licitation convenue entre toutes les parties à Madame Henri Brinon la totalité des immeubles à la charge par Monsieur et Madame Henri Brinon de payer à Henri Buret et Hélène Buret 10 000 francs chacun exigible le jour du décès du survivant de Monsieur et Madame Buret-Ballot et productive d’intérêts à 5 % l’an à compter du même jour… Madame Buret-Ballot impose à Madame Brinon la condition de lui servir pendant sa vie avec réversibilité au profit de Monsieur Buret son mari s’il survit une rente annuelle et viagère de 500 francs payable le 24 juin à compter du 1er janvier dernier ».

plan1894

Plan du château à l’époque de la donation en 1894

 

Voici comment Maxime Legrand décrit le château en 1907 : « Elevé d’un étage sur rez-de-chaussée, terminé au nord-est par la dernière tour ronde, – ultime souvenir de la puissance féodale, – ce bâtiment est appuyé au sud d’une jolie tourelle d’escalier hexagonale, ajourée d’une porte au cintre en anse de panier très abaissé des plus caractéristique, timbrée d’un écu fruste, et de petites ouvertures encadrées de moulures et flanquant une façade tronquée entièrement remaniée. La façade principale du vieux logis était évidemment tournée vers le nord dans la direction de cette avenue d’arbres dont on aperçoit là-bas les vigoureuses frondaisons.

De ce côté une belle porte cintrée accompagnée de deux étroites ouvertures donne accès dans le rez-de-chaussée. Au premier, deux larges fenêtres à meneaux et une troisième de même style que celles de l’étage inférieur éclairent l’intérieur modernisé où l’on revoit bien peu de vestiges du passé. Pourtant cette jolie porte renaissance ouvrant au bas de la tourelle, veuve aujourd’hui de son escalier en colimaçon, cette curieuse salle ronde voûtée en arceaux, ornée d’un marmouset d’allure extrêmement … libre, et que l’on croit avoir été l’oratoire du château ; dans le grenier, les restes (disparus) d’une haute cheminée, évidemment semblable à celles de l’étage supérieur du vieux château de Congerville, tout cela ne parle-t-il pas encore des splendeurs du XVIe siècle et de la Renaissance ? ».

cpcha1Carte postale du château, vue côté tour hexagonale, avec la véranda

 

Marie Ballot décède le 27 décembre 1905. Son mari, Edmond Buret, lui survivra 16 ans et c’est donc en 1921 que les trois enfants du couple sont amenés à se partager les successions de leurs père et mère, hormis le château qui avait fait l’objet du partage anticipé de 1894. Entre temps, Henri Buret est devenu notaire à Sainville. Quant à Hélène, elle s’est mariée le 20 avril 1896 avec Hippolyte Rousseau, ingénieur des Arts et Manufactures et demeure à Saint-Mandé.

En ce 17 mai 1921, il échoit à Madame Brinon, des terres et la ferme dépendant du château, laquelle est alors louée à Benjamin Michau et cela jusqu’en 1931, selon le bail passé en 1913. Henri Buret reçoit une propriété bourgeoise, un lot de terres et un complément sous forme d’actions, obligations, rentes. La part d’Hélène est entièrement constituée d’actions, obligations, rentes.

La propriété bourgeoise que recevait ainsi Henri Buret et dans laquelle vivaient ses parents depuis l’installation au château d’Adrienne et Henri Buret, n’était autre que la maison et la fabrique héritées des Buret et qui abrite aujourd’hui la maison du centenaire. Nous ferons plus ample connaissance avec Henri Buret et cette demeure dans l’histoire des fabriques Buret.

Après le décès d’Henri Brinon en 1937 et le partage qui suivit, le château devint propriété de Jacques Brinon, son fils. Ce dernier le vend en 1947 à Monsieur Lebugle, volailler et ce sont ses héritiers, Monsieur et Madame Dutilleul-Lebugle, qui l’occupent aujourd’hui.

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